Quand votre job de rêve tourne au cauchemar : comment gérer la déception ?

Obtenir son job de rêve... et le détester : comment réagir ?

« Tu veux faire quoi quand tu seras grand⋅e ? » Ah, la fameuse question que l’on pose aux enfants. Médecin, pompier, astronaute ? Le champ des possibles est si vaste ! Le problème, c’est qu’en face, il n’y a souvent personne pour nous inviter à réfléchir aux réalités du métier. Vous savez, ces petits détails qui n’apparaissent qu’une fois que nous avons décroché ce fameux « poste de rêve » et qui peuvent… tout gâcher. Les médecins bossent d’arrache-pied, cumulant les gardes parfois 24 heures d’affilée, passant peu de temps avec leurs proches. Les pompiers mettent chaque jour leur vie en péril quand les astronautes (encore faut-il faire partie de la poignée d’éluˑes) doivent se préparer à passer des mois dans un vaisseau spatial à des années-lumière de chez eux. Et même avec un job de rêve plus terre à terre, vous pourriez vous retrouver à travailler dans une entreprise où il ne fait pas bon vivre, où vous devez sans cesse cravacher, ou qui ne correspond simplement pas à ce que vous aviez imaginé.

L’idée que nous nous faisons du métier de nos rêves prend rarement en compte la possibilité que ce soit plus difficile que prévu. Parfois vous avez beau adorer votre job, cela ne compense pas toujours les journées à rallonge, les éventuels abus de pouvoir, la mauvaise ambiance ou le manque cruel de temps pour vos proches. Réaliser que le rêve n’est finalement pas aussi génial que ça a de quoi vous donner un bon coup au moral. Mais l’occasion est peut-être toute trouvée de revoir vos priorités et d’identifier une voie dans laquelle vous épanouir.

Pendant sept ans, Rachel, biologiste au Canada, est passée d’un poste à l’autre. « J’enchaînais les CDD, avec aucun avantage, même pas de jours en cas de maladie. Le travail en soi était top, mais essayez d’acheter une maison sans fiche de paie régulière ou de payer vos frais dentaires sans mutuelle d’entreprise… » Les galères semblent enfin être derrière elle le jour où Rachel décroche le CDI de ses rêves. « J’étais à temps complet, je travaillais sur les espèces en voie de disparition – le rêve de tout biologiste –, et notamment les reptiles, mon sujet de prédilection. J’étais hyper contente d’intégrer cette boîte. »

Jusqu’à ce que Rachel découvre que le poste n’est pas celui qu’elle avait imaginé. En tant que biologiste, elle est armée pour survivre à des conditions de travail difficiles. Mais sa direction l’exploite : elle abat des journées de 15 heures, perdue au milieu de nulle part. « Je passais une semaine sur le terrain, et d’un coup, comme la météo s’annonçait clémente, ils me faisaient rester trois jours de plus, sans me demander mon avis. Je devais me débrouiller pour faire garder mon chien trois jours de plus, en sachant par ailleurs que je n’allais pas croiser mon mari, qui fait des gardes dans un service d’urgences. À mon retour, je savais qu’il allait être de nuit sept jours d’affilée. »

Et le problème ne s’arrête pas là. « Mon équipe et moi étions loin de tout, sans réseau. Après, on nous a demandé de nous séparer. J’étais toute seule au beau milieu d’une tourbière. En dessous il y avait de l’eau, personne ne savait si c’était profond ou non. Je pouvais y tomber et y mourir sans que personne ne le sache. C’est là que j’ai décidé de jeter l’éponge. Je n’étais pas prête à mourir pour ce job. C’était chouette de découvrir des tortues, mais justement, les employeurs misaient tout sur le côté désirable du poste, en vous donnant l’impression que c’était déjà une chance de faire partie de l’équipe. »

