Marre de la tech ? « Mes 8 idées low-tech pour mieux travailler »

8 idées low-tech pour se déconnecter et mieux travailler

J’ignore si c’est le fait de vieillir et d’en avoir vues d’autres ou bien l’effet de ces deux années de pandémie, mais je suis de plus en plus lassée par tout ce qui touche à la technologie, y compris les discours sur la technologie. Avant, j’étais plutôt une « tech-optimiste », convaincue que l’on résoudrait certains des problèmes du monde (et les miens) avec de nouveaux outils. Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’au mieux la tech me fait perdre beaucoup de temps et m’ennuie profondément, et au pire, elle me transforme en zombie amorphe et/ou méchante.

Avec le temps, je me suis mise à adopter les nouveautés de plus en plus tard. Laissons les autres tester l’outil et si c’est encore là dans six mois, c’est que ça en vaut peut-être la peine. Celles/ceux qui s’y mettent plus tard que les autres (les late adopters) sont les vieux/vieilles ringard·e·s. Mais aujourd’hui, je tire une certaine fierté à être la sceptique de service. Vous vous souvenez de Clubhouse, cette application de conversation audio apparue en 2020 et censée devenir le réseau social immanquable du futur ? Eh bien, on n’en parle plus beaucoup aujourd’hui. C’est qui le/la ringard·e ? Celui/celle qui était sceptique ou celui/celle qui a investi des centaines d’heures pour collecter des followers alors que plus grand-monde n’utilise l’app un an après ?

Les deux années de pandémie ont probablement amplifié ma posture de sceptique. Comme j’ai déjà du mal à supporter le masque chirurgical pendant plus d’une heure, quand on me dit qu’il faudra mettre un casque de réalité virtuelle pour aller travailler dans le métavers, je me dis que ça se fera sans moi. Je me fiche des NFT (Non Fungible Tokens) comme de ma première chemise. Je baille et je lève les sourcils au ciel quand j’entends un énième tech-enthousiaste m’expliquer que la blockchain va changer le monde et l’avenir du travail.

Je ne vais pas devenir ermite et renoncer à tout confort moderne, mais, de plus en plus, j’aspire à la lenteur et à la déconnexion. Je fantasme sur la capacité de lecture et de concentration que j’avais avant internet. Je rêve d’une vie ringarde où mon cerveau ne serait pas sollicité par 30 notifications à la fois, où je pourrai quitter mon ordinateur pendant deux jours sans risquer de voir s’accumuler une montagne d’emails non traités et de messages en souffrance.

Autour de moi, je vois de plus en plus de gens qui partagent ces aspirations et développent des techniques low-tech ou slow-tech pour préserver leur santé mentale et physique. Ils/elles coupent les notifications sur leur smartphone, imaginent des rituels de détox, apprennent à méditer, et utilisent parfois intentionnellement des outils plus minimalistes pour pouvoir mieux se concentrer. Comme eux/elles, je me tourne de plus en plus vers les méthodes « ringardes » pour mieux travailler. Voici huit idées low-tech qui pourraient vous inspirer aussi.

1. Le papier et le crayon

Certains écologistes vont sans doute hurler à la pollution, mais il ne s’agit aucunement de gaspiller le papier ! Travailler quelques heures sur du papier avec son crayon, c’est un formidable outil de créativité. L’utilisation de nos capacités motrices fines facilite la concentration et l’état de flow. Libérés des distractions numériques, on ouvre un espace de concentration propice aux bonnes idées. Avec le papier et le crayon, on prend du recul pour sortir des sentiers battus. Tout projet devrait comprendre une première phase créative et concentrée décidément low-tech pour nous aider à sortir la tête de l’eau. Et puis, écrire à la main, c’est un petit plaisir sensuel que l’on devrait tous/toutes réapprendre. C’est pour ça que dans le livre culte Libérez votre créativité, Julia Cameron recommande le rituel des pages du matin : il s’agit d’écrire trois pages tous les matins pendant 45 minutes en notant tout ce qui nous passe par la tête. Assez vite, ça libère le cerveau de tout ce qui l’encombre !

