Entretien : comment marquer les esprits avec un storytelling réussi ?

Storytelling en entretien : comment raconter une bonne histoire ?

Qu’est-ce qui rend un candidat mémorable ? Un recruteur voit parfois une dizaine de prétendants pour le même poste. Et rien ne ressemble plus à un jeune diplômé « dynamique et motivé », qu’un autre jeune diplômé « rigoureux et proactif ». Ceux dont on se souvient n’ont pas forcément un parcours exceptionnel ou une liste de qualités à faire rougir le Bachelor. Ceux dont on se souvient… ce sont ceux qui savent raconter les meilleures histoires.

Les histoires sont la plus ancienne forme de transmission. Lorsqu’elles sont personnelles, elles deviennent un moyen de communication extrêmement puissant. Alors, comment se servir de vos meilleures anecdotes en entretien ? Mais aussi, comment bien les raconter pour capter l’attention de votre recruteur ? Décryptage et conseils.

Les histoires : le couteau suisse de l’entretien

Convaincre, émouvoir, inspirer, engager, se démarquer… une bonne histoire a des dizaines de facettes et peut répondre à autant d’objectifs…

Pour illustrer ses qualités

Vous pensez être travailleur, créatif et avoir un bon esprit d’analyse ? Les dix candidats avant vous aussi. Mais une histoire peut apporter la preuve concrète de ce que vous avancez. « Mes parents travaillent dans la restauration et je les ai aidés très jeune, raconte Emma, journaliste. Je raconte souvent comment j’enchaînais les journées de cours avec les services le soir, le week-end, pendant les vacances ou périodes d’examen. C’est ma façon de prouver que je sais travailler dur et relever les manches quand c’est nécessaire. »

Pour créer une connexion avec le recruteur

Raconter une histoire personnelle, c’est aussi un bon moyen de se rapprocher de son interlocuteur. « Longtemps, je me suis arrangé pour glisser l’histoire de mon « marathon de l’enfer » en Asie, sous 30°, chaussé d’une paire de Stan Smith, raconte avec humour Christophe, responsable marketing. J’en rajoute un peu et je joue la carte de l’humour pour détendre l’ambiance. Ça me permet évidemment de montrer que je n’ai pas peur des défis. Mais ça m’aide surtout à créer un lien avec le recruteur. Il y a tellement de marathoniens et de joggeurs du dimanche à Paris… j’ai 90% de chance de faire mouche. C’est un peu le « j’adore Kaamelot, OSS 117 et Jonathan Cohen » de l’activité sportive. C’est fédérateur. »

Pour casser la « première impression »

On dit que l’on se fait une opinion d’une personne en quelques secondes seulement. Raconter une anecdote peut vous aider à trancher avec l’image que vous renvoyez. « Quand j’étais étudiant, je faisais le ménage dans les entreprises la nuit, partage Bastien, contrôleur financier. Je raconte souvent cette expérience pour montrer qu’au-delà de l’image du « mec en costard et très sûr de lui », j’ai aussi de l’humilité et que je sais ce que c’est de me lever à 4 heures du matin pour nettoyer les toilettes. »

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Les ingrédients d’une bonne histoire

Le scientifique Paul J. Zak s’est intéressé au pouvoir des histoires sur le cerveau. Ses recherches montrent qu’une bonne histoire déclenche la production de deux hormones : le cortisol, qui permet au cerveau de rester alerte, et l’ocytocine, l’hormone de l’empathie et du bien-être. Une bonne histoire capte l’attention de l’interlocuteur et crée une connexion avec lui. Mais concrètement, comment choisir l’histoire qui déclenchera ce joyeux cocktail d’hormones ?

Une histoire qui respecte la « loi de proximité »

La loi de proximité est couramment utilisée par les médias pour capter l’attention de leur public. Elle traduit le fait que l’on accorde plus d’importance à une histoire « proche » géographiquement, chronologiquement ou d’un point de vue affectif.

Une histoire qui a un lien avec votre entretien

Une bonne anecdote doit refléter une valeur, une morale ou un message utile au poste auquel vous candidatez. Mais également être cohérent avec la culture de l’entreprise.

Une histoire qui vous met en valeur

Certes, vous souhaitez que votre interlocuteur se souvienne de vous… mais pas à n’importe quel prix. Évitez les anecdotes grivoises, qui sont rarement les bienvenues. Et si votre histoire met en lumière un échec que vous avez vécu, pensez à mettre l’accent sur les leçons que vous en avez tirées.