Lara, analyste risque en Grande-Bretagne, a vécu la même expérience lorsqu’elle a décroché un poste de consultante à Londres. Elle pensait avoir décroché le job de ses rêves. « Ils attendaient de moi que je sois 100 % opérationnelle dès mon arrivée. J’ai donc tout donné dès le début. C’était un stress pas possible. Je n’ai reçu d’aide de personne et on m’a vite cataloguée comme celle qui ne faisait pas bien son taf. » Lara a beau être nouvelle, les principes d’onboarding et de temps d’adaptation n’appartiennent pas à la culture de l’entreprise. Lara comprend vite que personne ne sera là pour l’épauler. « J’ai commis des erreurs, mais plutôt que de chercher à comprendre, la boîte a réagi en mode “Pourquoi s’embêter avec elle alors que d’autres dans l’équipe peuvent faire le boulot sans problème ?” » Le rêve tourne au cauchemar. Dans de telles conditions de travail, Lara craque : « Je quittais le bureau super tard en pleurant. Je me souviens que j’avais besoin d’aller à la boxe tous les jours pour relâcher la pression. »

L’étape d’après

Découvrir que le poste de ses rêves ne l’est finalement pas du tout : Lara confie à quel point la pilule a été difficile à avaler pour elle. « C’était un crève-cœur, parce que je tenais vraiment à faire ce travail. Je suis restée là-bas trois mois, je voulais que ça marche. J’ai toujours adhéré à l’idée qu’on pouvait se prendre en main et avancer. Je n’avais qu’à travailler plus dur, en arrivant tôt le matin, en ne comptant pas mes heures, en y mettant du mien. Si ça n’a pas marché, c’est que je ne faisais pas l’affaire. »

Alors, que faire quand votre rêve explose en plein vol ? Vous avez donné beaucoup et comprenez soudainement que la réalité ne correspond pas à l’image que vous vous étiez faite : la déception est immense. Avoir besoin de passer par une étape de deuil est tout naturel. Le coach de carrière Jimi Wall explique qu’au bout du compte, il s’agit d’une expérience dont on peut tirer des enseignements. « Il peut être très tentant de considérer la situation comme un échec – et pas un petit échec, si vous en rêviez depuis longtemps. Le sentiment de déception appartient à la nature humaine. Mais souvenez-vous de ce moteur qui vous portait. Ça reviendra. C’est un mauvais moment à passer, mais c’est aussi une expérience acquise à titre personnel. À terme, cette épreuve vous apportera bien plus que si tout s’était passé comme vous l’aviez imaginé. Combien de baby-boomers qui sont restés dans la même boîte toute leur vie regrettent aujourd’hui de ne pas avoir testé autre chose ? Tout n’est peut-être pas à jeter dans ce que vous avez traversé. »

Pour Lara, il y a eu un avant et un après. En quittant ce poste de consultante, elle a compris ses points forts. « C’est dur parce qu’on se dit que c’est ce métier et pas un autre, qu’on va faire du super boulot. Ne pas avoir d’autre choix que d’accepter la réalité, à savoir que ce n’est pas le cas, est vraiment difficile. J’ai mis du temps, mais ça m’a aidée à identifier les choses dans lesquelles je suis vraiment bonne. Parfois, traverser une épreuve comme ça vous amène à l’arrivée vers plus de positif. »

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Rêver, autrement

En début de carrière, nous avons souvent des ambitions XXL. Rachel explique que les discours qu’elle a reçus à la fac ont nourri ses ambitions. « En tant que biologiste, on a le droit au couplet sur le fait qu’on va sauver des animaux et l’environnement. On termine avec son diplôme en poche et cette idée dans la tête. Et si on ne décroche pas le poste qui va bien, on se sent coupable. Si ça marche, il arrive que ce soit aux dépens de la vie de famille, de l’accession à la propriété, etc. Ce n’est vraiment pas facile de trouver le bon compromis. »

