Management : 3 pratiques innovantes venues du Québec

12 déc. 2022 5min

Management : 3 pratiques innovantes venues du Québec
auteur.e
Luc BretonesExpert du Lab

Fondateur de Purpose for Good, organisateur de l’événement “The NextGen Enterprise Summit” et président d’honneur du think tank Institut G9+

TOUR DU MONDE DE L’INNOVATION MANAGÉRIALE - Pour optimiser ses pratiques de management, il faut parfois prendre de la distance… Et s’inspirer de ce qui se fait ailleurs. C’est avec cette approche exploratoire que notre expert en nouvelles gouvernances, Luc Bretones, vous propose un voyage sur les terres de l’innovation managériale. Nouvelle escale au Québec, où culture du feedback appréciatif, semaine de 4 jours et « bureau cocon » chamboulent le paysage du travail.

À l’intersection des influences francophones et anglo-saxonnes, les Québécois seraient des « Américains qui parlent français », entend-on parfois. Je ne le pense pas, et nos amis les frères Meyer, Clément et Romain, en étape à Montréal dans le cadre de leur Odyssée managériale, non plus. Déjà en rédigeant mon livre L’Entreprise Nouvelle Génération, j’avais constaté à quel point le cœur et l’état d’esprit de nombreux entrepreneurs québécois vibraient au diapason des usages les plus avancés en termes de management. Au Canada, se déploie une communauté de dirigeants engagés à faire entrer le monde du travail dans une dynamique de synchronisation de nos aspirations de salariés, de citoyens et de consommateurs. Une dynamique portée par le sens, une mission, et de l’impact. Quelques années plus tard, Clément et Romain Meyer ont eu la chance de découvrir plusieurs pratiques originales issues de cette philosophie, qui pourraient bien inspirer au-delà de la Belle Province. Je vous invite à faire un pas de côté et à vous plonger avec moi dans ces retours d’expérience.

Le feedback appréciatif « 3A », un outil puissant

La coopérative montréalaise Percolab se définit comme une entreprise de co-création et de co-design. Véritable laboratoire vivant, de nombreuses pratiques utilisées dans leurs formations sont testées directement au sein de l’équipe. Parmi elles, j’ai choisi de vous parler du feedback appréciatif « triple A ». Alors que le feedback se mue trop souvent en support critique ou négatif, générant de la crainte et souvent de la justification. Comme l’exprime Samantha Slade, associée de Percolab et auteure de Going Horizontal, « n’y a-t-il pas une forme de pouvoir malsain exprimé dans le plaisir de critiquer ? ». Le feedback appréciatif, lui, mise sur la puissance des émotions positives, tant côté récepteur qu’émetteur, afin de renforcer leur relation. Samantha précise : « Le triple A nous oblige à déconstruire la croyance que c’est en faisant des reproches et des blâmes que l’on aide la personne à s’améliorer ».

La méthode s’articule autour de trois étapes simples :

  1. Apprécier : nommer un ou plusieurs éléments que j’apprécie dans le travail de mon collaborateur et pourquoi.
  2. Amplifier : citer un ou plusieurs éléments que j’amplifierais – ils sont bons et il en faut plus.
  3. Ajuster : terminer par un ou plusieurs éléments que j’ajusterais – ils sont bons, mais un simple ajustement pourrait les rendre meilleurs encore dans le futur.

Ces étapes permettent l’amélioration – en soulignant les forces d’une personne – et une ouverture positive sur le développement.

La semaine de 4 jours selon Boite Pac

Voilà 1 an et demi que Boite Pac, société accompagnatrice des entreprises canadiennes dans la certification B Corp, expérimente la semaine de 4 jours. Thomas, son cofondateur, partage le postulat de départ : pas de baisse de salaires et une optimisation des processus permettant de produire les mêmes résultats en 4 jours. Pour cela, l’organisation de la semaine procède d’une régularité minutieuse afin notamment de ne pas perturber les relations avec les clients. Ainsi, les rencontres avec ces derniers se concentrent les lundis et jeudis alors que le jour « off » correspond au vendredi pour toute l’entreprise. La journée de travail officielle court de 8 h 30 à 17 h, soit 32 heures par semaine avec des matinées réservées aux tâches nécessitant une forte concentration. Thomas l’affirme : « Produire les mêmes résultats en 4 jours plutôt que 5 pousse à réfléchir à sa productivité, son efficacité, et à avoir un travail axé résultat ».

