Recherche d'emploi : un rejet fait plus mal qu'on ne le pense

Pourquoi le rejet d'une candidature fait plus mal que prévu ?

Lundi 14 février, 19h10. Vous vous apprêtiez à sortir boire un verre avec votre date en cours, quand soudain, le message tombe. Annulation de dernière minute, sans proposition de report. Qu’à cela ne tienne, vous irez boire un verre avec vos potes. Et qu’importe si c’est le jour de la Saint-Valentin, après tout, qui fête encore la Saint-Valentin ? Sauf que, vous avez beau essayer de vous convaincre que cette annulation ne vous fait ni chaud ni froid, il faut bien admettre que votre ego en a pris un petit coup. Un peu comme quand vous aviez postulé à cette annonce de job, que vous aviez vraiment envie d’avoir, et qu’au bout de 3 entretiens d’embauche, on vous a dit ciao. Spoiler : c’est exactement le même mécanisme psychologique qui se déclenche dans les deux cas. Mais est-ce la bonne solution de prétendre que ces « rejets » ne nous affectent pas ? Quel véritable impact peut avoir le refus d’une candidature sur notre psychée ? Et surtout, comment ne pas perdre confiance en soi suite à cela ? Éléments de réponse avec Lucie Offrant, psychologue du travail.

Un refus d’autant plus dur à encaisser que les attentes sont élevées

Il existe plusieurs types de réactions quand on se heurte à un refus lors d’un processus de recrutement. Certains d’entre nous passent à autre chose, sans que cela ne semble les perturber plus que cela. D’autres, au contraire, vont se remettre profondément en question, allant jusqu’à questionner leur identité. Enfin, il y a ceux qui vont prétendre ne pas avoir été atteints, mais garderont un goût amer de ce qu’ils ont perçu comme un « échec ». Chacun est différent, et bien sûr, aucune réaction n’est meilleure que l’autre. Toutefois, pour être certain de tirer parti au mieux d’un refus au travail, mieux vaut ne pas sous-estimer l’impact qu’il peut avoir.

Premièrement, l’ampleur du désarroi est souvent proportionnelle aux attentes que nous avons projeté sur le poste. Plus le boulot semblait désirable, plus le refus fait mal. D’autres paramètres peuvent également rendre la situation plus difficile à encaisser, comme le nombre d’entretiens passés avant d’avoir été refusé, ou le temps consacré à préparer ces entretiens. « Il y a quelques années, je cherchais à changer de poste, car le domaine dans lequel je travaillais ne me convenait plus. J’ai passé beaucoup d’entretiens, et à chaque fois ce qui a été compliqué à gérer, est que j’allais presque au bout du processus, avant d’être finalement écarté, se souvient Benjamin, data analyst. Forcément, plus on se rapproche du but, plus on se projette sur le poste, et plus la chute fait mal… » Et, forcément aussi, plus le temps passé à préparer l’entretien a été long, plus nous sommes amenés à nous projeter. « Outre le fait que je passais les différentes étapes des processus de recrutement avant d’échouer à la dernière, ce qui a été dur, c’est que ces étapes prenaient souvent la forme de tests techniques, en général très chronophage. C’était d’autant plus décevant que j’y avais passé du temps, je m’étais investi », explique Benjamin.

Même ressenti du côté de Julie, pour qui le refus le plus dur à accepter fut celui du poste pour lequel elle avait dû préparer une longue étude de cas. « J’avais passé plus d’une demi-journée à préparer cette étude, j’avais fait une présentation, et je n’ai pas eu un merci, rien. Moi j’avais vraiment mis mes tripes dans cette étude de cas, et au final j’ai l’impression que mon travail a été balayé d’un revers de main, sans plus d’explications. Sur le coup, ça a vraiment été difficile. » Ce que soulève Julie est l’un des points-clés pour être à même de bien vivre un refus au travail, selon Lucie Offrant : pouvoir bénéficier d’explications.

