Rejoindre une ONG en tant que salarié : comment bien se préparer ?

Rejoindre une ONG en tant que salarié, comment bien se préparer ?

C’est le grand saut ! Vous vous décidez à rejoindre une ONG en tant que salarié afin de donner davantage sens à votre travail et c’est un peu l’inconnu ? Nouveau métier peut-être, nouvelles missions sûrement, mais c’est surtout un nouvel environnement de travail qui vous attend !

Alors comment préparer ce grand bouleversement et ses conséquences dans votre quotidien ? Pour répondre à cette question, nous avons échangé avec Marie Marotte, qui évolue depuis plusieurs années dans le secteur associatif et qui est aujourd’hui animatrice de réseau salariée d’une ONG luttant contre toutes les formes de précarité, en France et à l’étranger.

L’association, une entreprise comme les autres ?

Zéro profit

Commençons par la base : qu’est-ce qui différencie vraiment une entreprise privée d’une ONG ? Ce qui change surtout, c’est l’objet de l’entreprise, c’est-à-dire la nature de son activité et l’objectif poursuivi. Dans une entreprise classique, l’ensemble des postes tendent vers un même but : celui de développer ou de vendre un produit ou un service pour générer un profit. Au sein d’une ONG ou d’une association, si tout le monde travaille main dans la main pour atteindre un même but et servir une même cause, ces efforts ne génèrent pas nécessairement de revenu.

Il y en a pour tous les goûts !

Il existe toutes sortes d’associations, de la grosse ONG internationale à la petite association locale. On peut observer de grandes variations de fonctionnement entre les importantes structures internationales - type Médecins Sans Frontières ou Greenpeace - et des associations plus petites - comme des associations de quartier qui luttent contre le décrochage scolaire ou viennent en aide aux SDF.

Terrain vs. bureau

Les grosses ONG sont la plupart du temps assez structurées, et leur modèle est souvent calqué sur celui des grandes entreprises : comité de direction, service financier, service achat, service communication, service RH, etc. Les salariés connaissent souvent d’assez bonnes conditions matérielles (qualité des locaux, avantages salariaux, etc. ), cependant, ils ne sont pas tous en contact direct avec le terrain, à moins d’avoir un poste très opérationnel.

Dans les associations de taille plus modeste, les salariés travaillent souvent plus directement avec le terrain, sur des postes plus polyvalents. « J’ai une formation en communication et en coopération. Mais en travaillant en asso, j’ai fait à la fois du recrutement de bénévoles, de jeunes en service civique, de l’animation d’équipe, de la formation, des demandes de subvention auprès de l’Etat, du département… J’ai même rencontré des élus ! » confirme Marie Marotte. Dans ce type de structure, il faut parfois être sur tous les fronts, ce qui permet aux salariés d’apprendre au contact des autres et de traiter des sujets très variés… « Ce sont des choses que je n’aurais jamais faites à un poste directement lié à mon diplôme » nous ajoute-t-elle.

L’engagement, au cœur de la démarche

Que vous soyez comptable ou responsable achats, lorsque vous travaillez dans une organisation non-gouvernementale, votre poste est directement liée à l’activité de l’ONG : lutte contre la pauvreté, développement social, protection de l’environnement, etc. Quand on rejoint une telle structure, au-delà de toutes compétences et de tout plan de carrière, c’est avant tout la mission de l’association que l’on embrasse.

Même si, comme dans tous les emplois, les tâches à réaliser ne sont pas toutes passionnantes, la motivation est ailleurs. « Le sens de l’engagement et du service ont toujours été des valeurs très fortes pour moi. Je crois aussi à une société qui inclut les plus fragiles » nous confie Marie, qui a pris conscience de l’importance de ces valeurs pour elle à l’occasion de stages… Et c’est ainsi qu’elle a décidé d’en faire son métier, en rejoignant une ONG qui lutte contre les inégalités : « Je suis contente de mettre mon énergie dans une cause à laquelle je crois ». Un choix personnel, car chacun d’entre nous est sensible à des problématiques et des causes différentes, mais qui lui permet de vivre en harmonie avec ses valeurs. D’ailleurs, si la cause défendue par une association ne vous fait pas vibrer, passez votre chemin !

