« Stop, je démissionne ! » Ils racontent le jour où tout a basculé

Le jour de trop... qui m'a poussé à la démission

Dans le monde du travail, nombreuses sont les raisons qui peuvent pousser à la démission. Jalousies internes, manque de communication au sein de l’équipe, problèmes de management, déficit de reconnaissance ou d’empathie de la part de la direction, difficultés à trouver un équilibre entre vie professionnelle et personnelle. Des situations compliquées que certains tolèrent… jusqu’à l’événement de trop. Cette goutte d’eau qui fait déborder le vase. Éva, Vincent et Margaux ont des parcours différents, mais ils ont tous connus ce moment où ils se sont dits : « Stop, je démissionne ». Témoignages.

« Ma manager a annoncé mon changement de poste à 15 personnes alors que je n’étais même pas au courant » Éva

Après des études en photographie, je débute ma carrière en tant que “créa” pour une marque de chaussures en pleine expansion. C’est une petite équipe, nous sommes une vingtaine de personnes, et moi, je fais partie de ceux qui se chargent des campagnes de publicité, et notamment de l’élaboration des visuels pour les réseaux sociaux. En tant que passionnée de mode, je ne pouvais pas espérer mieux.

C’était sans compter les difficultés que j’allais rencontrer avec ma manager. Une véritable férue de travail certes, mais qui a des lacunes en management et de gros problèmes de communication. Au lieu de faire des points réguliers durant la journée, elle préfère m’envoyer des messages jusqu’à pas d’heure. Et si j’ai le malheur d’arriver avec 5 minutes de retard, elle poste un message sur Slack pour me réprimander et me menacer de ne pas me verser certaines primes au lieu de m’en parler en face. Alors pendant des mois, je prends sur moi.

Au bout de deux ans dans l’entreprise, alors que je maîtrise totalement mes missions principales, je commence à optimiser notre organisation et nos process pour nous faire gagner du temps. Et visiblement, ça ne lui plaît pas puisqu’un jour lors d’une réunion avec une quinzaine de personnes, elle m’annonce, de but en blanc, que j’allais dorénavant être assistante, en charge de l’organisation, et que l’entreprise allait travailler avec des freelances pour les shootings, alors que c’est pour cela que j’avais été recrutée ! Le tout, sans m’avoir prévenue et sans même me regarder une seule fois dans les yeux. Je suis complètement abasourdie. Ce soir-là, je rentre chez moi furibonde et j’annonce la nouvelle à mon compagnon : « C’est fini, je démissionne, je vais chercher autre chose. » Trois mois après, je quitte l’entreprise.

Avec le recul, je me rends compte que la faute n’est pas uniquement à mettre sur le compte de ma manager. J’ai tout de même beaucoup d’empathie pour elle, d’autant qu’elle traversait une phase compliquée dans sa vie personnelle et qu’elle était sous pression constante de la part de la hiérarchie de l’entreprise, qui ne faisait rien pour arranger les choses… Mais bon, je ne regrette quand même pas d’être partie !

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« J’avais envie de reprendre l’exploitation agricole de mon père » Vincent

En 2018, j’intègre une licence professionnelle en alternance « Management et gestion des organisations », dans l’optique de travailler dans de petites entreprises artisanales ou agricoles. Après quelques demandes et autant de refus, je propose à mes parents de travailler dans l’exploitation agricole familiale. Ce qu’ils acceptent avec beaucoup d’enthousiasme. Lors des premiers mois, j’effectue quelques missions en comptabilité mais la majeure partie du temps, c’est le métier d’agriculteur que j’apprends, et non de comptable. Ce qui ne me déplaît pas : j’affectionne tout particulièrement le contact avec les animaux, et en l’occurrence les vaches.

Au fur et à mesure, je me rends aussi compte de tous les sacrifices qu’implique ce métier : des heures de travail à n’en plus finir, des congés de courte durée, des obligations jusqu’à tard le soir (il faut parfois même se lever en pleine nuit pour faciliter le vêlage d’une vache)… Puis je termine ma licence professionnelle, laissant derrière moi le métier d’agriculteur.

Je trouve rapidement un emploi de gestionnaire de prestations dans une mutuelle, dans la ville la plus proche. Un retour à une vie « normale » que je savoure pleinement. Jusqu’à ce que le déclenchement de la crise sanitaire vienne tout chambouler. En télétravail dans mon appartement minuscule, je commence rapidement à me lasser de ce nouveau job : les tâches sont répétitives, peu intéressantes et je comprends que les perspectives d’évolution sont moindres, voire inexistantes.

