BADASS : pas besoin d’être extraordinaire pour ne pas être banale

Storytelling : vous n'êtes pas banal !
Un article de notre expert.e

Lucile Quillet

Journaliste, conférencière et autrice experte de la vie professionnelle des femmes

BADASS - Vous vous sentez illégitimes, désemparées, impostrices ou juste « pas assez » au travail ? Mesdames, vous êtes (tristement) loin d’être seules. Dans cette série, notre experte du Lab et autrice du livre de coaching Libre de prendre le pouvoir sur ma carrière Lucile Quillet décortique pour vous comment sortir de la posture de la “bonne élève” qui arrange tout le monde (sauf elle), et enfin rayonner, asseoir votre valeur et obtenir ce que vous méritez vraiment.

Quand je parle de la nécessité d’utiliser le storytelling pour parler de soi dans le monde pro, les yeux s’ouvrent en général en grand, interloqués. « Moi, faire du storytelling ? Encore faudrait-il que j’ai quelque chose à raconter, je n’ai rien d’exceptionnel ! », me répond-t-on souvent. Le problème, c’est que pour se raconter, il faut déjà être convaincu de son histoire. Et là, nous sommes beaucoup à penser que notre vie est absolument, totalement, ennuyeusement banale. Nous nous rangeons dans la case “des moyens”, ceux qui regardent les autres changer le monde et surmonter des obstacles, dont le périmètre d’influence s’arrête à leur chien et leur stagiaire. Évidemment, c’est faux.

Être prodige ou ne pas être

Pourquoi pensons-nous que le storytelling est un sport VIP, un droit réservé aux plus privilégiés, à la caste des extraordinaires ? Je pense qu’il y a une histoire de syndrome de l’imposteur (toujours dans les parages) et de culpabilité derrière tout ça, encore plus prononcée chez les millenials, biberonnés au mythe du self-made-men avec une panoplie d’outils modernes et accessibles pour se faire repérer envers et contre tout : blogs, Skyblog, MySpace, puis les réseaux sociaux, les cagnottes et campagnes de crowdfunding… Le tout encouragé par des mantras hypra-responsabilisant déversés par le tsunami du développement personnel, façon « deviens celui ou celle que tu es censée devenir selon tes propres conditions ». Hmm.

Disposant de soi-disant tous les outils nécessaires, la pression est grande pour ne pas être n’importe qui. Et vite, si possible. En voyant comme notre société idolâtre les précoces qui ont rentabilisé leur temps (des fameux “30 under 30” aux retraités de 40 ans, en passant par les étudiants CEO et les mompreneures qui montent leur business en plein congé mat), on finit par jeter l’éponge tellement on se sent en dessous de tout. Alors, faire du storytelling… Pour qui se prend-on ?! Pour les femmes qui ont l’habitude de toujours diviser par deux leur mérite, n’en parlons pas.

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Ce qui fait une bonne histoire

Or, pour être quelqu’un et avoir une histoire à raconter, il ne faut pas forcément avoir une vie digne d’un documentaire Netflix (lesquels, avouons-le, ne sont pas tous si incroyables). Si j’ai bien appris une chose en tant que journaliste, c’est que nous avons tous une (au moins) bonne histoire à raconter. Personne n’est banal, car nous sommes tous humains, c’est-à-dire traversés par des émotions et des épreuves que les autres peuvent comprendre et dans lesquelles ils peuvent se reconnaître, révélant des qualités humaines capables de nous transcender (courage, persévérance, engagement…). Et parfois, plus l’échelle nous semble insignifiante, plus la capacité à s’identifier est importante (puisque tout le monde se pense tellement banal), plus l’histoire est puissante. Ce sont souvent ces “petites” réussites qui ont le plus d’impact (rebondir après un échec, persévérer malgré des obstacles, œuvrer pour quelque chose d’important). Non pas parce qu’elles rapportent des faits originaux et rares, mais avec un récit qui raconte la progression d’un point A à un point B, qui démontre que le changement et la transformation sont à portée de main. Autrement dit, vous, à votre échelle de “personne banale”, pouvez donner bien plus d’énergie et d’espoir à votre collègue ou votre cousine qu’une Sheryl Sandberg inatteignable et trop élitiste.

Que les plus dubitatifs se fassent une raison : de toute façon, nous racontons tous, qu’on le veuille ou non, une histoire à travers nos mots et nos gestes. Les autres se font toujours une idée et un récit supposé de notre vie quand ils nous croisent dans les couloirs. Alors autant maîtriser cette histoire et bien la raconter. Après tout, si vous considérez que la vie de vos amis (comptable ou vendeur) n’est pas quelconque, c’est parce que vous connaissez leur histoire, que vous savez ce qui fait d’eux des gens spéciaux et de leur parcours une trajectoire estimable.

