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Clémentine Galey, la podcasteuse qui libère la parole sur la maternité

Clémentine Galey, portrait de la créatrice du podcast Bliss

Quand Clémentine Galey ouvre la porte de son appartement, on met (enfin) un visage sur cette voix qui susurre à l’oreille de nombreux auditeurs - et surtout auditrices - à chaque épisode de Bliss Stories. Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, ce ton doux et bizarrement familier s’accompagne d’un sourire aussi accueillant que l’intérieur de cette parisienne pure souche. À l’image de son podcast, que cette ancienne directrice de casting envisage elle-même comme un cocon dans lequel on parle de maternité « autrement ». Soucieuse de ce rôle féministe qu’elle a endossé sans même l’espérer, celle qui a semble-t-il trouvé sa voie/x n’en finit plus de la donner aux autres. Forte d’un concept dont le succès ne cesse de croître au rythme de sa communauté, on a souhaité rencontrer cette podcasteuse passée pro dans l’art de libérer la parole sur ce sujet de société aussi universel qu’il n’en demeure pourtant tabou : la maternité.

Clémentine, sans vouloir te piquer ta réplique peux-tu s’il te plaît me dire qui tu es, ce que tu fais et de quoi est composé ton quotidien professionnel ?

Ah petit twist de la réplique (rires) ! Je suis Clémentine Galey, je viens d’avoir 41 ans et mon quotidien pro est récemment fait uniquement de ce que j’aime, puisque je suis podcasteuse. C’est vrai que c’est bizarre de dire ça, parce que pour moi ça n’a jamais été un métier potentiel. J’étais en télé depuis des années en tant que directrice de casting chez TF1 Productions. C’était un poste avec un intitulé très clair, un contrat en CDI et des équipes avec qui je bossais depuis 6 ans.
Mon quotidien aujourd’hui c’est de me fabriquer une nouvelle vie professionnelle sur-mesure. J’ai décidé que je ne ferai que ce qui me plaît, avec les gens avec qui j’ai envie de travailler, dans le timing qui me convient. Je pense que tu ne fais pas un virage, un changement de vie comme celui là à 40 ans pour te remettre dans des contraintes (rires).

Est-ce que tu avais depuis longtemps en toi et en tête cette envie d’entreprendre ?

Ça faisait longtemps que j’avais envie de faire quelque chose par moi-même. J’avais envie de donner un peu plus de sens à mon travail, à mes journées. Je faisais un métier de divertissement pur. La télé est un média fantastique, que je trouve plus drôle à fabriquer qu’à regarder. Je me suis totalement épanouie là-dedans pendant des années, mais j’avais l’impression d’avoir fait le tour.
Il n’était pas question que je quitte mon boulot, « même pas en rêve ». L’idée était plus d’avoir une soupape, une aire de jeux pour m’aérer la tête, rencontrer d’autres gens. Et faire quelque chose pour moi, à moi, comme je l’entendais.

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Qu’est-ce qui t’a conduit à créer Bliss Stories, ton podcast décomplexé sur la grossesse et l’accouchement ?

Je voulais faire quelque chose de puissant, de fort, avec de la vraie information, concrète et sans filtre. C’était ma ligne directrice. Et surtout jamais pathos : pas question de faire pleurer dans les chaumières où de dresser un portrait atroce de la maternité. Juste de dire vraiment ce qui se passe, sans langue de bois. Que les femmes sachent enfin ce qui arrive dans une salle d’accouchement et après. C’est la base, mais moi-même je ne le savais pas quand j’ai accouché. On est surinformés partout et tout le temps, mais pas là dessus. Ou en tout cas pas assez. Ou pas avec les bons mots ou les bons témoignages visiblement. Il y a un tabou qui perdure et c’est dramatique.

Pas question de faire pleurer dans les chaumières où de dresser un portrait atroce de la maternité. Juste de dire vraiment ce qui se passe, sans langue de bois.

C’était tout tracé dans ma tête, il n’y avait plus qu’à le fabriquer. J’étais convaincue, mais c’était très personnel. Quand j’en parlais autour de moi les gens étaient assez sceptiques. Quand tu te lances sur un projet comme celui-là il faut être passionné, sinon tu lâches très vite. Moi, c’est un sujet qui me passionne depuis toujours. Et je trouvais qu’il pouvait merveilleusement s’imbriquer avec le média podcast, idéal pour parler de l’intime. Contrairement à la caméra qui impressionne, le micro, lui, s’oublie et tu n’as pas besoin d’être apprêtée. Les mamans me reçoivent en jogging, pas maquillées, et on s’en fout !

