Pour ou contre la méditation en entreprise ?

Effet de mode, simple business bankable ou véritable levier de bien-être pour les salariés? On fait le point sur les (réels) effets de la méditation en entreprise.

Accroupi.e dans l’herbe, assis dos droit sur une chaise de bureau, ou encore allongé.e sur un tapis de yoga, la méditation de pleine conscience (ou Mindfulness) s’exerce en toutes formes et tous lieux. Le mantra est plutôt simple : vivre le moment présent, sans autre forme de jugement. Si ses bénéfices sont vantés dans la sphère médicale et privée, il semblerait que sur le sol de l’entreprise, elle fasse encore débat.

C’est en 2003 que Chade-Meng Tan, ingénieur de la première heure chez Google découvre la pratique de la pleine conscience. Le programme « Connectez-vous à vous même » qu’il conçoit pour l’entreprise est alors victime de son succès. Quelques mois plus tard, plus un seul étage du bâtiment ne se parcourt sans qu’on y croise une salle de méditation. Le mouvement est viral et gagne d’autres entités comme Ford, Carlsberg, General Mills ou encore Goldman Sachs. Mais en France, son introduction fut pour le moins timide jusqu’à la mise en place du second Plan de Santé au travail (2010- 2014) qui qualifie pour la première fois les risques psychosociaux au travail comme des risques professionnels. Depuis moins d’une décennie, les entreprises ont désormais l’obligation de réduire dare-dare les burn out et bore out à outrance ainsi que les dépressions nerveuses chez leurs collaborateurs « en développant des actions de prévention ». Les derniers chiffres de l’Assurance Maladie parlent d’eux même : 10 000 cas d’affections psychiques ont été reconnus comme accidents du travail en janvier 2018 pour un coût totalisant 3 milliards d’euros.

C’est en vertu de ce problème que la médiation de pleine conscience s’est peu à peu imposée en France l’un des remèdes au stress au travail. D’inspiration bouddhiste, elle aurait pour vertu d’apaiser les esprits en recentrant les collaborateurs sur leurs sensations corporelles, ici et maintenant. Depuis quelques mois, elle s’invite partout : en stage, en séminaire d’entreprise, en réunion. On en veut pour preuve, l’invitation à « consacrer 10 minutes par jour à la méditation » par Pierre Gattaz, président du MEDEF dans ses « 60 propositions pour Emmanuel Macron ». La vague est telle qu’en 2019, près d’1 salarié sur 5 ayant été stressé au travail dernièrement envisageait de pratiquer la méditation, le yoga ou la sophrologie selon le baromètre Santé QVT présenté par Malakoff Médéric.

Bien que ses bénéfices soient reconnus dans la sphère privée (réduction du stress, longévité, concentration), son efficacité au travail n’a pas encore fait ses preuves, fautes de documentation vraiment solide. Ce que l’on sait en revanche, c’est que le marché de la méditation est, lui, bien juteux. Son chiffre d’affaires devrait culminer à 2,08 milliards de dollars à horizon 2022 selon Marketdata.

Dans le camp des contre :

Le statut de la méditation au travail accentue les objections à sa mise en place.

  • Pour certains, elle ne serait que l’avatar d’une nouvelle forme d’injonction au bonheur en entreprise, au nom de laquelle on tente de régler des problèmes structurels ou de management par des artifices superficiels. C’est en tout cas ce que dénoncent Eva Illouz et Edgar Cabanas dans leur ouvrage « Comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies. »

  • Qui plus est, la méditation n’est pas une pratique anodine. Tout comme une séance chez le psychologue, elle peut réveiller des émotions négatives voire des traumatismes chez les individus. Un essai expose que la méditation ne conviendrait pas aux personnes souffrant d’anxiété généralisée, d’alexithymie, de phobies ou d’hypocondrie.

  • Enfin, une étude menée par Andrew Hafenbrack, maître de conférences à la Católica-Lisbon School of Business and Economics et Kathleen Vohs, professeur(e) à la Carlson School of Management, montre les effets limités de la méditation sur la motivation et la productivité. D’après l’expérience suivie, le niveau de motivation du groupe de collaborateurs ayant médité était moindre de 10% par rapport à ceux qui n’avaient pas médité. L’explication que les auteurs esquissent est la suivante : « la méditation est une acceptation du temps présent. […] son principe est donc fondamentalement contraire à la réalisation motivée d’une tâche. »

  • Parmi les arguments évoqués par les anti-méditation au travail : le coût non négligeable de sa mise en place pour les entreprises.

Dans le camp des pour :

Pour d’autres collaborateurs, la méditation serait à l’inverse, le fer de lance d’une vrai politique de bien-être en entreprise parce qu’elle :

  • Améliorerait notre résistance au stress. Elle joue notamment un rôle actif dans la dépression nerveuse. Selon des statistiques, la méditation diminuerait jusqu’à 50% les risques de rechutes de dépression nerveuse.

  • Réduirait les conflits d’équipes. Rien de pire qu’un travail où les reproches se transforment en invectives et en griefs personnels. Au contraire, la méditation ouvre l’individu au monde et aux autres. Phil Jackson, un coach de la NBA a introduit la pratique de la méditation aux Lakers. Résultat : ils ont gagné le titre à 5 reprises.

  • Favoriserait la transformation des organisations en rendant les salariés plus ouverts à un changement de culture. Elle permettrait de mieux appréhender les nouvelles façons de penser. Une étude publiée dans le Journal Science Advance démontre les effets de la méditation sur les métamorphoses de la structure cérébrale.

  • Dans la même veine, la méditation développerait l’altruisme des managers envers leurs collaborateurs. Par effet boule de neige, ces derniers se sentiraient plus engagés envers l’entreprise.

Et donc ?

Entre arguments et contre-arguments, difficile de démêler le bon grain de l’ivraie. Si vous hésitez à développer la méditation dans votre entreprise, posez-vous ces questions :

  • Avez-vous eu des cas récents de troubles psycho-sociaux?
  • Avez-vous réalisé des questionnaires QVT?
  • Que disent-ils du stress de vos collaborateurs?
  • Votre entreprise est-elle en pleine transformation ? (digitale, structurelle, nouvelles embauches) ?* Votre entreprise rencontre t-elle des problèmes récurrents de management ?
  • Après une séance de méditation, le retour sur expérience est-il positif? Est-elle de nouveau plébiscitée par les salariés?

Quelle que soit votre démarche, la méditation n’est pas un devoir. Les collaborateurs sont libres d’en faire ou de ne pas en faire la pratique. Et gardez en mémoire que l’ingrédient principal de la motivation au travail reste autant le contenu du travail lui-même que son ambiance générale.

Laura Frémy

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