3 clés pour un bon storytelling

Il était une fois… l’art de bien raconter une histoire. Florent Ploujoux, expert en prise de parole et cofondateur de YA+K - une entreprise de formation et de facilitation - nous partage ses conseils pour un storytelling réussi.

Comprendre à qui on s’adresse

« Même s’il est improbable de connaître son recruteur personnellement, se renseigner sur son poste et la culture de l’entreprise peut donner des clés sur la personne que l’on a en face », explique-t-il. Si vous connaissez le nom de la personne qui vous recevra, faites un tour sur son profil LinkedIn pour identifier d’éventuels points de connexion avec lui.

Choisir une structure de storytelling

Une bonne histoire est une histoire bien construite. Elle permet au recruteur d’en suivre le fil sans se perdre, et de rester attentif jusqu’à son dénouement. « Deux structures classiques du storytelling fonctionnent généralement bien en entretien : le “Voyage du héros” et les “Idées convergentes”. On les utilise différemment, en fonction de l’effet recherché, explique Florent Ploujoux. Le voyage du héros est la structure classique des dessins animés Walt Disney. Une situation initiale est perturbée par un élément extérieur, un personnage - ici, le candidat - se hisse progressivement au rang de « héros » pour revenir à la situation initiale avec un nouveau statut. Elle peut servir à raconter un stage ou un voyage pendant lequel vous avez rencontré des obstacles et êtes revenu différent. Les idées convergentes est le nom de la structure que l’on retrouve dans le film Demain. Le principe ? Deux ou trois histoires convergent vers un même message. En entretien, cela signifie que chaque anecdote doit appuyer une posture ou un ensemble de qualités qui font de vous le meilleur candidat pour le poste. »

Faire appel aux 5 sens.

« Raconter une histoire, c’est faire vivre une expérience à son auditoire. Les descriptions doivent être assez spécifiques pour que l’interlocuteur puisse se projeter. » Inutile de vous lancer dans des descriptions dignes de Balzac, mais aidez votre interlocuteur à plonger avec vous dans l’histoire en ajoutant des précisions sur les odeurs, les matières, les bruits : « Je faisais mes devoirs sur une vieille table en bois, au bruit de mon frère en train de finir la plonge », pourrait raconter Emma.

« Mais surtout, restez concis, recommande Florent Ploujoux. Une histoire peut respecter un schéma narratif précis, même en quelques phrases. » Si votre interlocuteur souhaite creuser, il le demandera. Et si vous l’avez convaincu, vous aurez tout le loisir de lui donner des détails une fois en poste !

Créer son propre catalogue d’histoires

Il n’est pas toujours évident de se remémorer une anecdote pertinente. Les histoires ont tendance à se fondre dans la masse de nos souvenirs. Dans un article publié sur le site Harvard Business Review, Nancy Duart, écrivaine, conférencière et PDG américaine donne quelques conseils pour aider vos histoires à refaire surface.

Dans un premier temps, prenez un bloc-notes et notez le nom des personnes, des lieux et des objets qui vous sont chers. À chaque fois, réfléchissez aux émotions qu’ils vous évoquent. Petit à petit, cela devrait vous aider à faire remonter des souvenirs que vous pouvez résumer en une phrase.

Ensuite, organisez ces histoires dans un catalogue personnel, vers lequel vous pourrez vous tourner lorsque vous aurez besoin de trouver de l’inspiration. Ce catalogue n’est pas un outil que vous pouvez construire en une fois. Revenez-y régulièrement pour l’alimenter.

Si vous le pouvez, catégorisez vos histoires par thèmes, situations, morales, valeurs qu’elles mettent en avant. Cela vous aidera lorsque vous devrez trouver la bonne histoire à raconter pour votre entretien.

Steve Jobs à la remise des diplômes de Stanford, Emmanuel Faber à celle de HEC… Les grands orateurs captivent par leur charisme, mais rendent leurs interventions mémorables par leur capacité à se raconter à travers une histoire. Une bonne histoire, c’est celle qui sera pertinente pour une situation donnée, pour illustrer un point précis, pour toucher un interlocuteur particulier. Certaines sont parfaites pour faire rire votre belle-mère à un dîner, d’autres pour impressionner un recruteur en entretien d’embauche. Dans tous les cas, nul besoin d’avoir parcouru le monde et vécu mille vies pour captiver un auditoire. Tout événement, même le plus banal, peut être transformé en aventure mémorable, dès lors qu’il est bien raconté.

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Photo by WTTJ

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