Un changement qui nécessite une bonne anticipation

Si vous êtes motivés pour vous lancer dans l’aventure associative, il vous reste néanmoins quelques bouleversements à anticiper avant le grand saut. Même si les différences ne sont pas toujours flagrantes entre une entreprise classique et une association, elles existent et mieux vaut s’y préparer.

1. Anticiper les conditions matérielles

Association à but non-lucratif ? Est-il nécessaire de rappeler que le profit n’est pas l’objectif principal de ce type de structures solidaires ? Car qui dit “zéroprofit” dit souvent “peu de moyens”. De nombreuses ONG ou associations fonctionnent d’ailleurs uniquement grâce aux dons et aux subventions. Elles essayent d’allouer un maximum de leurs ressources au terrain, réduisant les frais de fonctionnement des bureaux au strict nécessaire. Autant dire que, même avec les meilleures intentions du monde, bien payer leur effectif mais aussi avoir de beaux locaux, des équipements ou des logiciels dernier cri n’est pas toujours possible. « Dans un de mes précédents postes, par exemple, j’avais une table minuscule en guise de bureau, pas de tickets restaurant, on faisait les réunions dans un tout petit appartement où l’on était les uns sur les autres… Ce n’est pas parce qu’on travaille dans le social que l’on doit s’oublier ou accepter de telles conditions. Plus le cadre de travail sera bon, plus on sera motivés et aptes à accomplir notre mission » nous confie Marie.

Envisager un tel changement de milieu n’est donc pas sans conséquences pour ceux qui rejoignent le secteur. Si certains sont prêts à voir leurs revenus diminuer, il faut aussi parfois se préparer à perdre quelques privilèges : avantages en nature moins nombreux, absence de prise de participation, etc.

2. S’adapter à un environnement de travail souvent moins formel

Néanmoins, les conditions matérielles sont loin d’être ce qu’il y a de plus important pour beaucoup. « Même si tout n’est pas parfait, ce qui me retient dans l’associatif c’est la simplicité des relations, on ne perd pas de vu l’essentiel » nuance Marie, qui adore l’ambiance de travail dans ce milieu. Il est vrai qu’en particulier dans les petites ONG, les relations sont souvent moins formelles, comme dans la plupart des PME ou des start-up. Les relations au sein des équipes sont assez simples et authentiques puisque tout le monde travaille pour une noble cause.

C’est aussi un environnement moins normalisé, qui s’accompagne souvent de moins de pression sur objectifs, et où la culture du chiffre et de la performance est moins forte puisque la rentabilité n’est pas la raison d’être de ces structures. S’il y a moins de compétition qu’au sein des entreprises classiques qui doivent s’imposer économiquement sur un marché, les exigences restent hautes puisque les salariés se voient confier d’importantes responsabilités sur des sujets parfois complexes humainement.

3. Se former à un nouveau secteur

Associatif ne veut pas dire amateurisme, la seule bonne volonté ne suffit à faire tourner les ONG. Ces dernières ont plutôt tendance à davantage se professionnaliser et recherchent de réelles compétences pour mener à bien leur mission.

« On ne s’improvise pas à travailler dans le social » nous explique Marie qui, depuis quelques années, s’est déjà spécialisée : via un Master en coopération et développement dans un premier temps, puis en travaillant auprès de jeunes des quartiers et avec des populations en situation de précarité. S’il l’on apprend beaucoup sur le terrain, il faut savoir qu’il existe également des formations spécialisées qui peuvent être intéressantes de suivre avant de vous lancer dans ce secteur aux problématiques à la fois diverses et très spécifiques.

