Cyril Aouizerate : urbaniste/entrepreneur/hôtelier en mouvement

  • March 3, 2018

L’entrepreneur dans l’hôtellerie, aussi philosophe que businessman, continue d’étendre son mouvement MOB : après les hotels de Saint-Ouen et Lyon-Confluence, véritables odes à la culture et la spiritualité partagées, il invente un premier “MOB HOUSE” dédié aux voyageurs professionnels et lorgne sur les États-Unis, les Pays-Bas et le Royaume-Uni.

Cyril Aouizerate

Il est d’abord une garde-robe qui sature la rétine, une barbe qui se veut crinière, des couvre-chefs sans cesse renouvelés. Son style décousu de metteur-en-scène-troubadour, Cyril Aouizerate s’en amuse franchement. Et tant pis si, au premier coup d’oeil, on est tenté de reléguer le fondateur de MOB HOTEL au rang des bobos-businessmen aux propos savamment marketés. C’est comme ça. Le matin, quand il court au boulot, il ne peut sortir sans l’aval du miroir. « Soyons clairs : je suis une petite chochotte. J’ai plein de vêtements, j’aime bien mélanger, je chipote… mais c’est horrible. J’ai envie de me casser la gueule. Sur le fond, je suis en conflit total avec moi-même, mais je ne peux pas m’en empêcher. » Narcissique, le Docteur en philosophie spécialiste de Spinoza ? « Oui, totalement. Mais avec le temps j’assume : j’ai 49 ans et une part de narcissisme non négligeable. » Dans les couloirs du MOB HOTEL Paris - Les Puces, qui fêtera ses 1 an le 7 mars, on nous souffle : « Cyril en joue, il aime que les gens soient surpris une fois qu’il se met à parler. »

Au milieu des brics et des brocs du siège de sa société UrbanTech, on a donc écouté Cyril Aouizerate parler. Parler enfance et cités, beaucoup ; vocation loupée de prof, un peu ; environnement et amour des animaux, pas mal. Car oui, l’histoire du mouvement MOB, qui se décline aujourd’hui en hôtels citadins et “house” pour professionnels, porte l’empreinte de son président-fondateur. « Le MOB HOTEL et son mouvement ne sont pas des fourre-tout. Si nous proposons aujourd’hui des plats 100% bios, des cours de yoga, des conférences de poésie et que nous sommes ouverts sur la banlieue, ce n’est pas venu de nul-part. »

From Toulouse to Paris

Toulouse. Cité du Mirail. Années 70-80. Cyril Aouizerate esquisse une enfance “quasi tribale”, la pelletée de grand-parents, tantes et cousins, le bâtiment B, le bâtiment C. La famille est juive d’origine algérienne, déracinée après l’indépendance mais « ancrée dans l’espoir que représentait la France. » On s’endort bercé par des maloufs, on mange de la chachouka - plat préféré du désormais parisien vegan - et on lit le Talmud, quand dehors les parties de jeux ont toutes les couleurs de peau. « Mes copains étaient musulmans, chrétiens, juifs… Je n’ai aucun souvenir d’un quelconque malaise social. J’ai toujours considéré que ma cité était le plus bel endroit pour vivre son enfance. J’en tire une espèce de vision quasi-utopique de la vie ensemble. » Second flash, à 17 ans : deux mois à New-York et premières escapades nocturnes hors de la ville rose. « S’est imposée l’idée que, malgré les pays et cultures différentes, partout, les problématiques sociales et économiques, les ambiances de quartier, les associations locales, tout cela existait également ! »

Faire cohabiter les gens autour d’une idée, c’est le credo de l’urbaniste volubile. Réunir autour du low-cost chic lorsqu’il lance Mama Shelter avec Serge Trigano en 2008 ou autour du véganisme avec les restaus MOB à Brooklyn et à la Cité de la Mode en 2011. Aujourd’hui, dans les couloirs du MOB HOTEL Paris - Les Puces, l’intention du vivre-ensemble est à son paroxysme. Ici, les toits et les potagers sont partagés avec les habitants des quartiers voisins. La cour accueille des concerts et séances ciné l’été. Les sous-sols abritent des salles de conférences, des start-up et Casa 93, école de mode gratuite pour jeunes banlieusards. Ici, on coexiste, un point c’est tout. Dans l’enceinte ambiance-bouddhiste, pas de répit pour les clients : tout est fait pour qu’ils restent le moins possible dans leur chambre quasi-monacale. Débarquées, les télés au-dessus des lits ! Rendez-vous donc sur les tabourets-bancs du bar, sur l’immense terrasse baignée de soleil ou autour du baby-foot à huit places. « Je veux que les gens se croisent, se rencontrent, se parlent ! »

