Être 100% transparent en entretien d’embauche : idée de génie ou plan foireux ?

Être 100% transparent en entretien : bonne ou mauvaise idée ?

« Au niveau des missions on sera principalement sur des photocopies et des cafés, pour un salaire annuel à 17K. Votre bureau sera au sous-sol, comme il n’y a pas de fenêtre n’hésitez pas à venir vous dégourdir les jambes au bord de la nationale, vous verrez ça fait du bien. Vous pouvez commencer lundi ? » Mmmh.. bof. Quand nos attentes ne collent pas vraiment au poste et aux conditions de travail énoncées par le recruteur, se pose parfois un dilemme de taille : aller dans son sens quitte à occulter des éléments pourtant importants pour nous, ou jouer cartes sur table ? Au risque, peut-être, de perdre une opportunité professionnelle.

Opération zéro secret

Conditions de travail, prétentions salariales, expériences passées… Qu’il s’agisse de votre parcours ou de vos attentes professionnelles, certains points peuvent rapidement devenir sensibles aux yeux des recruteurs. Un trou dans le CV ? Une réorientation professionnelle encore floue ? Un contrat qui s’est mal terminé ? Vous n’avez pas juré de “dire toute la vérité, rien que la vérité” au recruteur qui vous fait face, alors sur quel tableau jouer ? Si la transparence affichée par l’employeur permet au candidat de savoir à quoi s’en tenir et donc de prendre une décision, celle des prétendants au poste est forcément plus fragile, puisque ceux-ci restent soumis à la concurrence qui règne sur le marché de l’emploi. « La transparence peut parfois jouer en la défaveur du candidat, pose Mila M. Elhamdi, consultante en gestion de carrière. Il peut être très apprécié d’adopter une posture franche et naturelle, mais à condition de se cadrer et de rester stratégique dans les arguments avancés ». La transparence oui, mais à condition que la forme suive, donc.

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« Candidats, n’oubliez jamais que vous aussi, vous sélectionnez l’entreprise ! »

Être transparent, sans être effrayant

Comment la jouer franc jeu en entretien d’embauche, sans pour autant se fourvoyer ? Voici quelques conseils pour vous aider…

Brisez la glace

Votre année sabbatique fait toujours tiquer les recruteurs ? À moins qu’il ne s’agisse de votre volonté de bosser en télétravail ? Ou encore de ce précédent poste que vous avez brutalement quitté ? Si vous savez que le sujet sera abordé au cours de l’entretien, pourquoi ne pas mettre directement les pieds dans le plat : « Il ne faut pas hésiter à prendre les devants pour casser les a priori que le recruteur a déjà potentiellement construit, détaille Mila M. Elhamdi. On peut profiter de la fameuse question “Parlez-moi de vous” pour briser la glace et expliquer ce qui peut sembler problématique de manière rassurante. »

Tournez les points sensibles à votre avantage

Pour redorer l’image de certains points sensibles, il est nécessaire de dégager du positif d’expériences pouvant vous porter préjudice au premier abord. L’idée n’est pas de jeter un pavé dans la mare, mais bien d’enchaîner avec un argumentaire solide. « Il ne s’agit pas de se justifier mais de dresser le tableau et d’expliquer le contexte, les moyens donnés, et les gains de cette situation. Il faut montrer au recruteur que le problème a été solutionné. Plus on va en parler de manière rassurante, moins ce problème sera perçu comme tel par le recruteur », appuie Mila M. Elhamdi.

Approchée par un cabinet de recrutement sur LinkedIn alors qu’elle cherchait à quitter son entreprise pour un nouveau poste, Christine, 53 ans, a préféré miser sur l’honnêteté. « La recruteuse m’a décrit le poste, j’étais intéressée mais je lui ai dit que j’étais en arrêt maladie à cause d’un burn out », retrace la Drômoise. Elle en profite alors pour évoquer le bilan de compétences qu’elle a réalisé et sa validation d’acquis par expérience. « Nous avons longuement discuté, et elle a fini par me dire que le poste n’était pas pour moi car je n’étais pas en état de travailler. Elle avait tout à fait raison, et elle m’a néanmoins proposé qu’on se rappelle lorsque j’irais mieux. »

Mettez vous à la place de l’employeur

Être rassurant pour le recruteur signifie aussi que l’on comprend ses enjeux et ses besoins. « Il faut toujours partir du contexte de l’employeur pour bien comprendre son intérêt et celui de l’entreprise » rappelle la coach emploi. Certains points peuvent être négociables et le poste peut être remanié, mais l’entreprise ne peut a priori pas céder à toutes vos demandes. Dans ce cas, interrogez-vous sur vos priorités et les concessions que vous êtes prêt à faire : qu’est-ce qui compte le plus entre ce poste auquel vous postulez et votre désir de télétravailler / les mercredis après-midi que vous voulez consacrer à vos enfants / vos exigences salariales ? Abordez vos attentes et besoins professionnels, tout en restant flexible et à l’écoute de l’employeur : il ne s’agit pas de lui imposer quoi que ce soit, mais de discuter pour arriver à la solution qui conviendra le mieux à tout le monde.

Travaillez la forme

Balancer toutes vos exigences ou vous opposer au recruteur en tapant du poing sur la table n’est évidemment pas la meilleure manière de mener un dialogue constructif. « Être transparent ne veut pas dire être 100% naturel, il faut savoir faire un pas de côté et se rendre compte des premières impressions que l’on renvoie par notre posture, notre langage et notre attitude, rappelle Mila M. Elhamdi. Je compare souvent l’entretien à un rapport de séduction : quand on veut séduire une personne, il faut être subtil dans la manière d’amener les choses et travailler le contenu autant que la forme. » Comme pendant un date Tinder donc, on se tient bien, on est poli et on écoute l’autre parler.

Lors d’un entretien d’embauche, Gabrielle, journaliste dans la capitale, était allée dans le sens des recruteurs avant de rentrer chez elle avec un sentiment mitigé : elle avait certes fait bonne impression, mais n’était elle-même pas convaincue par le poste. « L’une des deux missions ne me parlait pas, le salaire était en dessous de mes attentes et ils cherchaient quelqu’un pour du long terme, ce que je ne pouvais pas leur promettre », se souvient la Parisienne. Rappelée pour un second entretien, elle a cette fois abordé les points qui la faisaient tiquer un à un, de façon calme et posée. « J’ai parlé de tous les problèmes potentiels que je voyais dans le poste et plus j’étais transparente, mieux l’échange se passait. Je n’ai pas été retenue mais ça m’a paru logique, nous n’avions pas les mêmes attentes. Moi qui étais un peu perdue dans ma recherche d’emploi, le fait d’avoir été transparente m’a aussi aidé à y voir plus clair. »

Si tout ne semble pas forcément bon à dire en entretien d’embauche, certains éléments se doivent d’être précisés pour arriver à une collaboration efficace qui vous profitera autant qu’au recruteur. Tirer le meilleur de certaines expériences en apparence négatives, aborder directement les sujets potentiellement fâcheux pour les désamorcer, et choisir ses mots comme son ton : avec le juste dosage, tout peut s’entendre.

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Article édité par Gabrielle Predko ; Photos Thomas Decamps pour WTTJ

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