Rupture amoureuse : comment gérer les peines de cœur au bureau ?

Continuer à travailler après une rupture amoureuse, témoignages

Comment se remet-on d’un chagrin d’amour ? Certains préfèrent passer l’épreuve en mode silencieux et faire bonne figure, quand d’autres doivent lutter pour retenir leurs larmes au boulot. Et il y a aussi ceux qui restent cloîtrés chez eux. À chacun·e sa manière de gérer – de digérer – le coup dur et de rafistoler petit à petit son cœur. Trois anciens cœurs brisés nous ont raconté comment ils ont fait pour s’en sortir au travail.

Celui qui a noyé ses larmes dans l’effort

Pour James, chercheur en ingénierie dans une université américaine, 2020 a rimé avec chagrin. Entre deux journées de travail à rallonge et annonces de confinement, il fait la connaissance de Monica sur une appli de rencontres. Leur relation est intense, mais brève : la crise sanitaire contraint Monica à repartir chez elle, dans un autre pays. « C’est le genre de cas où on renonce à une relation longue distance alors que tout se passe bien. On a pris la décision à deux, après avoir beaucoup discuté. Ça m’a mis un coup, parce que dans l’absolu ça allait bien entre nous. »

Alors qu’il se trouve à un moment charnière de sa carrière (il vient de finir sa thèse), durant lequel il doit choisir sa voie en tant qu’enseignant-chercheur et convaincre le jury constitué par ses pairs, James se traîne une bonne dose de cafard amoureux. « Les premiers jours, j’ai été tout sauf productif. Mais quand le semestre a repris, j’ai géré comme j’ai l’habitude de le faire quand ça va mal : je me suis jeté dans le travail pour penser à autre chose. »

Étouffer sa peine de cœur sous une tonne de boulot ? Une tactique d’évitement, qui, d’après certains spécialistes, peut augmenter le stress et l’anxiété à plus long terme. Mais elle a aidé James, dans une période qui réclamait toute son attention et sa concentration. C’est même comme ça qu’il a performé côté travail. « D’une certaine manière, j’étais encore plus à fond, parce que ça m’évitait de penser à autre chose. Si j’avais été en couple, je crois que je n’aurais pas aussi bien réussi. J’ai un semestre hyperchargé, je n’ai pas le temps d’être triste et de me lamenter sur mon sort. Il faut que je reste focalisé sur mes objectifs. »

S’il n’a pas tiré un trait sur l’amour, James a fait le choix difficile de privilégier sa carrière. « J’adorerais être avec quelqu’un, je ne dis pas le contraire. Mais si ma dernière relation avait duré, mon travail en aurait forcément un peu pâti. Je me sentais heureux dans d’autres pans de ma vie, donc de fait j’étais moins obsédé par mes objectifs professionnels, moi qui pourtant tiens à faire carrière dans la recherche. Je préfère voir le verre à moitié plein, me dire que finalement on a rompu quand j’avais besoin de garder le cap et de ne pas perdre de vue mon ambition. Parfois, choisir ses priorités fait un peu mal. »

James ne considère pas que s’investir à 200 % dans son travail comme il l’a fait a été un mauvais choix. Au contraire, ce pas en arrière dans sa vie amoureuse s’est transformé en grand pas en avant dans sa vie professionnelle. « Certains vont se mettre à boire ou faire d’autres choses pour ne surtout pas y penser. Je me dis que si au moins on noie sa peine dans le boulot, on se rend doublement service au bout du compte. Une fois l’épreuve passée, on est soi-même, mais en un peu mieux. Comme un phénix qui renaît de ses cendres : on s’effondre et il faut entreprendre quelque chose pour ne pas rester bloqué là-dessus. Parfois une nouvelle coupe de cheveux suffit. Parfois c’est une vraie transformation personnelle qui est nécessaire. »

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Celle qui s’est confiée à son collègue

Julia, journaliste, en couple depuis quatre ans, vivait avec son copain, à Londres. Pour elle, l’épreuve n’a pas été la rupture en tant que telle, mais la période agitée qui l’a précédée. Elle a découvert que son compagnon la trompait avec une collègue et leur relation n’a fait que se dégrader. « Il y a eu un énorme clash, mais nous avons décidé de rester ensemble. Mon ex n’était pas du genre très fidèle et moi j’étais du genre à faire l’autruche. Je me réveillais tous les matins avec la boule au ventre, je savais qu’il allait partir au travail et la voir. Et moi, avec mon métier, je ne rentrais pas avant 23 heures. Je n’arrivais plus à me comporter normalement, j’ai été un peu à côté de mes pompes pendant cinq mois. Ça occupait toutes mes pensées. Je restais à mon bureau, les yeux rivés sur mon téléphone en permanence, ou je me levais le matin avec les yeux gonflés, incapable d’aller au travail dans cet état. »

