Managers au bord de la crise de nerfs : ils ont plaqué leur job (sans regret)

Managers au bord de la crise de nerfs : ils ont plaqué leur job

Managers ou dirigeant·es, un jour, ils/elles en ont eu marre – de leur boîte, de leur rôle… – et ils/elles ont lâché leur job. Parfois brutalement, parfois à la suite d’un long cheminement. Une chose est sûre, ils/elles y ont gagné en accomplissement et en bonheur au quotidien. Témoignage.

« Au revoir, au revoir, président ! » Si vous avez plus de 20 ans, il est fort probable que vous vous souveniez de cette pub du Loto où un employé qui venait de remporter le gros lot se filmait en caleçon et cravate en train de démissionner devant un comité de direction courroucé. Quête de sens, overdose de bullshit jobs ou crise existentielle, les leaders aussi pètent les plombs. Car, même si en apparence ils / elles ont « tout », argent, reconnaissance et titre, comme leurs collaborateur·rices, ils / elles questionnent leur rôle et leur travail. En France, de nombreux·ses managers jettent l’éponge et quittent leur job pourtant bien payé. Même s’il est difficile de quantifier le phénomène, les témoignages fleurissent sur ceux / celles qui changent de voie. « Mais si, tu sais, Jean-Patrick est devenu néo-fromager. » Certain·es se reconvertissent, d’autres s’orientent vers l’artisanat ou optent pour le freelancing. Une chose les unit : être plus heureux·ses dans ce qu’ils / elles font… Qu’est-ce qui donne envie de tout lâcher ? Est-ce qu’il existe un déclic ? Et surtout, est-ce que ça vaut le coup ? Trois managers nous expliquent leur volte-face.

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Guillaume Leclercq – Travailler deux fois moins pour gagner plus

Son background

Guillaume Leclercq est passé expert dans l’art de lâcher les gros jobs bien payés, pour n’en faire qu’à sa tête. Cet originaire de la Sarte est autodidacte. Depuis qu’il est gamin, il retape des voitures et démantèle des ordis. Bref, il aime bidouiller, il apprend – très – vite et seul. Ce profil n’a pas manqué de se faire repérer par une boîte dans le domaine de la sécurité. Rapidement, il prend la direction générale de la société de télésurveillance et de ses onze employé·es. En tant que DG, il assume l’ensemble des responsabilités, de la prospection à la comptabilité en passant par le suivi de la clientèle et du personnel. Petite par la taille, l’entreprise est florissante et génère plusieurs millions d’euros de chiffre d’affaires.

Le déclic

Au fur et à mesure de son expérience, le jeune DG sent qu’il y a anguille sous roche. Plusieurs signaux lui mettent la puce à l’oreille. « Le PDG du groupe était un escroc. En mettant mon nez dans les comptes, j’ai constaté une différence de plusieurs centaines de milliers d’euros entre le compte de résultats et le chiffre d’affaires. »

Les adieux

Flegmatique, Guillaume n’a fait aucune esclandre. « Ce n’est pas mon genre. » Ni une ni deux, il démissionne. « J’étais tranquille. » Son profil polyvalent, bosseur et débrouillard plaît : il retrouve immédiatement un poste dans une grosse société de parkings.

Et après ?

Propriétaire d’un appartement dans la ville de Provins en Seine-et-Marne, Guillaume doit rouler de longues heures (entre 5h et 7h par jour) pour se rendre à Paris. Le confinement lui fait revoir sa copie. Il finit par lâcher le salariat pour se mettre à son compte dans le secteur de l’électricité et de la domotique. Bye bye les trajets à rallonge, les responsabilités et la pression. « Je travaille deux jours par semaine et je gagne autant, voire plus qu’avant. » Et le reste du temps ? « Je m’occupe de mon appartement et de mes affaires immobilières. »

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Charlotte Desrosiers Natral – Pourquoi pas moi ?

Son background

Charlotte Desrosiers est née dans le VIIIe, arrondissement aisé de la capitale. « J’avais tous les KPIs de la réussite : le gros job de VP marketing chez un éditeur de logiciel à succès, le salaire, la place au COMEX… »

Le déclic

Sauf que derrière ces signes extérieurs de réussite, Charlotte est loin d’être heureuse. Elle se dit qu’en changeant de boîte, les choses vont s’arranger. Elle enchaîne trois jobs en trois ans. « Je travaillais la nuit, le jour. » Jusqu’au moment où elle ne peut plus rien faire, c’est le burn out. Complètement épuisée : « Mon corps ne suivait plus ».