MOB HOTEL Paris - Les PucesMOB HOTEL Paris - Les Puces

Suivre les mouvements du monde

Avant l’urbaniste-bobo aux mille lancements, Cyril Aouizerate était prof’ de philo’. Les yeux sombres en pétillent encore, « un bel échec ! » Début 94 et amphi’ de la Sorbonne : des élèves peu investis, des heures de cours trop essaimées, le lion tourne en cage. Dans le “Groupe Spinoza”, un cycle de cours libres qu’il crée en parallèle, il rencontre « celui qui (lui) donnera (son) premier job. » Alain Taravella, à la tête d’Altarea-Cogedim, lui propose de venir « penser autrement » sur ses projets immobiliers. « Autant dire que je n’avais aucune compétence dans le secteur, et que je n’en pensais à peu près rien ! » Jusqu’en 2001, Cyril apportera son regard décalé sur l’élaboration de structures comme Bercy Village. Il y apprendra tous les rudiments de l’urbanisme. « Au début, j’ai fait la seule chose que je savais faire : je suis allé en bibliothèque. Dans un bouquin, j’ai trouvé un truc à Boston, un ensemble de boutiques construites autour d’un espace culturel. J’ai compris qu’il fallait non pas créer juste un centre commercial mais un lieu de destination culturel, autour d’un cinéma ou d’un théâtre par exemple. »

S’entourer des meilleurs, ça, Cyril Aouizerate sait faire. On imagine sans peine le charme un brin roublard du presque quinqua’ séduire les esprits les plus cartésiens. Ses associés au MOB ? Non moins que Kristian Gavoille, chef d’orchestre du design des établissements, l’entrepreneur Michel Reybier, le fondateur d’AOL Steve Case ou encore Glyn Aeppel, fondatrice de Glencove Capital. Aux fourneaux des Puces : Brice Morvent (Top Chef 2010), qui signe une carte généreuse : pizzas (à partager !) et plats végétaliens. « Le véganisme, ça fait partie des histoires que je veux partager. C’est un sujet dont il faut parler. Je n’aime pas le militantisme au sens classique du terme, je ne caricaturerai jamais les mangeurs de viandes ou les ouvriers des abattoirs. Par contre, je sais qu’on peut faire évoluer les consciences par le discours, comme l’a fait ma femme avec moi. »

Le destin, les chemins de vie tout tracés, Cyril Aouizerate les balaie d’un coup de chapka en fausse fourrure. L’importance : s’adapter à l’impermanence des choses, aux pulsations du monde. « C’est pour ça que le MOB se pense en mouvement. Nos créations répondent à cela : les MOB HOTEL ne sont pas vraiment des hôtels car je pense que l’hôtellerie classique est morte, et nos futurs MOB HOUSE répondent aux manières de vivre actuelles des pros : celles du bleasure, du besoin de se loger deux jours à Paris alors qu’on vit cinq jours à Bordeaux etc. » Quand Cyril Aouizerate lorgne sur le passé, aucun chemin n’aurait pu être intrinsèquement meilleur. D’ailleurs, regard en l’air pour réfléchir, aucun autre métier ne l’a jamais fait rêver. Ha si, peut-être. Toulouse, Cyril a 15 ans et assiste à une cérémonie officielle commémorant la mort du résistant Marcel Langer. « Quand j’ai vu arriver le préfet, j’ai voulu être lui. » Pour être chef ? Barbe qui se découpe et éclat de rire. « Non ! Juste pour porter d’aussi beaux vêtements. »

MOB HOTEL Paris - Les Puces

MOB HOTEL Report 

MOB HOTEL Paris - Les Puces

Cyril Aouizerate

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Photo by WTTJ

Clémence Lesacq

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