Une fois le concept trouvé, comment as-tu procédé ?

Je me suis d’abord lancée en trouvant des cobayes pour me faire la main (rires). Parce qu’il faut bien la faire cette première interview ! J’ai acheté un micro et je me suis entraînée avec un logiciel de montage de son. Et puis, j’ai interviewé l’une de mes cousines, qui a une histoire dingue en ayant fait un enfant toute seule, et aussi ma meilleure amie, qui a eu un premier accouchement assez rock’n’roll en une heure.

Sur le moment, je me suis dit que je n’avais peut être pas choisi la facilité. Mais malgré le fait qu’on se connaisse très bien et que je connaisse leurs histoires, la magie a opéré.

Après j’ai démarché d’autres femmes que j’avais envie de rencontrer personnellement. Beaucoup d’instagrammeuses, parce que mon but était aussi d’enlever les filtres Insta pour leur permettre d’être incarnées autrement que par leurs photos. Je me suis dit que ça ferait du bien à tout le monde. Elles ont été tout de suite très réceptives à ma demande : j’ai envoyé 10 mails à 10 nanas et j’ai eu 9 oui immédiats. Et là c’était parti, je me suis mise à avoir une double vie. Je travaillais chez TF1 jusqu’à 19h30, ou plus tard parfois, et j’enchaînais. J’allais voir ces femmes chez elles quand leurs enfants étaient couchés, je m’installais dans leur salon et elles se mettaient à me raconter leurs vies.

Je me suis mise à avoir une double vie. Je travaillais chez TF1 jusqu’à 19h30, ou plus tard parfois, et j’enchaînais. J’allais voir ces femmes chez elles quand leurs enfants étaient couchés, je m’installais dans leur salon et elles se mettaient à me raconter leurs vies.

Quand on écoute Bliss, ce qui frappe c’est la simplicité et la facilité des échanges malgré le sujet. Comment l’expliques-tu ?

Ce qui est fou c’est qu’elles me racontent ce qu’il y a de plus intime pour elles. Les moments les plus forts, les plus beaux ou les plus inquiétants, en tout cas les moments les plus charnières de leurs vies.

Et c’est fluide. Peut être parce que je ne suis ni leur mère, ni leur soeur, ni leur amie, ni leur psy, ni une personne du corps médical. Ca permet de livrer son histoire tout en sachant qu’il y a beaucoup de bienveillance. Quand elles acceptent ou quand elles demandent à me rencontrer, il y a une envie de raconter leurs histoires. Déjà pour elles, parce qu’on a rarement l’occasion de raconter notre grossesse et notre accouchement de A à Z. Et puis il y a aussi une envie de transmettre. Beaucoup ont vécu des choses dures et témoignent pour que ça n’arrive plus ou en tout cas que ça arrive moins. Qu’on sache que ça existe, que c’est possible et donner leurs éventuelles solutions. Il y a une sorte de chaîne de solidarité qui s’est créée autour du podcast, qui est forte et puissante. Tout ça mis bout à bout fait ce que Bliss est devenu aujourd’hui. Honnêtement, jamais je n’aurais cru ça possible !

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À quel moment as-tu envisagé d’en faire ton job à temps plein ?

J’ai démarré Bliss en avril 2018. Six mois plus tard, lors de la première édition du Paris Podcast Festival, j’étais nommée dans la catégorie « Conversation ». Comme aux César, tu t’en fous d’avoir le prix mais tu es déjà trop contente d’être nommée (rires). J’y ai rencontré énormément de gens, et notamment Nouvelles Écoutes qui m’ont proposé d’intégrer Bliss dans leur régie pub.

C’était un premier pas vers la monétisation. Parce que, malheureusement, tu ne vis pas que de podcast et d’eau fraîche (rires). Il y a un moment où le paramètre “thune” entre en ligne de compte. Au début, j’ai commencé à avoir quelques sponsors assez frileux. Ils se demandaient ce que ça allait leur ramener, comment mesurer l’impact, prouver le retour sur investissement… Mais certains se sont lancés et aujourd’hui j’ai beaucoup de demandes. Je n’accepte pas tout honnêtement. Parce que l’important, c’est de ne pas prendre ton audience en otage. Mes auditrices sont tellement engagées et actives qu’il est hors de question que je leur balance tout et n’importe quoi dans les oreilles, avec des marques qui n’ont rien à voir avec la choucroute.

