CV citoyen : l'outil idéal pour se démarquer quand on manque d’expérience pro ?

Le CV citoyen : qu'est-ce que c'est et comment l'utiliser ?

En recherche active d’un premier emploi, vous enchaînez les process de recrutement, sans succès. Vous et votre CV de jeune diplômé n’avez pas de quoi rougir, certes, mais avec vos quelques stages comme seules armes, vous avez du mal à faire le poids face à des profils un peu plus expérimentés. Et la crise actuelle n’arrange pas les choses, du tout. Alors, il est peut-être temps de sortir du cadre et de miser sur votre dernier atout : vos engagements bénévoles. Car non, il n’y a pas que les études, les stages et les jobs étudiants qui ont de la valeur aux yeux des recruteurs. C’est justement sur ce postulat que le concept de CV citoyen a été créé par la Jeune chambre économique Française en 2017. Mais en quoi consiste ce nouvel outil ? Quels sont ses avantages ? Ses limites ? Et comment l’utiliser pour mettre toutes les chances de son côté ? Décryptage.

Qu’est-ce que le CV citoyen ?

Aujourd’hui, on compte environ 13 millions de bénévoles en France répartis dans 1,5 million d’associations. Ce n’est pas rien. Pour la JCEF, une association nationale qui se définit comme un “incubateur de leaders citoyens”, ce sont autant d’expériences enrichissantes à faire valoir, sur le plan personnel… et professionnel. C’est pourquoi ces dernières années l’association a souhaité développer un outil qui puisse apporter davantage de reconnaissance à tous ces bénévoles dans leur recherche d’emploi : le CV citoyen.

En théorie, il s’agit d’un CV au format papier ou digital, très proche dans la forme au CV tel qu’on le connaît à la seule différence qu’il n’aborde que les expériences non-professionnelles, à savoir les engagements associatifs (bénévolat dans une association d’intérêt général, sportive ou de loisir, engagement dans un parti politique, etc.) Sur ce document complémentaire du CV traditionnel, figurent donc :

  • d’un côté toutes les expériences bénévoles et le détail des missions réalisées dans chacune d’elles. Il est important de montrer les résultats de son action, et les moyens engagés pour y parvenir.

  • de l’autre, tout ce que cela nous a appris et pourra être réutilisé en entreprise ou ailleurs, en séparant les “savoir-faire” des “savoir-être”.

Sur ce CV peuvent aussi figurer les formations auxquelles on a eu accès grâce à notre engagement en association, ou les formations que l’on a éventuellement animées pour le compte de celle-ci. Enfin, si le bénévolat impliquait des interventions orales ou des présentations aux autres bénévoles ou à des fins de prospection, il s’agit d’une expérience formatrice et qui mérite d’y être également mentionnée.

En pratique, le CV citoyen peut adopter le design que l’on veut, tout comme le CV traditionnel. Les deux peuvent même être joints ou présentés sur une seule et même feuille. Dans tous les cas, cette démarche a pour objectif de faciliter notre insertion professionnelle en s’appuyant sur les enseignements tirés du bénévolat. S’il s’adresse donc principalement aux jeunes en recherche d’un premier emploi, le CV citoyen, apprécié des recruteurs, peut être utilisé tout au long d’une carrière, pour faciliter une reconversion professionnelle ou pour se démarquer dans un secteur concurrentiel. D’après Sandrine, membre du JCEF et animatrice d’ateliers de formations au CV citoyen, « c’est l’avènement des soft skills, auxquels les recruteurs sont de plus en plus attentifs, qui a favorisé la naissance d’un outil qui puisse valoriser les expériences extra-professionnelles pendant la recherche d’emploi. »

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Un soutien de poids en process de recrutement

Mélanie, 26 ans, employée d’une entreprise du secteur automobile, a pu voir les effets bénéfiques du CV citoyen alors qu’elle était encore étudiante. À la recherche d’une alternance en tant que Responsable QSE, elle ajoute à son CV un encadré dédié à ses expériences de bénévole et son engagement dans la marine en tant que réserviste. « Je n’avais pas un parcours scolaire sur lequel m’appuyer, mais j’avais plein de choses à dire sur mes expériences extra-scolaires. » Bien qu’a priori moins qualifiée que ses concurrents pour le poste, la toute première entreprise qu’elle contacte avec ce CV d’un nouveau genre l’invite à passer un entretien, puis finit par lui faire une offre, qu’elle signe sans hésiter. Fabien, le manager qui l’a sélectionné à l’époque, se souvient encore de son recrutement. « Elle était clairement un outsider, mais son profil était atypique et en entretien, l’image qu’elle renvoyait correspondait totalement à son CV. Dans celui-ci figuraient ses expériences en association et surtout son engagement en tant que réserviste de la marine nationale, ce qui m’a tout de suite intéressé. Lors de l’échange, j’ai découvert une personne rigoureuse, sérieuse, appliquée et sûre de ses capacités, sans pour autant être arrogante, raconte le manager senior. Finalement, c’était bel et bien la meilleure pour le poste malgré son manque d’expérience et le feeling est très bien passé, au point qu’on l’a même embauchée en CDI à la fin de ses études. Comme quoi… »

Jonathan, quant à lui, a réussi à décrocher un poste de formateur au sein de l’entreprise dans laquelle il comptait huit ans de travail en tant que commercial et ce, grâce au CV citoyen. « Même si cela faisait des années que j’étais dans la boîte, je n’avais rien dans mon CV qui montrait ma capacité à faire de la formation, explique le trentenaire. Mon seul diplôme, c’est le bac, et ma seule expérience, c’était celle de conseiller commercial. J’ai essuyé plusieurs échecs en interne avant de me résoudre à créer mon CV citoyen, dans lequel je mentionnais notamment mes différentes expériences d’animations d’ateliers de formation pour la JCEF. Et c’est ce qui a finalement fait la différence, clairement. »

