Jongler entre plusieurs tâches est inefficace. Comment éviter le multitasking ?

Multitasking : comment l'éviter ? Nos conseils

Saviez-vous que multitasking (multitâche en français) désigne une fonctionnalité avant tout réservée aux ordinateurs ? Qu’un terme désormais employé à tout bout de champ, notamment pour qualifier les modes de travail d’êtres humains jugés efficaces, soit en fait issu de l’ingénierie informatique devrait nous mettre en garde… Nous ne sommes ni des programmes ni des robots ! Réussir à mener de front plusieurs tâches correctement n’est sans doute qu’une fable moderne.

Pourtant, combien d’entre nous ne peuvent s’empêcher de consulter leurs SMS tout en faisant autre chose ? D’ailleurs, nos aînés ne se gênent pas pour nous le rappeler : la concentration s’effrite, le digital et l’infobésité poussent à ce que notre attention soit sans cesse interrompue et devienne plus volatile. Au bureau, on est exactement pareil. On pense réaliser plusieurs tâches simultanément pour aller plus vite alors qu’en fait la qualité de notre travail en pâtit. Pourquoi essayons-nous désespérément de ressembler à ces dieux orientaux à huit bras ? Faut-il réapprendre à ne faire qu’une chose à la fois ?

Existe-t-il vraiment des personnes “multitâches” ?

Tous logés à la même enseigne ?

Une idée reçue voudrait que les femmes soient meilleures que les hommes à ce jeu-là. À défaut de constituer une réalité scientifiquement prouvée, il s’agirait plutôt d’une invention de la société. N’était-ce pas pratique de penser que Madame était la plus capable de préparer le dîner tout en gardant un œil sur les enfants et le bain qui coule ? De quoi convaincre les femmes que leur place était à la maison et non au bureau. Mais ce cliché est battu en brèche par une expérience de l’université d’Aix-la-Chapelle. Les chercheurs ont demandé à 48 hommes et 48 femmes de réaliser simultanément deux tâches de classement : les participant(e)s devaient d’une part classer des voyelles et des consonnes en appuyant sur un bouton avec l’index, de l’autre des chiffres pairs et impairs en appuyant avec le majeur… La conclusion est la suivante : pour gérer plusieurs choses à la fois, on est tous aussi nuls.

D’ailleurs, même ceux qui se prétendent multitâches ne le sont probablement pas, selon une étude américaine de 2013 sur l’usage du téléphone au volant. Les chercheurs à l’origine de cette étude ont demandé à 200 personnes de passer le test OSPAN (pour Operation Span, que l’on peut traduire par « étendue de l’attention » en français, un protocole qui consiste par exemple à mémoriser des séquences de lettres tout en répondant à des opérations mathématiques) et de conduire en même temps sur un simulateur. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les résultats, là encore, ne furent pas bons….

Qu’en dit la science ?

Faire plusieurs choses en même temps stimule, provoque de l’excitation et conduit les personnes en recherche de sensations – plus impulsives – vers cette pratique. Sauf que ces personnalités sont aussi celles qui sont le plus facilement distraites et donc le moins à même de jongler correctement entre plusieurs tâches…

L’explication, on la trouve dès 1992 dans les travaux du psychologue Hal Pashler sur l’existence d’un « goulet d’étranglement cognitif » chez l’humain. Ce mot barbare signifie que, à partir d’un certain point, les informations que nous recevons s’entassent et ne sont plus traitées de manière égale. Alors, le temps de latence entre le traitement de chaque information s’allonge. C’est pourquoi la plupart des gens qui pensent faire du multitasking font en réalité du jonglage entre plusieurs tâches. Et le temps nécessaire pour passer d’une tâche à une autre est énorme.

Mais alors, les multitâches existent-ils seulement ? Dans un article du New Yorker datant de 2014, David Strayer, spécialiste de l’attention (et contributeur de l’étude américaine citée plus haut), déclarait qu’environ 2,7% de la population aurait la capacité de faire plusieurs choses à la fois sans que cela n’affecte ses performances. Il estime que la faculté de supertaskers se distribue dans la population de la même façon que le QI : la plupart d’entre nous se trouvent dans la moyenne, mais une fraction minuscule de la population se situe dans la tranche la plus haute. Étonnamment, alors qu’on pourrait penser que la partie du cerveau liée au traitement cognitif et à l’attention est extrêmement sollicitée par ces individus multitâches, des IRM ont montré une faible activité du cortex préfrontal (zone responsable de l’attention) lors de la réalisation de plusieurs tâches en simultané. En fait, d’une certaine façon, le cerveau des personnes “réellement” multitâches parvient à rester calme, ce qui les rend performantes. Certains chercheurs pensent aussi qu’un changement évolutif plutôt récent dans le cerveau des hominidés favoriserait cette capacité des humains à accomplir des tâches multiples.

Pour le moment en tout cas, le cerveau de l’immense majorité d’entre nous n’est pas fait pour cette performance. Pire, passer successivement d’une tâche à l’autre ou en réaliser plusieurs en même temps pourrait même nous rendre idiot ! Une étude britannique prétend qu’utiliser plusieurs objets électroniques simultanément équivaut à perdre une nuit de sommeil ou à fumer un joint…

Comment faire pour ne plus céder aux avances du multitasking ?

Tout porte à croire que l’on n’est jamais aussi efficace que lorsqu’on travaille en mode monotâche. Mais alors, comment faire pour ne plus tomber dans nos travers et se libérer du multitasking ? Nous vous proposons une série de conseils afin d’éviter de vous disperser constamment. Rester concentré demande un effort quand on est entouré d’écrans qui clignotent, mais ne dit-on pas « à cœur vaillant, rien d’impossible » ?