En avril 2019, soit un an plus tard, j’étais approchée par la plateforme Sybel qui se lançait et qui m’a proposé de faire un partenariat pour que mes épisodes sortent en avant première chez eux. C’était un pari. C’est à ce moment là que je me suis dit : « Si je peux commencer à gagner un peu d’argent avec le podcast, je vais peut être pouvoir transformer ma vie professionnelle et ne plus faire que ça ».

Le déclic c’est quand j’ai constaté que je recevais plus de mails pour Bliss que pour TF1 (rires) ! Je venais de signer un CDI chez eux alors que j’étais intermittente depuis plusieurs années, mais ils ont aimé le projet et ont facilité mon départ. Il y avait un tel alignement des planètes que je suis partie en vacances le 14 juillet et je ne suis pas revenue. L’été, j’ai monté ma boîte et à la rentrée, c’était une nouvelle vie. Je mesurais ma chance, déjà, sans savoir où j’allais.

Le déclic c’est quand j’ai constaté que je recevais plus de mails pour Bliss que pour TF1 !

Il y a ce qu’on imagine, ce qu’on entend, mais à quoi ressemble vraiment ton quotidien de podcasteuse ?

Mon quotidien s’articule beaucoup autour de la sortie de mes épisodes, soit un par semaine ce qui est vraiment intense.

Il y a toute la partie casting des prochaines histoires, ce qui est énorme. Là j’ai embauché ma première assistante qui s’occupe de gérer l’avalanche de demandes de témoignages que je reçois quotidiennement, soit des centaines de messages par mail et autant par Instagram chaque mois, que je ne pouvais plus traiter toute seule.

Aujourd’hui, ce n’est plus moi qui fait le montage. Mais, en vrai, quand je les reçois, je remets le nez dedans. Je demande à la monteuse, qui est géniale, d’être un peu large dans ses coupes parce que j’aime bien mettre ma touche, je ne peux pas m’en empêcher.

Après il y a toute la partie écriture des intros qu’il faut que j’enregistre. Je pose la musique. Et quand il y a des sponsors, il y a les aller-retours avec les marques pour la validation des messages et l’intégration à l’épisode. Donc ça, c’est toute la partie production.

Le reste c’est beaucoup de rendez-vous, parce que comme le podcast est en plein boum et que j’ai la chance de faire partie de ce premier wagon de podcasteurs qui a émergé, ça donne des idées à d’autres. J’ai la chance d’être très sollicitée soit par des gens qui me demandent des conseils, soit par ceux qui veulent m’écouter raconter mon histoire comme vous (rires). Et puis beaucoup de business pour la suite.

Dans ma journée, il y a aussi une grosse partie réseaux sociaux et échanges avec ma communauté. Elles ont fait de moi ce que je suis aujourd’hui. Je leur donne la parole et elles me relaient : c’est un cercle vertueux. Le bouche-à-oreilles, leur confiance et leur engagement c’est ce qu’il y a de plus formidable pour moi, donc j’y accorde du temps.

Podcasteuse, c’est un métier d’avenir selon toi ? Quels sont tes conseils pour les personnes qui souhaiteraient se lancer ?

Oui, il y a toute une génération de podcasteurs qui est en train d’arriver parce que les marques se rendent compte que les écoutes sont fortes, puissantes et engagées. L’écoute est active contrairement à un magazine que tu feuillettes où tu croises 25 pages de pub sans plus les voir ou quand tu coupes le son de ta télé pendant la pub. Quand tu démarres ton podcast favori et que tu as 1 minute de publicité dite par ton animateur préféré, tu l’écoutes. Les marques sont en train de le comprendre et c’est génial parce que ça ouvre des portes !

Quand on me demande des conseils, je ne veux pas vendre du rêve parce que je sais qu’on est très peu à pouvoir vraiment en vivre aujourd’hui. Pas question de dire : « Allez viens tu vas voir ça va être trop cool, tu peux quitter ton job demain tout va bien se passer ».

Quand on me demande des conseils, je ne veux pas vendre du rêve parce que je sais qu’on est très peu à pouvoir vraiment en vivre aujourd’hui. Pas question de dire : « Allez viens tu vas voir ça va être trop cool, tu peux quitter ton job demain tout va bien se passer ».

Je pense qu’il ne faut pas quitter un job lucratif pour faire un podcast sans être sûr qu’il va être sponsorisé. Aujourd’hui, le sponsoring c’est soit des marques, soit une plateforme, mais ce que j’ai vécu avec Sybel est assez rare sincèrement.

