Recrutement : 4 principes à emprunter au sport de haut niveau

28 mai 2024

5min

Recrutement : 4 principes à emprunter au sport de haut niveau
auteur.e
Laure Girardot

Rédactrice indépendante.

contributeur.e

Face aux défis de recrutement, le sport de haut niveau offre des perspectives inattendues pour renforcer l’attractivité auprès des candidats. Valeurs, missions, transcendance… Quels sont les piliers de l'olympisme à transposer dans l'entreprise ?

Dans un monde où le recrutement devient de plus en plus compétitif, les entreprises cherchent constamment des moyens innovants pour attirer et retenir les meilleurs talents. En 2023, 61 % des projets de recrutement étaient jugés difficiles par les employeurs, contre 58 % en 2022, selon le BMO (besoin en main-d’œuvre) Pôle emploi. La Banque de France confirme cette tendance, révélant que près d’une entreprise sur deux rencontre des difficultés de recrutement (« À quelles difficultés de recrutement les entreprises françaises sont-elles confrontées ? », de Stéphanie Himpens et Thomas Zuber, Le Bulletin de la Banque de France, 2023). Mais alors, qu’est-ce qui pêche dans le recrutement ? Une analyse de France Stratégie (2022) pointe du doigt les caractéristiques intrinsèques à l’entreprise, allant bien au-delà des aspects quantifiables comme les salaires ou la taille des organisations (culture, management…). L’arrivée imminente des Jeux Olympiques en France offre une occasion unique de prendre du recul et de mener quelques parallèles opportuns entre sport de haut niveau et univers professionnel.

En effet, dans l’univers sportif, le succès repose non seulement sur les compétences physiques (quantifiables) des athlètes mais aussi sur un ensemble de pratiques intangibles telles que la culture du collectif, le dépassement de soi ou encore les rituels. Et si les entreprises apprenaient à s’inspirer de ces principes pour améliorer leur marque employeur ? Edgar Grospiron, ancien athlète de haut niveau et champion de ski acrobatique, spécialiste de l’épreuve des bosses — premier champion olympique de la discipline en 1992 à Albertville et triple champion du monde — propose de filer la métaphore entre les fondements de l’olympisme et les stratégies de recrutement. Conférencier et consultant en management, il soumet quelques pistes pour rallumer la « vestale » entre candidats et recruteurs.

Du rêve olympique à l’entreprise, il n’y qu’une charte ?

« Si l’entreprise était le mouvement olympique, elle n’aurait ni problème de recrutement, ni d’engagement », souligne Edgar Grospiron. Cette assertion soulève une question fondamentale : comment susciter dans l’entreprise un désir aussi ardent que celui de devenir médaillé olympique ? Pour répondre à cette interrogation, le champion olympique s’appuie sur le bréviaire des athlètes : la charte olympique qui rassemble la philosophie du mouvement. « Cet ouvrage contient tous les fondamentaux qui unissent les olympiens : les entreprises peuvent y trouver une véritable source d’inspiration pour bâtir une stratégie RH solide. » Si l’on se réfère à cet outil fédérateur, à sa vocation sociétale et transformative — à titre d’exemple, la charte stipule que l’olympisme est « une philosophie de la vie exaltant et combinant en un ensemble équilibré les qualités du corps, de la volonté et de l’esprit » —, certaines pratiques sont tout à fait transposables au monde professionnel. Lesquelles ?

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Recrutement : trois principes de l’olympisme à hacker

La théorie de l’identité sociale explique que « les individus s’identifient aux organisations perçues comme prestigieuses et bénéficiant d’une image attractive, ce qui leur permet de renforcer leur estime de soi », selon un article de Sonia Capelli, Chloé Guillot-Soulez et William Sabadie. Pour créer les conditions de cette attractivité, Edgar Grospiron souligne trois principes fondamentaux de la charte olympique, applicables au recrutement :

  • Disposer d’une vision et d’une mission explicites : à l’image de l’olympisme, qui vise à promouvoir une philosophie de vie, une entreprise doit clairement définir sa raison d’être. Edgar Grospiron précise : « Il faut une vision traduite dans une mission et portée par une gouvernance qui doit en être la dépositaire. » La mission de l’entreprise doit être claire, inspirante et largement communiquée, tant en interne qu’à l’externe.

