Recherche d’emploi : « on n’y est pas ou mal préparés pendant les études »

Les études supérieures ne préparent pas les jeunes au travail

Savoirs théoriques, réflexion sur des pratiques, exercices techniques… Les études supérieures nous stimulent et nous façonnent intellectuellement. Mais nous préparent-elles vraiment à entrer dans le monde du travail ? Hélas, pas suffisamment dans la plupart des cursus. Si bien qu’il n’est pas rare de se sentir démuni au moment de se lancer dans la recherche de son premier emploi. Décryptage de ce décalage et quelques conseils pour mieux y faire face.

Un clic sur LinkedIn pour lâcher son CV ou une lettre de motivation digne du Goncourt ? Des émojis par milliers ou un « salutations distinguées » ? Un costard-cravate ou un tee-shirt ? Des défauts/qualités ou un sans-filtre complet ? L’entretien professionnel s’apprend de la même manière que le vélo. On tombe, on se sent libre, hop, on dérape, on se prend les pieds dans les pédales… Avant de sentir, enfin, qu’on trouve le juste équilibre.

Mais tout de même, dans le vélo comme dans le monde du travail, il est plus facile de se lancer lorsqu’on est armé de conseils et de retours d’expériences. Or, à l’heure de chercher leur premier « vrai » job en entreprise, celui censé lancer une carrière, nombreux sont les jeunes diplômés qui ne savent pas comment s’y prendre. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 4 jeunes sur 10 se disent mal préparés à la recherche du premier emploi, selon la dernière édition de l’Observatoire national Ipsos publié en avril dernier.

Écoles ou université, deux combats différents

C’est le cas de Marine Girardin, 23 ans, titulaire d’une licence en langues étrangères appliquées (LEA), qui s’apprête à démarrer un Master dans une école de commerce. « À la fac, on n’est pas du tout préparés à la vie professionnelle et à trouver un emploi. Ce ne sont que des cours théoriques ! » Même son de cloche du côté d’Alice, étudiante à Sciences Po Rennes. « Nous n’avons aucun cours sur l’expression orale, ni même sur la professionnalisation, pour apprendre des choses concrètes comme : rédiger un CV, faire de bonnes recherches pour obtenir un stage, contacter un professionnel sur LinkedIn ou Twitter… »

Qu’on soit passé par une école ou par les bancs de l’université, le constat n’est cependant pas tout à fait le même. À l’université comme dans les Instituts Universitaire de Technologie (IUT) et certains IEP (instituts d’études politiques), les étudiants apprennent beaucoup de choses, certes, mais ils sont livrés à eux-mêmes pour cet « après », pourtant si concret. « Le cursus universitaire ou en IEP nous donne une base de culture générale extrêmement riche, mais on n’augmente pas nos compétences professionnelles. Au fond, on est noyés dans un système trop généraliste, trop superficiel, juge Alice, qui a suivi une prépa hypokhâgne avant son entrée à Sciences Po Rennes. À la fac, au bout de trois ou cinq ans, il y a toujours des gens qui ne savent pas ce qu’ils veulent faire, qui n’ont fait ni stage, ni alternance et qui se retrouvent complètement perdus. » Medhi, 26 ans, qui a obtenu un DUT (diplôme universitaire technologique) d’assistant social, estime lui aussi qu’il n’a eu aucune formation à cette étape logique, mais le jeune homme ne s’estime pas perdant pour autant : « Il y avait pas mal d’offres d’emploi et de ressources sur Internet pour me guider dans mon positionnement en entretien. Et j’ai beaucoup échangé avec mes parents, qui m’ont partagé leurs conseils. Ceci dit, tout n’était pas adapté à mon cas, car ils n’évoluent pas dans le même domaine que moi ! »

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Un système scolaire poussiéreux ?

À qui la faute ? Certainement à un enseignement supérieur trop tourné vers l’écrit, alors même que la recherche d’emploi et le milieu professionnel nécessitent au contraire une certaine éloquence, une posture, quelque chose d’un peu théâtral, presque. La preuve, le ministère de l’Éducation nationale, conscient de cette contradiction, a introduit, en 2019, le grand oral du baccalauréat en filière générale !

De fait, les universités ont toujours eu pour objectif, non pas d’apprendre un métier, mais plutôt de transmettre des savoirs, une certaine culture générale et d’apprendre à penser. Quant aux écoles, qui forment elles bien aux métiers de demain, elles ont beau essayer d’accompagner leurs étudiants à construire un projet professionnel solide et à se jeter dans le grand bain, elles peuvent, parfois, par cette volonté même, créer des clones formatés. « La préparation en école de commerce est calibrée pour le monde de l’entreprise, qui est d’une violence extrême. Et dans la majorité des cas, c’est tellement froid et robotique qu’on nous apprend à l’être aussi », explique Lauriane, brand content et communication manager pour une néo-banque, qui se souvient encore d’un recruteur, il y a dix ans, qui avait appelé son ex-employeur pour vérifier si elle « ressentait bien des émotions ».