Comme le fait remarquer Jimi Wall, on ne nous apprend jamais à poser des questions sur les valeurs de l’entreprise avant de signer. « Aucune boîte ne va prendre la parole pour dire “Au fait chez nous il y a un peu d’abus de pouvoir et des cas de harcèlement”. Appuyez-vous sur les outils à votre disposition, tels que Glassdoor ou LinkedIn, pour trouver des informations. Mettez-vous en relation avec une personne en poste dans l’entreprise et demandez-lui si elle peut vous accorder 15 minutes autour d’un café. C’est une bonne manière d’en apprendre un peu plus sur l’ambiance là-bas. Même s’il vous faut toutefois accepter l’inévitable part d’inconnu à l’embauche. »

Il est compliqué de passer outre la culture d’entreprise. Vous aviez rêvé de travailler dans une boîte jouissant d’une bonne réputation et à la pointe dans votre domaine, mais réalisez une fois recruté⋅e que l’environnement de travail est toxique ? Vous ne pouvez pas y faire grand-chose, annonce Jimi Wall. « L’ambiance dans les équipes ou la culture d’entreprise peuvent vous affecter grandement – c’est une réalité : les choses ne sont pas toujours simples. » Pensez à ce qui est important pour vous au travail. Lara confie que quitter son poste de consultante lui a permis de mesurer la valeur du bonheur. « Dans mon ancienne boîte, tout le monde allait sans cesse de l’avant, les gens étaient brillants, au point d’en être intimidants. Cette expérience a transformé ma façon d’envisager le travail. »

Jimi Wall suggère aux candidatˑes de d’abord faire le point sur leurs valeurs. Il se peut que vos objectifs professionnels ne soient pas entièrement compatibles avec vos aspirations personnelles. « Si je ne devais donner qu’un seul conseil aux personnes qui cherchent du travail après une telle expérience, ce serait d’être au clair sur leurs quatre valeurs cardinales. Cette étape vous aide en effet à voir ce qui est réaliste, à déterminer si vos rêves et valeurs sont conciliables. » Le coach s’est appliqué cette règle à lui-même : c’est ce qui l’a poussé à changer de voie. « Quand je suis parti pour New York à l’âge de 24 ans, mes valeurs étaient la famille, les amis et les sorties. Aujourd’hui, j’ai dix ans de plus, c’est différent. Je veux du calme, de la tranquillité, aider les autres. Je ne suis plus directeur commercial dans le marketing, je suis coach de carrière, parce que mes valeurs ont changé. » Si vous rêvez d’être pilote d’avion mais que la stabilité et la famille sont importantes pour vous, il vous faudra bien lâcher d’un côté ou de l’autre. Transporter des passagers d’un pays à l’autre vous laisse clairement moins de temps pour profiter de vos proches que si vous aviez un travail à quelques minutes en bus de chez vous. L’idée n’est pas de gommer vos rêves, juste de laisser parler vos valeurs aussi.

Les conseils du coach

1. Acceptez la situation

Faites preuve de douceur envers vous-même. Vous n’avez pas fait le mauvais choix : ce poste, vous l’avez pris en fonction de là où vous en étiez à l’époque. Évitez, si vous le pouvez, de vous flageller.

2. Tirez des leçons

Qu’avez-vous appris sur vous-même et sur votre domaine d’activité ? Qu’avez-vous appris sur vos préférences en matière d’environnement professionnel, de culture d’entreprise, d’équilibre vie pro-vie perso, de lieu de travail ? Essayez de noter vos réponses noir sur blanc, afin de pouvoir vous y référer plus tard.

3. Prenez le temps de réaffirmer vos valeurs essentielles

Identifiez vos quatre valeurs cardinales. N’attendez pas : cet exercice vous aidera à y voir plus clair sur ce que vous recherchez.

4. Faites appel à votre réseau, en misant sur la franchise

Si vous démissionnez à cause de l’entreprise en tant que telle, vous êtes peut-être malgré tout au bon endroit professionnellement parlant – c’est simplement que ça n’a pas marché à ce poste précisément. Si c’est davantage lié à la réalité du métier, montrez-vous honnête sur le sujet – il n’y a aucune honte à vivre des expériences et à en tirer des enseignements.

Photo d’illustration Thomas Decamps ; traduit de l’anglais par Sophie Lecoq

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