Sinon, j’explique comment j’ai procédé et je fais des mises en contact avec les acteurs que j’ai pu rencontrer. J’essaie de faire bénéficier de la longueur d’avance que j’ai. Et surtout, je conseille à ces personnes, une fois qu’elles ont leur concept, de très vite enregistrer, pour se frotter à la réalité. Une fois que tu as un produit fini et dont tu es satisfait, là tu peux démarcher. D’autant que ça ne demande pas un gros investissement matériel : un micro, un ordi et c’est bon !

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Comment ce changement de mode de vie professionnel impacte-t-il ton équilibre vie pro/vie perso ?

Tu y laisses des plumes, forcément un peu. Surtout au début avec la double, voire la triple vie, parce que j’ai quand même deux enfants, une famille, il a fallu dégager du temps. Concrètement ça signifie que tu rentres chez toi, tu couches tes enfants et puis tu bosses jusqu’à 2 heures du mat. Tu grapilles 2 heures par ci, 3 heures par là. En bref, tu priorises !

Encore aujourd’hui, mes enfants me disent parfois « Oh tu fais encore du Bliss » et ça veut tout dire. Mais mine de rien, dans la mise en place de cette vie pro sur-mesure, il y a aussi la possibilité si j’ai envie d’aller les chercher à l’école à 16h30, et bien je le fais. Ca a été une privation pendant des années et là c’est le gros avantage.

Et puis je travaillais déjà beaucoup avant donc ça n’a pas changé grand chose. Eux, dans leur petite vie d’enfants, ça ne change rien ou si peu. Et mon mec est très soutenant dans ce changement de vie : il est fier de moi. Nos enfants ont des parents passionnés par leurs métiers, qui ont besoin de cette vie professionnelle riche pour être épanouis. J’espère leur transmettre ça. Ils sont tombés dans cette famille là, il faut composer avec (rires) !

Comment envisages-tu l’avenir de Bliss ? Quels sont tes projets pour la suite ?

Bliss est aujourd’hui ce qu’il est et c’est formidable. Là je suis presque à 5 millions d’écoutes cumulées ce qui est dingue. Je fais à peu près entre 80K et 150K d’écoutes par épisode. Et ça peut durer parce que c’est un sujet inépuisable : tu peux encore écouter aujourd’hui le premier épisode, si le sujet t’intéresse, il est toujours d’actualité. Les femmes continueront d’accoucher et d’avoir des problématiques et des expériences à la fois très personnelles et en même temps universelles.

Donc déjà, j’ai envie de continuer Bliss évidemment, de l’upgrader, voire de le décliner. J’aimerais aussi faire d’autres podcasts, peut être sur des sujets complètement différents. On m’a récemment proposé d’écrire un livre. Jamais je n’y aurais pensé. Et il y a plein d’autres choses en préparation. C’est un sujet tellement porteur, tellement fort.

C’est un sujet inépuisable : tu peux encore écouter aujourd’hui le premier épisode, si le sujet t’intéresse, il est toujours d’actualité. Les femmes continueront d’accoucher et d’avoir des problématiques et des expériences à la fois très personnelles et en même temps universelles.

Assistante mise en scène au cinéma, directrice de casting à la télé, et désormais podcasteuse… tu as un parcours extrêmement riche. As-tu le sentiment d’avoir aujourd’hui trouvé ta voie ?

Je ne me suis jamais sentie autant à ma place qu’aujourd’hui, c’est une évidence. Mais ça ne veut pas dire qu’avant j’étais perdue. Ma vie pro a été jalonnée de rencontres, de coups de cœur et d’opportunités. Mais à chaque étape, j’ai pris du plaisir. Je n’ai pas le souvenir d’avoir fait quelque chose sous la contrainte, ou de m’être sentie « dans le dur ». Je me suis toujours laissée guider par mon instinct et par l’humain plus que par le prestige d’une boîte. Je n’ai pas l’impression de m’être cherchée, plus d’avoir accumulée les bonnes expériences qui font de moi aujourd’hui un couteau suisse capable de faire du podcast.

J’ai adoré toutes ces périodes de ma vie. Je me suis laissée porter, je n’avais pas de plan de carrière ou d’envie d’arriver quelque part. Peut être que je manquais d’ambition. Je crois que j’avais l’ambition d’être bien dans mes baskets avant tout.

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Photo by WTTJ

Mélissa Darré

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