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Savoir demander des explications

Là encore, on peut aisément faire le parallèle avec la vie amoureuse (Saint-Valentin, quand tu nous tiens) : se faire ghoster du jour au lendemain est souvent bien plus difficile à encaisser que lorsqu’on vous explique gentiment pourquoi ça ne va pas coller. « Pour avoir rencontré des salariés qui se sont déjà vu refuser des promotions, des mutations, ou même des postes, quand la décision n’est pas expliquée, ce sont des marques qui restent très longtemps, affirme Lucie Offrant. On sent que la décision est plus difficile à accueillir dans ces cas-là, car rien n’a été dit. »

En tant que recruteuse dans une start-up de la tech, Camille s’impose à elle-même de toujours motiver le refus d’un candidat, d’autant plus quand celui-ci était presque arrivé au bout du processus de recrutement. « Quand un candidat est rejeté, je demande toujours au manager qui l’a eu entretien quelles sont ses raisons, pour être à même de les lui donner ensuite. Et quand la personne avait passé plusieurs entretiens chez nous, en général je l’appelle, pour pouvoir la débriefer en direct. »

Pouvoir mettre des mots sur un refus est crucial dans le processus d’assimilation de ce dernier, tout simplement parce que cela permet de lui donner un sens. « Que ce soit dans le cas d’une promotion ou d’une candidature, pouvoir comprendre ce qui a motivé le refus est fondamental. Cela permet de donner un sens à ce refus, et de ne pas créer d’incompréhensions, qui par la suite pourraient altérer la motivation du candidat, ou son implication dans l’entreprise », souligne la psychologue du travail.

Lors de ses différents entretiens, seul un recruteur avait rappelé Benjamin pour le débriefer. Un geste que le jeune homme avait grandement apprécié, et qui lui a permis de se remotiver pour continuer à postuler. « Le feedback que j’ai eu de cette entreprise était vraiment intéressant car ce fut constructif, ils m’ont souligné ce qui était bien, et les points à améliorer pour aller encore plus loin la prochaine fois. Ça m’a rassuré car j’ai senti que je n’étais pas loin de décrocher un poste, qu’il ne me manquait pas grand-chose. » Les recruteurs ne faisant hélas pas tous l’effort de motiver leurs refus, Lucie Offrant conseille dans ces cas-là de ne pas hésiter à demander des retours aux RH ou aux managers. Non seulement cela permet de mieux comprendre ce qui a dysfonctionné, mais aussi d’améliorer les points les plus faibles de son CV.

En parler et accueillir ses émotions

Outre le fait d’en discuter avec la personne qui a formulé le refus, en discuter avec ses proches est aussi un bon moyen de « passer à autre chose ». Loin de remuer le couteau dans la plaie, cela permet plutôt de relativiser, et de prendre de la distance. « L’important est de ne pas rester seul à ruminer ses échecs, avance Lucie Offrant. On n’hésite donc pas à en parler avec des proches bienveillants, et on évite « d’individualiser » la responsabilité de l’échec. Il peut y avoir plein d’autres facteurs qui font que l’on n’a pas été retenu : un candidat plus expérimenté en face, un secteur très compétitif, un profil qui ne collait pas tout à fait au poste… » Découragée après son échec à l’étude de cas, Julie a retrouvé la motivation après en avoir parlé avec son entourage. « De mon côté cela a été très précieux de parler de ce rejet un peu violent avec mes proches, car parmi eux, certains avaient changé de boulot souvent, et m’ont permis de relativiser. Ils m’ont conseillé de voir plutôt le positif et de prendre le peu de feedbacks que j’avais eus comme des points d’amélioration. Ça m’a vraiment reboostée ! »

Quant à faire comme s’il ne s’était rien passé, ce n’est a priori pas la stratégie idéale selon Lucie Offrant. Si le refus ne vous a véritablement pas heurté, alors tant mieux, c’est que vous avez une estime de vous-même suffisamment solide ! Mais si vous sentez poindre la tristesse, ou la déception, mieux vaut ne pas se mentir à soi-même. « Il est important de savoir accueillir et reconnaître ces émotions, et de ne pas les nier, affirme la psychologue. D’autant plus que s’autoriser à ressentir les effets d’un refus peut parfois nous aiguiller sur nos véritables aspirations : “Si on nous a refusé une mutation à laquelle on avait postulé sur un coup de tête, par exemple, et que l’on se sent vraiment déçu, c’est peut-être que finalement nous avions plus envie de déménager que ce que l’on voulait bien s’autoriser à croire… »

Enfin, continuer à postuler est aussi important pour digérer un refus. Un peu comme après une chute en équitation, l’idée est de se remettre en selle. Et d’apprendre autant de ses réussites, que de ses échecs.

Article édité par Manuel Avenel, photo Thomas Decamps pour WTTJ

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