  • Partager des valeurs fédératrices : « Le mouvement olympique repose sur trois valeurs : l’amitié, l’excellence et le respect. Les olympiens — plus de 100 000 à travers le monde — partagent ces valeurs universelles, indépendamment de leur origine », explique Edgar Grospiron. Symboliquement, lors de chaque cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques, un athlète prête serment au nom de tous les compétiteurs afin de respecter les valeurs de l’olympisme, et un arbitre le fait au nom des officiels, renforçant ainsi l’engagement éthique. Aujourd’hui, cette tradition est renforcée par une obligation formelle pour chaque athlète de signer la charte, un engagement explicite sur le respect des règles et des valeurs du mouvement sportif. Par analogie, une entreprise doit non seulement définir ses valeurs mais aussi les traduire en comportements attendus et les défendre vigoureusement.

  • Garantir un cadre éthique : au quotidien, les symboles et les valeurs proclamées sont insuffisants s’ils ne sont pas activement respectés par un organe de régulation. « Cela fait écho aux scandales dans le mouvement olympique, où des affaires de corruption et de trafic d’influences ont sérieusement compromis l’engagement envers le mouvement », ajoute Edgar Grospiron. Selon lui, dans les entreprises, les valeurs doivent être incarnées aussi bien par la gouvernance que par le middle management, ce dernier jouant un rôle crucial en tant que régulateur de premier ordre pour maintenir l’éthique du système.

Rituels et célébration pour entretenir la flamme

Les Jeux Olympiques sont bien plus qu’une simple compétition ; ils représentent un rituel essentiel à l’engagement et à la cohésion, explique Edgar Grospiron. Ce dernier établit un parallèle avec les événements d’entreprise, tels que les séminaires annuels : « Ces occasions permettent de discuter des performances de l’année et de renforcer la convivialité ainsi que l’esprit de groupe. Ces rituels contribuent à rompre avec la routine quotidienne, structurant ainsi le travail et le temps de chacun. Sans ces jalons, les employés pourraient se sentir pris dans un marathon sans fin, ce qui serait épuisant et nuirait à leur performance. » L’entreprise doit donc ponctuer sa trajectoire de temps forts de rassemblement afin de consolider sa vision et sa culture. « C’est également un moyen de stimuler l’énergie individuelle et collective, en instaurant une célébration commune. »

Identité visuelle et sentiment d’appartenance

« Le logo et l’identité visuelle jouent un rôle crucial dans la représentation et l’unité d’un groupe », insiste Edgar Grospiron. Les cinq anneaux olympiques, symbolisant chacun un continent, illustrent l’unicité et la solidarité entre les peuples. Ce sentiment d’appartenance à une même famille est renforcé par la présence de ce logo sur chaque médaille, créant un puissant lien d’identification parmi les olympiens, toutes disciplines confondues. Un parallèle peut être tracé avec le monde de l’entreprise : cette même fierté d’appartenance peut être cultivée à travers un logo qui doit être esthétiquement attrayant et symboliquement fort. Certains athlètes vont jusqu’à tatouer les anneaux olympiques sur leur corps… témoignant ainsi de leur engagement à ces valeurs. Sans aller jusque-là, dans le contexte professionnel, le logo d’une entreprise doit clairement refléter sa mission et ses valeurs, contribuant ainsi au sentiment d’appartenance ressenti par les candidats et vécu par les salariés.

Process de recrutement et onboarding : deux vecteurs de sens

Les processus de recrutement et d’onboarding sont deux étapes cruciales pour infuser et transmettre la vision, les valeurs, et les rituels de l’entreprise. « Il est essentiel de fournir une description de poste détaillée, mais cela ne suffit pas. Il s’agit de communiquer au candidat, puis au nouveau salarié, une ambition plus large, un rôle qui s’inscrit au cœur d’une mission collective », évoque Edgar Grospiron. À titre d’exemple, dans le cadre des recrutements pour les équipes nationales sportives, cette raison d’être collective est fondamentale : « Les athlètes sont recrutés non seulement pour contribuer à l’ambition de l’équipe, mais aussi dans un esprit de service mutuel : chaque membre soutient l’équipe et est soutenu en retour. »

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Article rédigé par Laure Girardot, édité par Manuel Avenel, photo par Thomas Decamps pour WTTJ

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