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2. Les heures de bureau

Quoi de plus ringard, vous allez me dire, que les heures de bureau ? Quand on peut travailler quand on veut où on veut, pourquoi s’infliger des contraintes aussi archaïques ? Et entre la team “du matin” et celle “du soir”, difficile désormais d’aller à l’encontre de la réalité de nos cycles biologiques… Mais si choisir ses horaires a réellement du bon, beaucoup en sont de toute façon privés : ceux pour qui la politique managériale en est encore très éloignée, ou même les parents qui doivent respecter l’heure du réveil et de la cloche… Et puis, rappelons que le travail « flexible » s’est peu à peu transformé en monstre qui bouffe tout. Quand il n’y a pas d’horaire, le plus grand risque, c’est celui de travailler tout le temps. Les burnouts se multiplient pour la simple raison que beaucoup d’entre nous sont incapables de se réguler par eux/elles-mêmes. En ce qui me concerne, j’ai compris que j’étais plus productive quand j’organisais ma journée de travail selon des horaires « de bureau ». Après l’heure, même si je pourrais encore travailler plus, il est bon que je m’arrête. Comme ça, c’est plus facile d’y retourner le lendemain…

3. Le téléphone fixe

Nous sommes nombreux/nombreuses à ne même plus en être équipé·e·s. Le téléphone fixe, ça fleure bon le XXe siècle, quand il fallait monopoliser l’appareil familial pour passer des heures à parler avec ses ami·e·s. Aujourd’hui, on l’a au mieux rangé à la cave, ce bon vieux téléphone fixe. Pourtant il marche bien ! Le son est souvent nettement meilleur que celui de toutes ces applications où les coupures sont incessantes. Quand on s’impose de ne pas regarder un écran en même temps, on peut mieux se concentrer sur la conversation. La nostalgie de l’époque pré-internet ajoute un petit charme désuet à l’échange. Paradoxalement, c’est comme si l’intimité avec l’interlocuteur en était renforcée. En général, l’utilisation d’appareils mono-usage est reposante. S’il n’y a rien d’autre à faire que parler, on ne se fourvoie pas dans la croyance qu’on est capable de faire du multi-tasking. Aujourd’hui, les spécialistes sont à peu près unanimes là-dessus : le multi-tasking, ça ne marche pas !

4. Les réunions sans smartphone

Quoi de plus ennuyeux qu’une réunion qu’on n’a pas choisie ? Si en plus on n’a pas de smartphone pour s’échapper mentalement, c’est pire, non ? Eh bien non, ce qui est pire, c’est de subir une réunion ennuyeuse tout en répondant nonchalamment à des emails et en surfant sur LinkedIn comme un zombie. Quand on n’est présent ni à ce qui se passe en réunion ni aux tâches que l’on fait en cachette sur son smartphone, on s’épuise mentalement et on trouve le temps très long. Il n’est plus rare de voir des groupes instituer des rituels sans smartphone. Comme ces mafieux qui déposent leurs armes à l’entrée du bâtiment avant de négocier un cessez-le-feu avec leurs rivaux, nous devrions faire la trêve des smartphones pour nous consacrer pleinement à ceux/celles qui sont dans la même pièce que nous. La co-présence physique d’autres individus devient suffisamment rare pour qu’on lui accorde de la valeur. Mais pour que ça soit possible, les réunions ne doivent être ni trop longues ni trop nombreuses !

