Grégory Cuilleron, handi-chef : “Je ne me suis jamais imposé de limites”

Grégory Cuilleron, handi-chef : “Je ne me suis jamais imposé de l

SEMAINE POUR L’EMPLOI DES PERSONNES HANDICAPÉESIls sont les grands laissés-pour-compte du marché du travail. Selon l’Ifop, la recherche d’emploi dure 7,6 mois en moyenne pour les jeunes en situation de handicap, soit presque deux fois plus que pour les jeunes en général (4,2 mois). Des chiffres édifiants que nous avons décidé d’incarner au travers de cette série de portraits, publiée à l’occasion de la semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées.

Grégory Cuilleron est chef cuisinier, révélé au grand public lors de sa participation à Top Chef en 2009. Dépourvu d’avant-bras gauche depuis sa naissance, il ne s’est jamais imposé de limites, et répète à qui veut bien l’entendre que les travailleurs handicapés ne sont pas des petites choses fragiles. Témoignage d’un Lyonnais au franc-parler.

« J’ai coutume de dire - un peu par provoc - que je suis devenu handicapé en 2007, à l’âge de 27 ans. Cette date correspond à mon premier passage à la télé dans une célèbre émission de cuisine. Avant cela, je ne pensais jamais à mon handicap qui est une malformation de naissance. J’ai été parfaitement entouré par ma famille et mes amis pour qui je n’étais pas une petite chose fragile à protéger. En participant à Top Chef, je ne nourrissais aucun sentiment de “revanche sur la vie”, je l’ai fait avant tout parce que j’ai l’esprit de compétition ! Suite à mon passage dans Top Chef, j’ai davantage pris la mesure du regard d’autrui, et reçu des témoignages un peu maladroits du type : “mon fils est handicapé, et je me rends compte qu’il va pouvoir faire quelque chose de sa vie”. Je ne leur jette pas la pierre car il n’existe pas de formation pour devenir parent d’enfant handicapé !

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“Si l’on n’est pas capable d’assurer la parité homme-femme, comment espérer que l’on traite équitablement les handicapé.e.s ?”

Après Top Chef, je me suis dit que cette mise en lumière pouvait permettre de faire bouger les choses pour les travailleurs handicapés. Je ne l’ai pas fait pour moi mais avant tout pour les autres. C’est comme cela que je suis devenu ambassadeur de l’Agefiph, l’association qui œuvre en faveur de l’insertion professionnelle des personnes handicapées. Au départ, j’étais plus là comme une image, mais en faisant le tour des entreprises, j’ai commencé à me forger des opinions fortes. Et puis je me suis fait plein de potes handicapés à travers la Fédération handisport aussi. Ce n’était pas volontaire, mais c’est vrai que jusque-là, je ne côtoyais pas d’autres handicapé.e.s. Avec plusieurs années de recul en tant qu’ambassadeur, j’observe une vraie amélioration de la présence des travailleurs handicapés en entreprise, avec la présence croissante de référents handicap. Bien sûr, il reste beaucoup de choses à améliorer, à commencer par une meilleure formation de cette population à travers l’alternance ou la formation continue. Quant aux quotas, il faut espérer qu’ils n’aient pas à rester trop longtemps, comme pour la parité homme-femme à la direction des entreprises. D’ailleurs, si l’on n’est pas capable de payer équitablement les hommes et les femmes, comment espérer que l’on traite équitablement les handicapé.e.s ?

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Quant à mon domaine, la cuisine, on ne va pas le cacher, c’est un métier très physique et les aménagements de poste sont assez compliqués même si des exemples existent. Par exemple, Régis Marcon a adapté une partie de sa cuisine pour l’un de ses salariés qui a eu un accident de la vie. Mais d’autres handicaps demandent finalement peu d’organisation, comme une personne qui serait malentendante et pour laquelle il suffirait simplement de parler face à face. Le problème, c’est surtout que les personnes en situation de handicap se mettent souvent des barrières dès le départ. Pourtant, avec la pénurie de main d’œuvre, c’est le moment ou jamais de se présenter, en cuisine ou en salle.

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“La peur du handicap est normale, mais il est anormal de ne pas la dépasser”

Cela fait un peu tarte à la crème, mais avec un peu plus de bienveillance, on changerait plus vite les choses. Le propos n’est pas de dire, “ah, les pauvres handicapés, ils font quelque chose de leur vie, ce sont des super-héros”. Comme dans la population générale, tous les handicapés ne sont pas des bonnes personnes. Ce que je veux dire, c’est qu’entre un travailleur valide et un travailleur handicapé, prenez simplement le plus compétent et offrez-lui les adaptations nécessaires pour qu’il parte sur la même ligne de départ que les autres. Et en parlant de ligne de départ, pour moi, la chose la plus pressante, c’est la mixité dès le plus jeune âge, à savoir que les enfants handicapés aient accès à l’école traditionnelle. Cela prendra donc du temps de faire évoluer les mentalités, mais c’est ça le véritable pari sur l’avenir !

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Mon message aux entreprises, c’est donc de leur souffler qu’avec un brin de volonté, il est facile d’intégrer un travailleur handicapé, sans mettre en péril la sacro-sainte performance. J’ai aussi envie de m’adresser aux petites entreprises de moins de 20 salariés, non soumises aux quotas. Essayer les travailleurs handicapés, c’est les adopter ! Et parce que les DRH ont besoin de chiffres, on a observé que la présence de travailleurs handicapés faisait baisser le taux d’absentéisme dans les équipes. Enfin, si vous avez un.e collègue ou collaborateur.rice handicapé.e, n’hésitez pas à aller le/la voir pour lui demander comment vous pouvez l’aider, sans entrer dans le détail de sa vie privée. Certain.e.s vont demanderont de leur foutre la paix, d’autres vous exprimeront des besoins. Une fois encore, les handicapé.e.s ne sont pas en sucre, ce sont souvent des personnes qui ont du caractère. Pour conclure, je dirais qu’il est normal d’avoir peur de la différence, c’est inscrit dans nos gènes d’homme préhistorique. Ce qui n’est pas normal, c’est d’être incapable de la dépasser”.

Photo par Guillaume Atger pour WTTJ
Édité par Héloïse de Montety

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