BADASS : pourquoi il faut toujours être (un peu) infidèle à son employeur

Publié dans BADASS

20 sept. 2022 - mis à jour le 20 sept. 2022 5min

BADASS : pourquoi il faut toujours être (un peu) infidèle à son employeur

auteur

Lucile Quillet

Journaliste, conférencière et autrice experte de la vie professionnelle des femmes

BADASS - Vous vous sentez illégitimes, désemparées, impostrices ou juste « pas assez » au travail ? Mesdames, vous êtes (tristement) loin d’être seules. Dans cette série, notre experte du Lab et autrice du livre de coaching Libre de prendre le pouvoir sur ma carrière Lucile Quillet décortique pour vous comment sortir de la posture de la “bonne élève” qui arrange tout le monde (sauf elle), et enfin rayonner, asseoir votre valeur et obtenir ce que vous méritez vraiment.


Vous connaissez ces gens qui, une fois en couple, ne commencent plus leurs phrases que par « nous ». Il existe une espèce voisine, corporate jusqu’à la moelle, appliquant le même tic de langage à leur travail. « Nous » sommes en pleine expansion, « nous » voulons être leader sur le digital, « nous » avons pour mission un monde plus inspirant… Elles ont comme fusionné avec l’entreprise. Et au nom de la fidélité, se sont oubliées en cours de route.

Mariée au premier regard

C’est un comportement assez typique de la bonne élève muée en bon petit soldat : en signant votre contrat de travail, vous avez épousé la vision, la cause et les ambitions de la boîte, comme si vous aviez rejoint une grande famille en baisant la main du patriarche. Vous avez trouvé chaussure à votre pied et quittez le grand marché de l’offre et de la demande pour écrire votre belle et grande histoire. Alors oser regarder si l’herbe ne serait pas plus verte ailleurs ? Trahison, tromperie, disgrâce ! Répondre à un message LinkedIn du responsable RH de la concurrence ? Vous n’y pensez même pas : vous préférez chérir ce que vous avez plutôt que de faire des infidélités.

Pourquoi pensons-nous que se projeter ailleurs est déloyal et mesquin ? C’est un peu comme si nous trahissions celles et ceux qui nous ont donné notre chance / fait confiance / mis le pied à l’étrier (et toutes les autres expressions qui témoignent d’un petit syndrome de l’imposteur). Cette loyauté à toute épreuve n’est-elle pas justement le signe qu’on se sent redevable, et donc que l’on ne se trouve pas vraiment dans un rapport équilibré de collaboration ? Et puis, pourquoi mettre tous ses œufs dans le même panier, alors que personne ne vous le demande ?

Relation toxique quand tu nous tiens

Le problème, c’est bien la réciprocité : rarement, l’entreprise se considère mariée à ses employés. Avant « nos » intérêts, passeront toujours les siens d’abord. En amour, ça s’appelle une relation toxique, au travail, c’est un rappel que la fidélité n’est pas un dû. Et c’est une bonne nouvelle : votre avenir ne se restreint à aucune crèmerie.

Certes, il fut un temps - celui des entreprises paternalistes - où être engagé dans une entreprise signifiait s’engager pour la vie et intégrer une « famille », une « maison ». Aujourd’hui - malheureusement ou heureusement, les débats sont ouverts - les temps ont changé : désormais, les carrières se construisent en sauts de puce pour gravir les échelons (et le barème des salaires). Et souvent, les entreprises revendiquant ces notions de loyauté et d’engagement inconditionnel méritent toute votre suspicion : horaires extensibles, culpabilisation, management par l’affect pour vous essorer au maximum… Gros red flag.

Une tête tombe et tout est dépeuplé

Évidemment, quand tout va bien, on ne voit pas pourquoi l’on irait perdre son énergie dans la prospection. Jusqu’au jour où… Souvenez-vous que votre histoire pro s’écrit avec des rencontres plus qu’avec des noms (même si votre CV fait penser le contraire). Et parfois - un peu comme dans Game of Thrones, à quelques détails près - les têtes tombent (symboliquement), de nouvelles alliances se créent, et tout votre équilibre part en brioche. Vous n’êtes jamais à l’abri d’un changement du top management qui provoque façon domino d’autres modifications : de ligne, de stratégie, d’équipe (le remplaçant veut choisir des gens qui lui feront allégeance). Le vent peut tourner, et votre position s’en trouver fragilisée… Grande est votre fidélité, douloureuse peut être votre désillusion.

