Et si votre meilleure arme pour cartonner en entretien était l’indifférence ?

En process de recrutement, et s'il fallait se la jouer détaché ?

Dans le monde professionnel, il y a les croyances communément admises… et ce que l’on découvre en se frottant au terrain. Entre nous, combien de fois a-t-on insisté sur notre “motivation” en postulant à une offre d’emploi en espérant toucher le cœur du recruteur ? Montrer notre motivation est d’ailleurs logique et intégré. Et pourtant, il arrive aussi aux plus déterminés d’entre nous de passer entre les mailles du filet, comme si notre emballement nous avait porté préjudice. À l’inverse, certains candidats se retrouvent parfois face à un recruteur presque prêt à tout pour les embaucher, quand bien même ils ne sont pas particulièrement enthousiastes, voire tatillons concernant l’offre qu’on leur fait… Cela signifie-t-il que l’on a plutôt intérêt à se montrer le plus détaché possible pour obtenir un poste ? Ce n’est pas si simple. Pour autant, une petite nuance pourrait peut-être nous aider : motivé, oui, mais pas trop. Ou du moins, en se la jouant plus indifférent qu’on ne l’est réellement.

Marie n’a pas terminé ses études en école de journalisme quand on lui fait une proposition de taille : un poste de rédactrice en cheffe d’un média. Elle est super enthousiaste, mais aussi sceptique : « C’est sûr que c’était très valorisant qu’on m’en pense capable, mais je trouvais quand même ça un peu bizarre qu’on vienne me chercher si tôt pour ce genre de poste », explique-t-elle, quelques années plus tard. Pour tenter d’éclaircir le « mystère », la jeune femme pose des questions à son recruteur sur le salaire, les missions, le type de contrat : tout y passe. Les réponses restent très alléchantes - le salaire net est plus que correct, on lui propose un contrat de journaliste classique… -, ce qui ne fait qu’accentuer ses doutes. De son côté, son interlocuteur n’arrête pas d’insister. Mais rien n’y fait, Marie ne le sent pas. Elle a l’impression de se retrouver dans une situation similaire à un jeu de séduction : « Plus il insistait, plus l’ego boost que j’avais ressenti au départ laissait place au malaise. C’est comme s’il essayait de me séduire et de me retenir, à mesure que je m’éloignais. » Marie n’est plus du tout emballée et ignore les appels du recruteur. Elle a l’impression qu’elle aurait été bien plus sereine si le poste et la rémunération étaient plus appropriés à son profil. Face à son silence, son interlocuteur finit par lâcher l’affaire.

Deux mois plus tard, lorsqu’on la contacte de nouveau, Marie, consciente que l’emploi est « clairement une croisade dans le milieu du journalisme », hésite beaucoup moins lorsque ce nouvel interlocuteur lui propose d’échanger à propos d’un poste qui semble davantage lui correspondre. Quelques appels téléphoniques et jours plus tard, elle commence dans l’agence de presse en question. Lorsqu’on lui présente contrat de travail, elle comprend que si tout s’est si bien enchaîné, c’est qu’il y a un loup. Les conditions de travail et les missions ne sont pas du tout au niveau de ses attentes. Après ces deux expériences, Marie se méfie lorsqu’on la sollicite trop : pour elle, cela signifie que le recruteur est sûrement « dans la galère », ce qui explique son engouement parfois exagéré ou trop pressé. Alors, pour le tester et se protéger, elle préfère feindre de ne pas être à 100% motivée, tout en s’assurant que tout ne lui soit pas servi sur un plateau d’argent dès les premiers échanges.

Paraître indisponible, ou la plus grande des armes de séduction

Aujourd’hui, quelle que soit l’entreprise avec laquelle elle traite, la jeune femme fait exprès de ne pas toujours répondre dans l’immédiat et de cacher ses envies. Un peu comme si, la seule façon de gagner l’intérêt du la recruteur et de faire la différence était de susciter le désir… Elle va même plus loin : selon elle, « lorsqu’on affiche qu’on est “Open to work” sur LinkedIn, c’est comme si on se mettait “célibataire” sur d’autres réseaux ou qu’on s’inscrivait sur une application de rencontre, prête à accepter n’importe quoi. » Elle souligne une nouvelle fois la similitude qu’il peut y avoir entre les relations professionnelles et amoureuses : « Bien sûr que c’est possible d’avoir un super fit du premier coup, mais en général, c’est quand on ne cherche pas que ça nous tombe dessus… aussi bien en amour que dans la recherche d’emploi ». La preuve, elle affirme n’avoir jamais été autant « chassée » que depuis qu’elle est en poste, quand bien même cela signifie être ne pas être disponible tout de suite à cause de la période de préavis… Mais n’allez pas croire que la jeune journaliste n’a pas eu son lot de difficultés : avant d’être embauchée, elle a aussi « harcelé des dizaines de rédactions sans que ça ne donne rien ». Elle avait beau montrer sa motivation, s’investir dans ses candidatures, faire des lettres de relance ou demander des rendez-vous informels, personne ne l’a rappelait. La solution, d’après Marie ? Arrêter de se montrer disponible à tout prix. Cela ne signifie pas qu’il faut rester les bras croisés en attendant que le poste de nos rêves nous tombe dessus, mais qu’on peut aussi inverser le rapport de force en se rendant un peu moins disponible, et donc plus désirable aux yeux des recruteur.