1. Aménagez des moments de déconnexion dans votre journée

On s’organise comme si on avait cette capacité à « multitasker », mais on est interrompu en permanence : les coups de fil , les e-mails, les “breaking news”, les alertes sur les réseaux sociaux, les notifications de messagerie instantanée… Toutes ces distractions surviennent à toute heure et en tout lieu depuis la généralisation des smartphones. Osez la déconnexion et tenez-vous à l’écart de toutes ces alertes qui peuvent vous distraire. Le mieux, c’est de s’éloigner des écrans, qui, même éteints, nous attirent, selon une étude parue en 2017. Vous lisez un livre compliqué ? Rangez votre ordinateur portable, mettez votre téléphone en mode avion, cachez-le, et même, pour les plus téméraires, éteignez le wi-fi. Ne pas être joignable pendant quelques heures ne devrait pas avoir de trop lourdes conséquences. Aménagez votre temps en décidant du moment où vous irez surfer sur Internet ou répondre à vos messages. Par exemple, offrez-vous ces instants à des heures précises dans la journée (au tout début de la journée, au retour de la pause déjeuner, en début d’après-midi…).

2. Aménagez votre espace de travail

La mode est au minimalisme et certains génies de l’informatique contemporains ont beaucoup insisté sur les vertus du désencombrement. On peut noter que la façon dont est aménagé notre espace de travail a la capacité d’influencer notre état d’esprit et notre productivité. Vous avez le sentiment d’avoir la tête sous l’eau ? Neutralisez tout ce qui pourrait vous perturber. Essayez de retirer de votre bureau tous les objets qui détournent votre attention : un cahier ouvert, un casse-croûte, un téléphone portable… Un bureau épuré pourra grandement vous aider à vous concentrer efficacement sur une tâche à la fois. Même si vous êtes de ceux qui apprécient le désordre, vous entourer uniquement du strict nécessaire vous permettra de rester focaliser sur la tâche à accomplir.

3. Faites une to-do list

Elle a des bienfaits psychologiques ! Coucher sur le papier toutes les choses à faire puis les rayer progressivement donne beaucoup de satisfaction. En apportant une structure, en réduisant l’anxiété et en suscitant un sentiment d’accomplissement, les listes de choses à faire sont de fidèles alliées, comme l’assurent les psychologues. Une étude américaine avance même que ne pas noter ses objectifs rendrait plus distrait. Évitez toutefois d’inscrire des choses irréalistes, comme « écrire un scénario » et préférez scinder la tâche en plusieurs étapes.

4. Utilisez un minuteur !

Dans les années 1980, un chercheur italien a établi une méthode simple basée sur l’idée que des pauses régulières favorisent l’agilité intellectuelle. La méthode Pomodoro consiste à s’octroyer cinq minutes de trêve toutes les 25 minutes de travail. Réglez un minuteur pour ce laps de temps ou téléchargez une application comme Flat Tomato qui permet de gérer les temps de travail et de pauses, et travaillez sur une seule et unique tâche jusqu’à ce que l’alarme sonne.

5. Faites des exercices pour rester concentré

Pour éviter de passer d’une tâche à l’autre sans même avoir fini la première, vous pouvez par exemple vous entraîner à mobiliser votre attention en fixant un objet, en le scrutant dans le détail pendant plusieurs minutes. Ou vous pouvez vous figurer un paysage, vous remémorer un souvenir ou brosser, avec le plus de précision possible, le portrait d’un proche dans votre tête. Sinon, écrivez vos rêves. Si vous êtes adepte des chiffres, faites du calcul mental.

Le docteur Roger Vittoz (1863-1925) propose plusieurs méthodes pour rester concentré et apaisé. En voici un exemple : avec l’index, tracez dans l’espace le signe de l’infini en partant du centre. Même chose avec l’index de l’autre main. Puis, de nouveau mais les yeux fermés. Enfin, tracez mentalement le signe, sans les mains.

6. Prenez le temps de vous focaliser sur le présent

Faites la vaisselle avec application, marchez lentement, prenez un petit déjeuner d’une demi-heure et utilisez vos cinq sens. Focalisez-vous sur le goût de votre café ou sur la sensation de chaleur sous la douche. Être réceptif aux sensations, au soleil sur la peau par exemple, entraîne l’esprit à être davantage conscient du moment présent.

7. Respirez avec le ventre et faites le vide dans votre tête

Si vous avez tendance à faire du multitasking, c’est que vous avez du mal à vous concentrer. La méditation ou du moins le recours à des exercices de respiration est également une façon simple et rapide pour améliorer ses performances mentales. Se « rassembler » réduit les pensées parasites. Selon une étude récente, se prêter à dix minutes de méditation par jour rendrait plus efficace. D’autres travaux en neurosciences, publiés dans la revue Psychophysiology, établissent un lien direct entre les techniques de respiration propres au yoga ou à la méditation et la libération d’une hormone de la concentration, la noradrénaline.

Si vous avez lu cet article jusqu’au bout sans vous interrompre pour ouvrir un nouvel onglet, répondre à un SMS ou à la question d’un collègue, alors vous êtes sur la bonne voie ! Sinon, ce n’est pas grave, reprenez attentivement votre lecture depuis le début…

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Photo d’illustration by WTTJ

Danaë Renard

Journaliste web

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