La détresse de Julia ne passe pas inaperçue au sein de sa rédaction. « Je n’arrivais plus à me concentrer. Je bossais moins bien, je ratais des infos ou des rendez-vous, je faisais des fautes dans mes textes, rendais mes papiers en retard… Plusieurs fois en réunion, mes supérieurs m’ont signalé que je ne faisais pas du bon taf. »

Ils ne font rien pour trouver des solutions, et elle reçoit de moins en moins de missions. Sa confiance en elle s’effrite un peu plus. Si Julia ne se confie pas auprès d’eux sur sa vie sentimentale, il est évident qu’elle traverse une mauvaise passe. « Quand ils me voyaient en larmes, ils me disaient juste de rentrer chez moi. » Julia s’ouvre un jour à un collègue et trouve en lui un vrai confident. « Je ne voulais pas mettre mes amis au courant car j’avais aucune envie qu’ils me disent quoi faire. La seule personne à qui j’en ait parlé, c’est mon collègue Oliver. Je crois que je ne m’en serais pas sortie sans lui. »

Julia finit par quitter son copain. Elle entame alors un autre type de relation avec Oliver : « Quelque temps plus tard on s’est mis en couple. Il n’était pas dans le jugement, il m’écoutait vraiment. »

En mettant fin à sa précédente relation, Julia a aussi tourné une nouvelle page au bureau. « Le lundi matin qui a suivi la rupture, je me suis sentie beaucoup plus légère en allant au travail, je n’avais plus cette boule à l’estomac. Je n’étais plus en train de me demander sans arrêt ce qu’il faisait, et avec qui. Après des mois de dérive, j’ai enfin pu me recentrer sur mes missions. »

Celle qui n’a rien montré de ses peines de cœur

Rouba allait bientôt voir les portes de sa carrière s’ouvrir en grand. Journaliste radio depuis longtemps, elle touchait enfin son rêve du doigt : passer devant la caméra. Mais alors que sa carrière s’apprête à décoller, Rouba vit exactement l’inverse dans son couple. « Nous étions ensemble depuis quatre ans. C’était chaotique depuis un moment, mais c’est comme si mon succès professionnel n’avait fait qu’empirer les choses. Mieux ça marchait pour moi, plus ma copine semblait le prendre mal. » Au fil du temps, Rouba comprend que sa carrière et son couple se conjuguent de façon toxique. « Être journaliste télé en direct exige d’être hyperconcentré et, autant que possible, sûr de soi. »

Un jour Rouba reçoit un SMS de rupture quelques minutes à peine avant de prendre l’antenne. « J’étais en panique totale. J’avais envie de partir en courant, de pouvoir aller encaisser la nouvelle dans mon coin. J’ai dû mettre tout ça de côté et prendre le micro. C’était très étrange. Je pense que je n’ai jamais réalisé un aussi mauvais live, je n’avais aucune idée de ce que je disais… J’étais complètement ailleurs, je ne gérais plus rien. »

Si cette rupture abrupte perturbe Rouba, sa carrière a surtout été mise à mal par les mois qui l’ont précédé. « Pendant près de deux mois, on a eu à chaque fois des échanges houleux à peine cinq minutes avant je prenne l’antenne. Donc je m’étais plus ou moins habituée à prendre la parole dans un état de stress et d’agitation émotionnelle. »

Ces prises de bec (et de tête) juste avant d’entrer en scène ont malgré tout aidé Rouba dans son métier. « J’ai appris à mettre de côté mes états d’âme et à passer sur pilote automatique. Donc cette histoire a entravé ma carrière, mais elle m’a aussi armée pour la suite. J’ai des ressources dans lesquelles puiser, je suis capable de me concentrer sur mon travail, en passant tout le reste entre parenthèses. »

Rouba a choisi de ne pas en parler au travail, ce qui l’a aidée à surmonter l’épreuve à sa manière. « J’ai pas mal de collègues dont je suis proche. Quand on est face à la caméra, il y a un côté très intimiste. Je ne voulais pas courir le risque qu’on me demande si ça va et que je fonde en larmes juste avant le direct. »

La profession qu’exerce Rouba réclame de la confiance en soi et un vrai esprit d’équipe. « Le lien le plus important, c’est avec celui ou celle qui te filme. Si en face je manque de solidité, le rendu final peut s’en ressentir. Il est essentiel de savoir enfiler un masque et d’avancer. »

Avec le recul, Rouba constate que, si sa relation l’a tirée vers le bas, c’est son travail qui lui a permis de remonter la pente, de retrouver un peu de confiance et d’estime d’elle-même. « Clairement, personne n’a envie d’en passer par là. Mais ça aide vraiment d’avoir un vrai cap à tenir côté professionnel. Quand on sent qu’on progresse, qu’on remporte des petites victoires, ça fait du bien. C’est une manière de pouvoir réparer un peu son image de soi et de reprendre du poil de la bête. C’est ce qui a marché pour moi. »

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Photo d’illustration by WTTJ, traduit de l’anglais par Sophie Lecoq

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