5. Les réunions en marchant

Marcher et parler, en voilà une idée vraiment pas neuve ! Mais confrontée aux « tunnels Zoom » et à la surconnexion, il m’est arrivé de passer des journées entières les fesses scotchées à mon fauteuil de bureau ! J’ai pris quelques kilos et mon corps plus mou est de plus en plus fatigué. Visiblement, je ne suis pas seule : la sédentarité de la période de pandémie fait des gros dégâts sur notre santé. Au plus fort des contaminations, l’idée de passer du temps dehors et d’aller marcher et parler avec quelqu’un d’autre s’est répandue, dans les loisirs comme au travail. La réunion en marchant a des arguments pour elle : elle n’est pas seulement bonne pour la santé, elle favorise aussi la créativité. Elle diminue le stress et stimule les échanges. De plus, c’est un format flexible : on peut aussi marcher et parler… au téléphone (vous aurez raison de me dire que ce n’est pas évident avec un téléphone fixe mais je n’ai jamais écrit qu’il ne fallait téléphoner qu’avec son fixe !)

6. Les livres et les dossiers imprimés

Je me souviens m’être moquée, plus jeune, de ces avocat·e·s et personnalités politiques qui faisaient imprimer leurs mails et dossiers par leurs secrétaires pour les lire chez eux/elles en rentrant. Sans doute que certain·e·s d’entre eux/elles auraient pu apprendre à vivre à l’âge numérique. Mais je me demande aujourd’hui s’il n’y a pas aussi une certaine sagesse là-dedans tant il est plus facile de lire de manière concentrée sur du papier plutôt que sur un écran. Non je ne vais pas me mettre à imprimer mes mails, faut pas pousser. Mais je me suis remise à lire plus de livres en papier. Du coup, quand je mets mes appareils connectés de côté, il m’arrive de réussir à lire plusieurs pages d’affilée sans aller vérifier quelque chose sur Google. Dans cette “civilisation du poisson rouge”, je voudrais bien regagner quelques secondes de concentration : « Le poisson rouge tourne dans son bocal. Il semble redécouvrir le monde à chaque tour. Les ingénieurs de Google ont réussi à calculer la durée maximale de son attention : 8 secondes. »

7. Le club de lecture

Non seulement lire des livres est une idée low-tech qui améliore ma vie à moi, mais c’est aussi une idée qui se partage bien. C’est même une activité sociale par excellence ! Rien de tel qu’un club de lecture pour s’y mettre à plusieurs, provoquer des conversations palpitantes et échanger des idées avec passion ! Peu importe qu’il soit « ringard » ou qu’il « opère un retour de hype », même en entreprise, le club de lecture reste une idée géniale ! Il peut souder une équipe, constituer un complément de formation, être un argument de marque-employeur… Ce n’est pas un hasard si on y a pensé chez Welcome to the Jungle en 2020 : « pour encourager les rencontres et faire tomber les barrières, notamment hiérarchiques. Et faire en sorte qu’il y ait un retour d’expériences variées. Puisque le plus intéressant dans un club de lecture n’est pas tant la lecture en soi, mais bien le débat qui a lieu autour. Et pour bien fonctionner, l’idéal semble de rester autour d’une dizaine de participants. »

8. Tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant de parler et d’écrire

Cette idée est peut-être un vœu pieux, mais j’y tiens. Nous nous infligeons au travail un rythme effréné qui fait que nous parlons et écrivons plus vite que nous ne pouvons penser. Résultat : nous produisons trop de discours, de commentaires, de posts, de mails et de paroles. Nous contribuons tous/toutes à cette crise de la cognition qui nous assaille : nos cerveaux « anciens » ne savent pas gérer ces stimuli innombrables que nous produisons collectivement. Pour décélérer, il faudrait s’imposer une discipline de la lenteur : attendre 24 heures avant de répondre à la plupart de nos mails (d’ailleurs parfois, il n’est même plus nécessaire d’y répondre après une journée et c’est tant mieux) ; mettre du soin à composer ses messages de manière à ne pas blesser les autres ; s’abstenir à commenter chaque post sur les réseaux ; ne réagir qu’après une lecture attentive d’un texte/ dossier… Le vieux proverbe a encore des raisons de nous inspirer : « il faut tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler. »

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