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Être indifférent pour mieux négocier

Quand un cabinet de recrutement « un peu moderne, en mode “start-up” » fait matcher le profil de Thomas, 28 ans, chef de projet digital, avec « une entreprise PME industrielle pas du tout sexy », ce dernier refuse une première offre à 35 K. Alors, l’entreprise fait un effort… en augmentant son offre de 5 K. Thomas mord à l’hameçon un peu « à contre-cœur ». Pourtant, deux ans après, convaincu de sa progression sur le plan professionnel, il n’a aucun regret. Même si au départ, ce n’était pas gagné, avec du recul, Thomas se dit que c’est peut-être son comportement distant qui l’a valorisé aux yeux de l’entreprise concernée, malgré son exigence : en effet, si l’offre en question était déjà bien définie, c’est justement sa détermination à en négocier les contours de son poste qui a poussé le recruteur à en monter le niveau d’attente. En conséquence, le niveau de responsabilité et la marge de manœuvre dont Thomas a pu jouir ont été plus importants que prévu. En prenant une posture si assurée, il a pu développer et faire évoluer son périmètre et travailler sur différents projets. Concernant le parallèle avec la vie sentimentale, il a aussi l’impression que dans le boulot comme dans l’amour, le coup de foudre n’est peut-être pas la situation idéale… Parfois, il est préférable de construire la relation doucement, mais en prenant soin qu’elle repose sur des bases solides.

Même son de cloche pour Tania, 27 ans, brand manager : « Une amie a parlé de moi au sein de son équipe, dans une multinationale alimentaire. Sans que je n’aie rien à faire, sa boss m’a appelée. En quarante-huit heures, j’ai parlé à deux personnes et on m’a fait une offre. C’était le processus de recrutement le plus rapide de ma vie. » Le mieux, dans l’histoire ? Lorsqu’on lui fait une première proposition Tania n’est pas convaincue. Alors, elle négocie la nature du poste, l’équipe et le salaire, avec brio, « comme si le fait qu’ils soient venus me chercher me mettait sur une sorte de pied d’estale ». De quoi revaloriser le poste à ses yeux et s’épanouir, enfin.

Quand les dynamiques s’inversent…

Et pourtant, tout n’a pas toujours été aussi simple pour Tania. « Toujours attirée par les nouvelles opportunités, elle ne s’est jamais interdit d’envoyer un CV par-ci par-là », même en poste. Un « péché mignon » qui peut parfois mener à quelques surprises… « Une fois, alors que je m’ennuyais au bureau, j’ai cliqué sur le bouton “postuler” sur LinkedIn… et découvert qu’il y avait quelqu’un de l’autre côté du bouton », se souvient-elle. Ce « quelqu’un » recrute dans une entreprise qui la fait rêver. Et apparemment, le profil de la jeune femme plaît aussi au recruteur.

Pour autant, elle ne met aucun enjeu dans cette candidature : elle n’a pas besoin d’un travail, elle a juste envie de voir où cette candidature la mènera. S’ensuivent deux mois et demi de process « un peu costaud », avec cinq entretiens au cours desquels elle s’attache de plus en plus à l’envie de rejoindre l’aventure. À chaque fois, elle passe à l’étape suivante. « En finale », on lui dit qu’on va la rappeler très vite pour lui donner une ultime réponse qui peine à arriver. Elle relance, encore et encore. Face à des réponses très évasives, elle décide de « bluffer » en affirmant qu’elle a une autre offre sur la table. On revient alors vers elle avec la réponse tant attendue. Malheureusement, l’offre initiale de CDI devient une offre d’intérim… Tania, déçue, ne donne pas suite.

Avec du recul, elle prend conscience que les dynamiques se sont inversées en cours de process : « Au départ, je m’en fichais un peu. Et puis, je me suis prise au jeu… pour me retrouver avec une proposition de contrat bancal ! » Elle se demande si les choses se seraient passées autrement si elle avait montré moins de motivation au fil des entretiens. Peut-être s’est-on permis de modifier l’offre de départ, en pensant que dans tout cas, elle serait partante ? Elle est convaincue que ses relances ont dû les mettre (trop) en confiance. Si ça lui était déjà arrivé de « se faire ghoster » comme sur une appli’ de rencontre, Tania ne perd pas son enthousiasme pour les entretiens. Désormais, elle essaye juste de ne pas trop s’emballer avant de prendre l’enthousiasme du recruteur pour acquis.

Entre l’envie de montrer sa motivation de manière spontanée et la tentation de jouer la carte de la séduction de manière plus stratégique, difficile de savoir sur quel pied danser. Dans son livre “L’art subtil de s’en foutre”, le consultant en développement personnel et blogueur américain Mark Manson est convaincu que « lorsqu’on se préoccupe moins de quelque chose, on s’en sort mieux - que lorsqu’on est obsedé à l’idée d’y arriver -. » Autrement dit, lâcher du lest ne vous ferait pas de mal, même dans une recherche d’emploi. Attention, cela ne signifie pas qu’il vous faut attendre devant Netflix que le job de vos rêves vous tombe tout cuit dans le bec… Mais plutôt qu’il est important de prendre un peu de recul, pour éviter de laisser croire au recruteur que sans lui, vous n’êtes rien et qu’il peut vous faire signer n’importe quel contrat. Alors, soyez motivé, mais n’oubliez pas aussi de vous faire désirer, rien qu’en restant un peu plus évasif sur vos réelles intentions… Car, comme le disait si bien l’écrivain Jules Barbey d’Aurevilly, « la séduction suprême n’est pas d’exprimer ses sentiments. C’est de les faire soupçonner ».

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