Concrètement, pour assurer des moments de « flow », c’est-à-dire de concentration maximale, les collaborateurs utilisent l’emoji « cerveau » sur Slack, laminant au passage toute tentative de micro-management intempestive. Cette pratique s’appuie sur une forte confiance envers les employés. Autre initiative : celle des réunions de 30 minutes pour lesquelles la personne organisatrice doit, au préalable, expliquer la nécessité de la présence de chacun et ses attentes pour cette réunion. Elle envoie un ordre du jour précis. Tout le monde sait pourquoi il est présent et ce qu’on attend de lui.

Pour instaurer la semaine de 4 jours, Thomas conseille de commencer doucement, par petits pas. Par exemple, prendre l’habitude de ne plus avoir de réunion le vendredi après-midi. Ensuite, sélectionner deux tâches difficiles à réaliser et réfléchir au moyen le plus efficace d’y arriver. L’idée est de rentrer dans un état d’esprit de productivité. Il conseille aussi de former les équipes sur le sujet, en déconstruisant les préjugés et en faisant intervenir des employés ayant déjà vécu la mise en place de la semaine de 4 jours.

Quel bilan pour Boite Pac ? Depuis la mise en place de la semaine de 4 jours, l’entreprise mesure des progrès importants au niveau du bien-être et de l’engagement. Et le taux d’absentéisme est passé à 0 %, tous les rendez-vous personnels étant pris sur le jour off.

Expérience : la semaine de 4 jours chez Welcome to the Jungle

Productivité, business, bien-être... tous nos résultats dévoilés.

Découvrir l'Étude

Le pré-boarding montréalais : place à l’immersion !

Chez HEC Montréal, le préalable à la validation du recrutement d’un enseignant consiste en une série de dispositions originales, à la hauteur de la qualité des personnes considérées. L’objectif ? Faire une première impression « waouh » et aider concrètement la personne recrutée :

  • dans le cas d’un changement de localisation géographique, l’école finance une visite de Montréal pour permettre à la personne de jauger son futur cadre de vie et de s’assurer qu’elle pourra s’épanouir dans la ville ;
  • dans le cas d’un déménagement familial, l’école finance la visite pour tous. Un investissement qui peut s’avérer payant et servir à désamorcer ou confirmer d’éventuels doutes sur un choix personnel somme toute important.

Par ailleurs, avant d’accepter définitivement son poste, la personne recrutée est invitée à passer une semaine avec ses futurs collègues de travail. Une bonne occasion d’apprendre à se connaître, d’observer les manières de travailler de chacun et de se projeter dans l’équipe. Cette semaine décisive laissera la possibilité au candidat de se désister, si nécessaire. Une fois le contrat validé, l’école facilite l’arrivée de la nouvelle recrue à Montréal en contribuant à sa recherche de logement.

L’ère du bureau cocon

Pierre-Paul Melanson, associé chez OnePoint Canada, cabinet de transformation numérique, a pour sa part opté pour un angle de différenciation immobilier. Les bureaux se voient « réinventés » autour de grands espaces favorables à des événements qui génèrent la surprise des collaborateurs : ateliers, 5 à 7, animations, formations… Plus inhabituel encore, les familles peuvent venir travailler dans les locaux de OnePoint, et à Noël, la fête des enfants se conclut par une distribution de cadeaux pour tous. Enfin, l’entreprise a investi dans plusieurs appartements pour ses équipes. Le fonctionnement ressemble à celui d’Airbnb et permet à des employés qui habitent plus loin d’être hébergés à Montréal plusieurs jours et gratuitement, par exemple.

Pratiques managériales québécoises : que pourrait-on transposer en France ?

D’après moi, ces pratiques montréalaises devraient particulièrement inspirer les cousins français. On remarque à quel point l’équilibre pro / perso, le bien-être au travail, le souci du contexte familial de chacun et de l’inclusion constituent des pré-requis culturels typiquement québécois. Cette douceur et cet optimisme émanent d’une société « où il fait bon vivre ». Cet aspect m’intéresse d’autant plus que les références d’innovation managériale que j’ai observées de par le monde découlent souvent de creusets culturels protestants. L’exemple québecois devrait pouvoir essaimer plus naturellement dans l’Hexagone. Pour autant, je recommanderais aux professionnels de la Belle Province de garder cette capacité bien française à dire les choses même lorsqu’elles ne sont pas plaisantes à entendre. De la bienveillance oui, mais sans complaisance !

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Article édité par Ariane Picoche, photo : Thomas Decamps pour WTTJ

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