La période étant propice à l’introspection, je questionne mes choix de vie. Jusqu’à ce qu’un appel de ma mère, a priori anodin, accélère les choses. Elle m’annonce qu’ils ont trouvé un agriculteur prêt à racheter une grande partie de leurs terres et de leur troupeau. Surpris que cela se fasse si rapidement, je fais semblant de partager l’enthousiasme de ma mère puis raccroche, avec un sentiment étrange. Cette nuit-là, je ne dors quasiment pas. Je cogite, je me tourne dans tous les sens, et j’essaie de me faire à l’idée que l’exploitation agricole familiale va changer de mains.

Le lendemain, les yeux à demi-fermés, j’essaie de lancer ma journée en télétravail tant bien que mal. J’allume mon ordinateur, je lis les premiers mails, j’ouvre les innombrables factures qu’il faut que je vérifie et … soudainement je ferme mon ordinateur. Je saisis mon téléphone, j’appelle mes parents et je leur annonce fébrilement : « Je crois que je veux reprendre la ferme familiale. » Au terme d’une longue réflexion et de multiples conversations avec mes parents, je décide de ne pas renouveler le CDD au sein de la mutuelle et je me lance dans cette aventure. Cela va faire un an que j’ai pris cette décision qui a changé le cours de ma vie. Pour l’instant, je n’ai aucun regret. Je travaille d’arrache-pied afin de moderniser l’exploitation et de l’orienter vers une agriculture plus durable.

« J’ai droit à ces quelques mots doux : “T’as mis ton rouge à lèvres de pute aujourd’hui ? » Margaux

Spécialiste de la reconversion professionnelle, je débarque dans le secteur bancaire, en tant que conseillère financière en 2018. Un job “alimentaire” comme on dit, qui ne me plait pas vraiment mais qui paye plutôt bien. Tout se passe correctement jusqu’à ce que je change d’agence et surtout, de manager. Je réalise alors que ma nouvelle N+1 est certainement une des pires personnes que j’ai rencontrée dans ma vie : colérique, raciste, misogyne, la totale. Bien qu’elle me laisse relativement tranquille durant les premières semaines, les réflexions racistes adressées à ma collègue noire commencent à me faire sortir de mes gongs. Puis, elle commence à s’en prendre à moi et un jour, elle me lance même ces mots doux : «T’as mis ton rouge à lèvres de pute aujourd’hui ? »

Je réalise aussi qu’elle n’a pas le même comportement avec tout le monde. Rien à redire lorsqu’un de mes collègues homme arrive en retard, alors que de mon côté, j’ai droit à des remarques indigestes et je suis même parfois convoquée dans le bureau.

Un beau jour, j’apprends que l’entreprise veut me proposer un CDI. Flattée mais pas fêlée, je refuse avant même que l’offre ne soit formulée, comptant alors terminer la période de préavis sans trop d’encombres. J’ai malheureusement largement sous-estimé la capacité de nuisance de ma manager.

Un jour, je reçois un message d’un collègue m’invitant à aller boire un verre après le travail, prétextant qu’il aimerait mieux me connaître avant mon départ. Je décline poliment la proposition. Le soir même, une fois ma journée terminée et alors que je m’apprête à rentrer chez moi, je croise ma manager qui me lance : « Bah alors on a un petit date ce soir ? » Elle s’était faite passer pour mon collègue en utilisant son ordinateur. La sournoiserie poussée à son paroxysme. C’est l’averse qui tombe dans un verre d’eau qui déborde déjà depuis trop longtemps.

Le lendemain, à bout, je décide de contacter le service RH afin de poser des congés pour ma dernière semaine. « Impossible, me répondent-ils. Le virement de votre solde tout compte a déjà été effectué. » Et là, ça a fait tilt, comme on dit. Comme ils m’ont déjà versé tout ce qu’ils me doivent, je me dis qu’ils ne peuvent plus faire grande chose contre moi. C’est donc avec une certaine décontraction que je commence à rassembler mes affaires dans mon bureau. Lorsque ma manager s’aperçoit que je m’apprête à quitter le navire, je lui souhaite bonne chance pour reprendre tous mes dossiers en cours, sans qu’un quelconque passage de relais n’ait été effectué. Et je pars en plein après-midi, après avoir entendu les dernières paroles attentionnées de ma manager à mon égard. Je vous épargne, ce n’était pas très beau à entendre.

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Photo by WTTJ
Édité par Gabrielle Predko

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