C’est pareil dans la vie professionnelle, à la différence que votre récit doit être anglé pour vous mettre en valeur, démontrer qui vous êtes, quel est le feu qui vous anime, que vous soyez programmeur.se de logiciel ou vendeur.se de légumes (même pas bio en plus). Et ce, sans vous trahir. C’est tout l’art du storytelling.

Comment faire son storytelling quand on pense avoir une vie ordinaire ?

1. Laissez vos amis vous raconter

C’est un exercice booster d’ego : demandez à vos amis (les vrais gentils, pas ceux qui s’abreuvent secrètement de vos malheurs pour se sentir… plus exceptionnels) de vous parler de votre vie pro. Ils vous raconteront comment vous avez décroché votre diplôme avec ténacité, comment vous vous êtes fait votre place dans un milieu dont vous n’aviez pas les codes, les innombrables ressources dont vous avez fait preuve pour rebondir après un gros fail ou comment, après des années d’errance, vous avez enfin trouvé votre voie (et pas celle que vos parents avaient choisie pour vous).

Bref, même s’il s’agit de choses anodines, nos amis révèlent nos qualités - celles qui peuvent susciter l’attention et l’identification d’autres gens - parfois mieux que nous-mêmes. Et ça fait du bien.

2. Cadrez vos objectifs pros

L’intérêt du storytelling, c’est justement de cadrer la communication et son image pro pour mieux accéder à ses objectifs. Il faut que celles-ci soient pertinentes vis-à-vis des bonnes personnes (vos futurs employeurs, vos potentiels clients, vos associés rêvés…) mais surtout, surtout, selon vos objectifs.

Qu’importe que vous soyez secrétaire de direction ou botaniste, vous avez des ambitions - petites, grandes, moyennes - et l’image pro façonnée par votre storytelling doit renforcer votre crédibilité en ce sens. Vous voulez vous spécialiser dans la conception de jardins tropicaux ? Racontez comment vous êtes tombée amoureuse du métier en lisant les contes et légendes de la forêt amazonienne. Vous voulez démocratiser les vertus du twerk ? Expliquez comment cette danse vous a fait gagner confiance en vous. N’oubliez pas que c’est souvent notre parcours qui révèle le sens que l’on donne à notre travail.

3. Distinguez le remarquable du banal

Se brosser les dents tous les jours, c’est banal. Être devenue peintre en bâtiment car vous avez une passion pour Diego Riviera depuis que vous avez vu le film Frida, moins. Dans l’art du storytelling, il faut bien comprendre que les éléments de votre histoire n’ont pas besoin d’être extraordinaires pour être intéressants : il faut qu’ils vous soient propres.

De cette façon, votre récit est original, mémorisable, authentique. Il faut donc penser à ce qui est remarquable, dans le sens de ce qui vous est personnel tout en restant pertinent vis-à-vis de vos objectifs. C’est un peu comme rédiger une lettre de motivation où aucune phrase ne doit pouvoir être copiable-collable dans la lettre d’une autre personne.

4. N’inventez rien, venez comme vous êtes

Alors non, je ne vous dirais pas que vous êtes forcément quelqu’un d’exceptionnel, car, déjà, vous savez bien qu’il n’y a qu’un seul “vous” sur Terre, que nous sommes tous des êtres exceptionnels mais qu’honnêtement, c’est aussi un peu fatigant de devoir se penser incroyable pour se sentir bien.

L’important, c’est d’être vous, et la meilleure histoire que vous pouvez raconter est avant tout celle qui vous ressemble. Réfléchissez à vos motivations, à vos valeurs, à ce qui vous a poussé vers telle ou telle voie. Ce sont ces leviers que vous allez mobiliser pour donner envie de travailler avec vous ou vous crédibiliser pour tel ou tel objectif. C’est bien plus simple de rester cohérent quand on est vrai qu’en inventant des exploits ou en en faisant trop. Vous êtes assez.

Banal, au final, c’est bien aussi. Ça vous évite de vous ridiculiser en prétendant changer le monde en vendant des télévisions incurvées. Ça vous rend humain, donc accessible, donc impactant. Comme disait la grande Tina Turner, « we don’t need another hero ». Ce dont nous avons grandement besoin en revanche et que le storytelling nous offre, c’est d’arrêter avec un perfectionnisme écrasant qui vous répète que vous n’êtes pas assez pour retrouver quelque chose de précieux, rare et durable : un peu d’authenticité.

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Comment rayonner, asseoir sa valeur et obtenir ce que l’on mérite vraiment au travail en tant que femme ? Notre experte Lucile Quillet répond.

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