La désillusion

Pour beaucoup de jeunes sortis d’écoles ou de cursus élitistes, il y a aussi la douche froide de la réalité du terrain, et notamment des salaires, quand, lors des process de recrutement, ils réalisent que leurs prétentions salariales sont très éloignées de ce que les employeurs proposent « En école de commerce, on te vend le fait que tu vas arriver sur le marché du travail avec un salaire minimum de 2000-2500 euros net par mois, mais c’est complètement bullshit !, soupire Lauriane. Moi, par exemple, j’ai commencé à bosser à 1700 euros nets. Et dans un job auquel je ne me destinais pas, grande désillusion… »

Et puis, il y a cette posture professionnelle dont personne ne parle vraiment, qui diffère d’ailleurs de chaque secteur et typologie de structure, mais qui est pourtant fondamentale, pour s’intégrer dans le monde du travail. C’est ce qu’a ressenti Marine, qui se félicite d’avoir accumulé les petits boulots pour acquérir ce savoir-être et ces codes sociaux : « Je ne savais pas comment me comporter, d’autant que je suis très spontanée et qu’il m’arrive souvent de dire ce que je pense sans trop réfléchir…. J’ai eu du mal à me perfectionner à ce niveau-là. Heureusement que j’ai travaillé à côté de mes études  ! Grâce à ces expériences , j’ai compris les attitudes à adopter en entreprise, notamment face à un manager. »

Personal branding, stages à gogo et transparence

Des erreurs, de l’improvisation, des doutes, des errances ? Et alors, rétorque Aude Fraïoli, coach et professeur en personal branding, ce sont justement ces moments difficiles qui nous permettent d’apprendre et d’avancer. Néanmoins, avec quelques règles de base, on appréhende plus sereinement les entretiens et on rebondit mieux après des échecs, lors d’une première recherche d’emploi :

1- Formez-vous au « personal branding »

La première chose à faire, selon Aude Fraïoli, est d’apprendre à raconter son histoire. « Il faut prendre conscience que le recruteur, comme n’importe quelle nouvelle rencontre dans votre vie, d’ailleurs, aura toujours une perception de vous, mais que vous avez le pouvoir de modifier cette perception, non pas de manière positive ou négative, mais pour qu’elle soit la plus proche de qui vous êtes profondément », explique cette touche-à-tout, qui accompagne 800 élèves par an à l’EFAP, une grande école de communication parisienne. « Il ne s’agit pas qu’on vous aime ou pas, mais qu’on ne se trompe pas sur ce qui vous êtes. » Pour cela, il faut analyser son parcours et apprendre à le raconter, tirer le fil de son histoire personnelle pour donner à voir qui on est vraiment.

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2- Multipliez les stages dans des univers différents

Un… deux stages, c’est bien. Cinq ou six, c’est encore mieux, insiste Aude Fraïoli. Car les multiplier, c’est emmagasiner le plus d’expériences possibles dans des univers différents, engranger de nouvelles compétences, se donner un aperçu des ambiances, des carrières et surtout, s’exercer. « Faire des stages est un luxe. C’est l’occasion de tout tester, sans qu’on nous demande de nous justifier, sans qu’il y ait nécessairement une cohérence dans nos expériences, comme on nous le demande souvent dès lors qu’on est diplômés. » Aude Fraïoli recommande même d’oser toquer à la porte de secteurs qui, a priori, ne nous intéressent pas. « Cette période de stages peut s’apparenter à une boîte à outils : si tu n’as que des marteaux, tu ne construis rien ! » Et surtout, prône-t-elle, pas d’injonction au résultat positif. « Je déteste le mot “carrière”, qui sous-tend quelque chose de linéaire… La vie professionnelle est plutôt un chemin, sur lequel on avance petit à petit. Décomplexons-nous avec ces déterminismes  ! Certaines expériences seront bonnes, d’autres vont mal se passer, mais c’est en acceptant ce fait que l’on progresse vraiment. »

3- Postulez à gogo

Difficile de donner le meilleur de soi-même face à l’entreprise de ses rêves, quand c’est le premier ou deuxième entretien et que l’on n’a presque pas de référentiel en la matière. Encore une fois, c’est comme le vélo… Plus on s’exerce, plus on le maîtrise ! C’est pourquoi l’experte recommande à ses étudiants de postuler beaucoup, y compris à des postes qui ne les intéressent pas…. « Souvent, les étudiants attendent LE super entretien avec LA super entreprise : et là, bam ! Ils vont le rater, ils auront fait leur brouillon avec leur entreprise super attendue. Mieux vaut étirer ce muscle quand l’enjeu est faible pour ne pas louper cette étape cruciale ! »

4- Soignez vos écrits

On ne le dira jamais assez, les premières impressions comptent. Et pas qu’à l’oral ! « Quand on candidate à un poste, trois choses sont primordiales à l’écrit, insiste la coach. L’objet du mail et la première phrase, qui vont donner envie de continuer à lire la suite, et la dernière, qui vous donne envie de passer à l’action ! Si vous écrivez, comme tout le monde : “Cher Monsieur, je me permets de vous contacter, blablabla, et que c’est ennuyant comme la pluie… vous aurez du mal à vous démarquer ! » Pour se différencier, il faut donc oser s’exprimer et même, pour ceux qui s’en sentent capables, dégainer la touche d’humour qui dévoilera une partie de votre personnalité unique !

5- Demandez des retours aux recruteurs

« Certains diront que c’est culotté… Mais il faut toujours demander des retours des recruteurs pour s’améliorer dans sa présentation, son storytelling, le récit de son parcours, souligne Aude Fraïoli. C’est important de comprendre ce qu’ils ont perçu de vous et même de leur demander s’ils ont un conseil pour vous aider à vous améliorer. »

Avec tous ces conseils et une bonne dose d’autodérision, nul doute que vous saurez attaquer votre première recherche d’emploi en grand conquérant  ! Quoiqu’il arrive, rappelez-vous que tout le monde, y compris votre futur boss, est passé par cette étape délicate… Comme le soulignait à raison le sage Aristote il y a déjà fort longtemps, « ce que nous devons apprendre à faire, nous l’apprendrons en le faisant ».

Article édité par Aurélie Cerffond, photo Thomas Decamps pour WTTJ

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