4. Se préparer à s’investir personnellement… et émotionnellement !

En rejoignant l’associatif, préparez vous à donner de votre personne. On ne va pas vous le cacher, c’est un secteur qui demande souvent une forte implication personnelle, ne serait-ce que parce qu’il traite souvent de sujets assez sérieux, voire graves. « Quand on gère de l’humain, des situations de crises ou de grande précarité, il est parfois difficile de déconnecter le soir quand on rentre du boulot ou de claquer la porte pour partir en week-end quand il y a une urgence ! » nous partage Marie.

Si elle ne changerait de métier pour rien au monde, elle insiste néanmoins sur l’importance de se préserver, notamment en choisissant d’exercer dans de bonnes conditions. « Quand tu travailles avec des publics en situation de précarité, tu fais souvent face à des choses difficiles humainement. Par exemple, j’ai travaillé précédemment avec des mineurs migrants isolés… Cela peut être un peu lourd à gérer émotionnellement, il faut avoir un cadre de travail rassurant, sécurisant, qui nous permette de nous sentir bien et de nous concentrer sur l’accompagnement, sans se soucier des conditions matérielles ». D’où l’importance de bien choisir son association et de se préparer mentalement.

Le burn-out existe aussi dans l’associatif… Comme partout, les salariés doivent pouvoir trouver un équilibre entre leur niveau d’investissement et les bienfaits qu’ils y trouvent. Comme l’explique H. J. Freudenberger, psychologue américain, pionnier de la recherche sur l’épuisement professionnel, il faut être vigilant à ce que la demande extérieure ne soit pas en décalage avec nos besoins et nos idéaux intérieurs. Un conseil très sage que tout le monde devrait suivre, mais d’autant plus par ceux qui décident de faire un métier tourné vers les autres !

5. Ne pas idéaliser

Gardez en tête que même si vous vous investissez à fond pour une cause, vous n’allez pas forcément avoir d’impact direct et quotidien sur le monde ni être en permanence sur le terrain, au cœur de l’action. Faire avancer les choses, ça passe aussi par la rédaction d’un rapport, la gestion de la comptabilité ou encore des allers-retours avec une Mairie pour un dossier de subventions… Les ONG, comme toutes les organisations, ont besoin de fonctions support… et c’est peut-être même dans les bureaux que vous serez le plus utile !

« C’est aussi un milieu qu’on a tendance à idéaliser, et qui est aussi plein d’idéalistes » nous explique Marie, « Dans ma boîte, on croit à la gouvernance partagée (un système où les décisions sont prises en tenant compte de l’avis de tous, ndlr) mais en réalité, on expérimente que cela n’avance pas si facilement quand on doit prendre des décisions en équipe». Comme dans toute organisation, il peut aussi exister certaines des tensions politiques et l’absence de moyens peut aussi ralentir et compliquer l’avancée de certains projets.

En rejoignant ce secteur, préparez-vous aussi à ce que le regard de certaines personnes - amis, famille, mais aussi confrères - change sur votre vie professionnelle. « Je me sens parfois un peu décalée par rapport aux gens, qui ne comprennent pas ou ne s’intéressent pas forcément à ce que je fais ! » nous partage Marie, qui a l’impression que les carrières dans la solidarité ne sont pas toujours reconnues ou valorisées dans un monde qui semble davantage intéressé par l’innovation technologique et la réussite économique. Si le travail dans les associations se structure, il peut en effet encore parfois être perçu de l’extérieur comme peu “professionnel” et confondu avec le bénévolat. Les clichés ont la vie dure !

Vous l’avez compris, en choisissant de rejoindre l’associatif, le plus important est de bien garder les pieds sur terre. Si c’est un secteur dans lequel chacun peut trouver un métier plein de sens et contribuer à sa manière au bien de la société, il reste nécessaire de se familiariser avec ce secteur spécifique où tout n’est pas toujours rose. Un choix qui demande une bonne préparation mais qui peut vous mener vers une expérience extrêmement enrichissante, tant au niveau professionnel que personnel ! Alors, prêts ?

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Photo d’illustration by WTTJ

Cécile Pichon

Psychologue du travail, Coach et Consultante RH

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