Les adieux

Incapable d’aller plus loin, la jeune femme s’arrête et se repose. Elle va chercher de l’aide, se fait suivre et réalise un bilan de compétences. « Je voulais juste trouver un job où je me sente bien. » Mais elle tourne un peu en rond. D’autant que, même si elle est soutenue, elle n’a plus d’énergie.

Et après ?

Alors qu’elle est dans le Berry, devant un feu de cheminée avec son mari, celle qui a fait un burn out retrouve la flamme. Elle veut interviewer des gens qui, comme elle, se sont consumés. Elle veut partager ces expériences sous la forme d’un podcast. Elle s’autoforme à la prise de son et au montage sur Internet, « grâce à des tutos en veux-tu en voilà ». En 2020, elle n’a pas d’idée de business model, mais elle se lance. Et tout s’enchaîne, une maison d’édition la repère et lui commande un livre : Et si je changeais de métier. « Grâce à mon podcast et à mes recherches, je comprends que la petite voix intérieure que l’on a tant besoin d’écouter existe dans de nombreuses civilisations – comme l’ikigaï au Japon ». Aujourd’hui, elle se réveille chaque matin « souriante et contente », dans le joli quartier ensoleillé d’Endoume à Marseille, où elle a emménagé avec son mari.

Lisa-Marie Marques – De “jobs à la con” à chroniqueuse radio

Son background

Lisa-Marie a toujours eu, selon sa mère, des jobs avec “des noms à la con” : « Dev manager, biz dev… J’avais pour habitude de dire à mon boss que je tapinais pour faire rentrer de l’argent. » La Toulousaine est manager dans le domaine commercial. Elle gagne bien sa vie, vit même plusieurs années à Hong Kong, l’une des villes les plus chères du monde, avant de rentrer à Paris… Elle sent que niveau carrière, quelque chose cloche, mais quoi ?

Le déclic

Peu de temps après son retour, sa vie bascule. Le soir de la fête de la musique, elle vient à peine de s’endormir avec son compagnon que l’alarme à incendie se déclenche. Et là, c’est l’horreur. « On est au premier, on ne sait pas d’où part le feu. On apprendra plus tard que l’on était juste au-dessus du brasier ». Instinctivement, son copain veut monter. Alors qu’ils tentent de s’enfuir, lui fait une chute de deux mètres et se brûle. Il parvient à se relever. « On ne savait pas quoi faire. » Arrivés en haut, le couple parvient à sauter sur l’immeuble voisin. Leur vie est sauve, in extremis… Leur voisin n’aura pas cette chance. Son appartement n’est pas pourvu de détecteur de fumée. Il ne se réveillera pas. Une autre voisine, lors de son ascension, chute de six étages. Au total, l’incendie fait trois victimes. Lorsque les pompiers récupèrent le couple pour l’emmener à l’hôpital, ils tentent de le distraire et posent des questions anodines : « Que faites-vous dans la vie ? ». Du tac-au-tac, Lisa-Marie répond : « Certainement pas ce que je faisais avant ! ».

Les adieux

Après cette terrible expérience, Lisa-Marie est sous le choc. « Écrire un mail me demandait autant d’énergie que de courir un marathon. Travailler était devenu une souffrance. J’avais une telle urgence de faire ce que j’aime. Tout me semblait futile. » Elle avoue avoir fait semblant de travailler pendant 4 mois. « J’étais devenue une comédienne, je tapais sur les touches sans rien écrire. Je répondais à mes mails 15 minutes par jour. » À l’automne, apathique, elle finit par quitter son job.

Et après ?

« C’est bizarre comme dans les moments de détresse, on détermine l’objectif que l’on veut atteindre et on donne tout pour y arriver. » C’est décidé : elle deviendra journaliste à la radio. Elle reprend ses études, enchaîne les stages, atterrit chez RMC puis chez Europe 1 : elle rejoint l’émission Culture Médias, au côté de Philippe Vandel. « J’étais tellement décidée que pour moi, un “non” était impossible. » Aujourd’hui, elle passe quotidiennement 7 minutes à l’antenne lors de sa chronique “pré-fame” où elle raconte la vie des stars avant qu’ils deviennent stars. « J’ai fait le portrait de Kad Merad. À un moment, mon esprit a quitté mon corps et je me suis dit : “P**, ça valait vraiment le coup !*” »

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Photo par Thomas Decamps
Article édité par Ariane Picoche

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