En résumé, regarder ailleurs, ce n’est pas tromper mais faire preuve de bon sens. Et, clou du spectacle : ce n’est pas une faute professionnelle ! On ne peut décemment pas virer quelqu’un pour un déjeuner avec un chasseur de têtes ou parce qu’il a ri trop fort aux blagues du concurrent lors d’un salon pro. Évidemment, on préfère quand même la jouer subtil, si possible sans se faire attraper. Comment ? On vous guide dans les strates de l’infidélité professionnelle.

Comment devenir une infidèle professionnelle ?

Niveau 1 : en mode sous-marin

Revues spécialisées, forums, conférences… Vous décidez de ne plus croire aveuglément tout ce que votre employeur raconte. Vous enrichissez vos sources, sortez de votre bocal et glanez le maximum d’informations pour avoir une « big picture » non biaisée.

Ce que vous pourriez bien apprendre : autre chose que le discours annuel auto-congratulant du big boss qui ne met en avant que les chiffres qui l’arrangent. Par exemple : que votre entreprise n’est plus leader, que d’autres innovent davantage (notamment sur les idées qu’on vous a retoquées), que le Covid n’a finalement pas fait tant de mal que ça (et que vous auriez pu être augmentée en 2020). Bref, vous situez votre entreprise à sa juste place.

Stratégie « alibi » “petit soldat” : votre collègue Marc vous surprend en train de lire « Recrutement magazine spécial BTP » ? Bien sûr, vous ne regardez pas ailleurs, vous veillez à l’image que renvoie la boîte aux yeux du monde.

Niveau 2 : en mode curiosité

Afterworks, salons, réseaux professionnels, colloques, déjeuners… Vous donnez des cartes de visite, vous en prenez, votre réseau grossit hors de l’entreprise, vous êtes reconnue dans votre secteur. Vous parlez de ce que vous êtes et faites, en posant des questions aux autres sur leur activité et leur employeur.

Ce que vous pourriez bien apprendre : que la concurrence offre un jour de télétravail de plus par semaine à ses salariés, qu’elle a signé la charte du Parental Challenge, qu’un nouveau service (et des recrutements) vont débuter, ou que le management y est très toxique (et qu’au final, mieux vaut rester là où vous êtes).

Stratégie « alibi » “agent double” : Sandrine vous prend la main sur les toasts de tarama lors d’un événement organisé par la concurrence ? Vous ne cherchez pas une nouvelle crèmerie : vous êtes “tellllllement curieuse”, vous voulez apprendre au contact des autres et jauger l’ennemi discrètement, bien entendu.

Niveau 3 : en mode confidentiel

Vous avez stalké, vous avez flirté, et maintenant, vous partez en date. Un recruteur vous a proposé une offre, vous allez discuter des détails. Ça devient sérieux.

Ce que vous pourriez bien apprendre : votre vraie valeur sur le marché, le niveau d’attractivité de votre profil, votre réel attachement à votre entreprise actuelle (malgré vos grognements du lundi matin).

Stratégie « alibi » “diplomate” : Ne vous cachez plus et jouez cartes sur table : oui, on vous propose autre chose ailleurs, vous réfléchissez (si ça vous intéresse vraiment)… Voyez comment votre employeur réagit. Parfois, c’est en vous voyant flirter ailleurs qu’on redouble d’ardeur pour vous garder avec une jolie contre-proposition. Ne pas déménager mais avoir de plus beaux draps, c’est toujours sympa.

Le doute, ce n’est pas la fin mais la garantie que l’on continue à faire un choix éclairé. Regarder ailleurs ne fait pas de vous une mauvaise personne, mais quelqu’un de conscient de sa situation, de son potentiel et de ses perspectives. Peut-être que vous resterez là où vous êtes et apprécierez d’autant plus ce que vous avez. Si vous êtes dans un endroit où vous n’êtes pas reconnu à votre juste valeur, vous savez quels leviers activer. À condition d’avoir un peu trompé en continu : la prospection, c’est comme le réseau, il ne faut pas attendre d’en avoir besoin pour s’y mettre, sinon, on semble vite désespérée. Surtout, replacez votre loyauté au bon endroit : envers votre carrière et vos valeurs plus qu’une entreprise versatile. Car, in fine, vous n’appartiendrez toujours et uniquement qu’à vous-même.

Article édité par Mélissa Darré, photo par Thomas Decamps.

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