Les expériences bénévoles constituent encore trop souvent un levier sur lequel on ne pense pas pouvoir s’appuyer. Et pourtant, à l’image de Mélanie ou de Jonathan, c’est parfois grâce à celles-ci que l’on parvient à rafler le jackpot. Parce qu’en réalité, si on qualifie le CV citoyen d’’outil”, il s’agirait plutôt d’une ouverture d’esprit, d’une nouvelle tendance qui nous invite à considérer d’autres pans de notre vie comme des éléments constitutifs de notre identité professionnelle et de véritables atouts. Et pour cause, les expériences associatives sont particulièrement formatrices, sans compter qu’elles influencent plus qu’on ne le croit notre façon de travailler et quel·le professionnel·le on est. « L’engagement bénévole peut non seulement nous apporter des compétences transposables, - comme le management d’une équipe, ou encore la gestion de projet - que l’on peut réutiliser en entreprise, mais aussi nous inculquer un savoir-être, très important aujourd’hui dans le monde du travail. »

Et ce n’est pas tout ! Le(s) type(s) d’association(s) dans laquelle on s’engage en dit aussi beaucoup sur notre personnalité et nos valeurs, ce qui peut aider le recruteur à mieux cerner qui nous sommes. Enfin, c’est aussi l’occasion « de se trouver éventuellement des points communs avec un recruteur ou son futur manager, explique Sandrine. Lorsqu’on a tous·tes les deux été scouts par exemple, ou qu’on fait partie d’assos défendant la même cause… On tisse plus facilement des liens. » Bref, envoyer un CV citoyen lors d’une candidature, c’est dévoiler, derrière les diplômes officiels et les expériences classiques, un autre aspect de vous-même, plus personnel mais aussi plus authentique.

Imparable, le CV citoyen ?

Si le CV citoyen a semble-t-il déjà fait ses preuves, est-il un incontournable des candidatures lorsqu’on a un passé de bénévole ? Eh bien, pas vraiment. Si les expériences bénévoles sont de plus en plus valorisées par les recruteurs, le CV citoyen reste un complément du CV traditionnel et non l’alter ego de ce dernier. Pour Sandrine, il faut y voir avant tout un outil de différenciation. « Évidemment, tout seul, le CV citoyen ne va pas peser autant que le CV traditionnel, nuance-t-elle, mais c’est un petit plus qui va faire ressortir votre profil au milieu des autres et renforcer votre potentiel aux yeux des recruteurs. »

Un bonus donc, mais à utiliser avec parcimonie. Car il n’est pas le bienvenu partout, nous confie l’animatrice des ateliers de la JCEF. « En fait, parler de son engagement bénévole, lorsque celui-ci est fort et a lieu en parallèle de l’activité professionnelle, est parfois perçu comme une menace à votre investissement pour l’entreprise. » En d’autres termes, certains recruteurs voient l’énergie que vous déployez dans votre engagement comme autant d’énergie et de temps indisponible pour votre travail. Ils pourraient donc être effrayés si vous insistez trop sur votre implication extra-pro. Par ailleurs, certains engagements ne sont pas tout le temps compatibles avec le monde du travail. « Lorsque l’on fait partie d’une association religieuse, ou que l’on est membre d’un parti ou d’une association militante, on peut se faire des amis qui partagent nos valeurs ou nos idées, mais on prend aussi le risque de se voir tourner le dos par d’autres personnes. » Effectivement, même si nos convictions singularisent notre candidature, attention, certaines informations n’ont pas leur place en process de recrutement.

Pour ne pas que votre CV citoyen n’atteigne ses limites et soit contre-productif, c’est à vous qu’il revient de juger de ce qui mérite d’y figurer ou non et d’en parler de la meilleure des manières. « Tout est une question de dosage, indique Sandrine. Il faut veiller à ne pas trop en faire pour ne pas effrayer les recruteurs, et à ne pas divulguer ce qui pourrait être un engagement trop clivant. » À vous de sentir aussi quel degré d’importance donner à votre CV citoyen, et quand le poser sur la table. Pour Sandrine, le timing dépend de votre situation professionnelle. « Si vous êtes au début de votre carrière, et que vous avez du mal à intégrer le monde professionnel, le CV citoyen peut être un atout considérable pour passer les premiers rideaux de sélection des candidats, et vous pourrez aussi en parler en entretien. » En revanche, si vous êtes un peu plus expérimenté, le CV citoyen peut arriver dans un deuxième temps, lors de l’entretien par exemple, « pour surprendre un peu les recruteurs et remonter dans le classement. »

Bien que le bénévolat ne soit pas motivé par des ambitions professionnelles, il constitue tout de même un atout, en particulier en début de carrière, pour se démarquer et augmenter ses chances de décrocher un emploi/stage. Ainsi, bien utilisé et dégainé au bon moment, le CV citoyen peut s’avérer être un atout à la fois efficace et original. Si le bénévolat fait partie de votre vie actuelle ou passée, munissez-vous de cet outil “bonus” et gardez-le bien au chaud sans oublier de l’actualiser régulièrement. Il vous guidera peut-être vers un job aligné avec vos valeurs ou une entreprise sensible à vos engagements.

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Exemple de CV citoyen

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Photo par WTTJ
Édité par Eléa Foucher-Créteau

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