"L'art de la victoire", l'autobiographie du fondateur de Nike

  • March 16, 2018

« _J’avais toujours soupçonné que le secret du bonheur, l’essence de la beauté, de la vérité ou de tout ce qui vaut la peine d’être vécu, repose quelque part dans ce moment pendant lequel la balle est en suspension, quand les boxeurs sentent que la cloche va bientôt sonner, quand les coureurs s’approchent de la ligne d’arrivée et que le public se lève comme un seul homme. Il y a une sorte de clarté exubérante dans cette demi-seconde qui détermine les vainqueurs et les perdants. Et je voulais gagner. C’est ça que je voulais que ma vie soit au quotidien. _»

Nous sommes nombreux à nous balader avec des Nike aux pieds, très nombreux, et pourtant beaucoup moins à connaître le nom du fondateur de la célèbre marque ainsi que l’histoire de son développement. Phil Knight est l’homme derrière l’empire à la virgule, le fameux « swoosh ». S’il est resté relativement discret au cours de sa carrière, après avoir quitté le conseil d’administration en 2016, il se dévoile dans son autobiographie « L’art de la victoire ». Le récit retrace les prémisses de l’ « idée folle » et le parcours non linéaire de Nike, de sa création à son incontestable succès actuel. L’ouvrage s’adresse véritablement à tous les publics : écrit par un passionné de littérature, il est intéressant aussi bien pour les amateurs de sport, de mode et bien-sûr d’économie, d’entrepreneuriat et de management. Quelque que soit le profil du lecteur, le texte de Phil Knight est un précepte en faveur de la persévérance et des parcours atypiques, et nous délivre quelques leçons.

« L’idée folle » ou l’art d’entreprendre en résolvant son propre problème

« Passionné par le monde des affaires, je savais que les appareils photo japonais avaient révolutionné ce marché, dominé jusque-là par les Allemands. J’avais donc soutenu que les chaussures de course japonaises pourraient faire la même chose. »

En 1962, Phil Knight est un jeune homme de 24 ans, originaire de l’Oregon et passionné de course à pied. Il hésite à propos de son avenir, et pour y remédier, il décide de partir pour un tour du monde d’un an dont l’étape au Japon sera déterminante pour la suite de son histoire. Ce qu’il désire avant tout, c’est donner du sens à sa vie. Comme beaucoup d’entrepreneurs, Phil Knight a simplement commencé en exploitant ce qu’il connaissait bien lui-même : en l’occurrence, les chaussures de running. Avec un certain cran, lors de son voyage au Japon, il rencontre les dirigeants de l’entreprise Onitsuka qui produit les Tigers, et met en place l’importation de ces chaussures de sport aux États-Unis. Pour cela, il crée la marque Blue Ribbon Sports, et réalise ses premières ventes depuis le coffre de sa voiture. Bien que chaotique, la relation entre Blue Ribbon Sports et la marque japonaise durera près de dix ans, et constitue très certainement l’expérience déterminante pour Knight et la suite de sa carrière.

Phil Knight 

De l’art de prendre des risques et de rebondir

Ce que l’on apprend également d’essentiel grâce aux confessions de Phil Knight, c’est l’importance de rebondir dans les moments les plus décourageants. Effectivement, la trahison des japonais qui ne respectaient pas leur close d’exclusivité avec Blue Ribbon Sports est à l’origine de la création de Nike en 1972. Cet épisode donne envie à Knight de ne plus simplement importer des chaussures mais désormais de les fabriquer. Dans un autre registre, et ce malgré des bénéfices en constante croissance, Phil Knight et ses équipes doivent faire face à de nombreuses frictions avec les banques qui n’apprécient que moyennement leur prise de risque et la gestion inédite de leur capital.

Au fil de son évolution, qui n’a pas été linéaire, la marque a dû affronter de multiples déconvenues : si Rome ne s’est pas fait un un jour, l’empire Nike que l’on connaît aujourd’hui non plus. Phil Knight raconte avec émotion les nombreux problèmes qu’il a rencontré au long de son parcours : son procès avec les japonais d’Onitsuka, les problèmes récurrents de manufacture et d’argent, les échecs cuisants de certains modèles, son amende de 25 millions de dollars par les douanes américaines, et bien-sûr, la constante pression de la concurrence… La marque iconique a été crée avec seulement 8 000$ de capital de départ et bien que sa croissance ait doublé chaque année depuis sa création, Nike ne doit sa survie qu’à la ténacité et la persistance des équipes qui ont chaque fois su rebondir lorsque c’était nécessaire.

De l’art de bien s’entourer

Phil Knight aime à rappeler que Nike n’est pas le succès d’un seul homme, et on comprend, qu’il doit aussi sa réussite aux bonnes personnes avec qui il a su s’entourer dès le début. Pendant plusieurs années, Knight gère son entreprise sans se salarier et en continuant à travailler à temps plein comme professeur puis comptable. La première personne qui sera employée par Blue Ribbon Sports est l’un de ses meilleurs amis, qui croit en son projet et aura d’abord le rôle du vendeur puis partira même à l’autre bout du pays du jour au lendemain pour y développer la marque. Phil Knight s’est toujours entouré de collaborateurs, d’employés, d’amis passionnés et dévoués. Et également d’un mentor. Dès son retour du Japon, Knight contacte son ancien coach sportif à l’université Bill Bowerman, afin de lui demander son avis sur les chaussures qu’il a décidé d’importer. Ce dernier fera bien plus, puisqu’il s’engage en tant que partenaire et l’aidera tout au long de son parcours. Et ses conseils sont précieux puisqu’en devenant l’un des plus célèbres coachs des États-Unis par la suite, Bill est le mieux placé pour juger de la qualité d’une paire de chaussures de course et travaille quotidiennement au plus près des athlètes professionnels. Bowerman, comme Knight, est absolument fasciné par le fait de trouver la matière et le design parfaits pour rendre les chaussures plus légères, plus ergonomiques.

Enfin, la stratégie de Nike de s’entourer de sportifs et de célébrités en tant qu’ambassadeurs pour augmenter la visibilité de l’entreprise, a été très payante à long-terme, malgré certaines galères là encore. En 1977, par exemple, plus aucun joueur de tennis ne porte ses chaussures, et Knight décide donc de se rendre à Wimbledon à la recherche de jeunes pépites à sponsoriser. On lui présente de nombreux talents en herbe, sauf un, pour lequel il aura pourtant la meilleure intuition : John McEnroe qui n’a alors que 14 ans et que tout le monde considère déjà comme une tête brûlée.

« Don’t tell people how to do things, tell them what to do and let them surprise you with their results. »

Phil Knight

De l’art du management

À la lecture de l’ouvrage, il est évidemment intéressant de découvrir les méthodes de management employées par Phil Knight, qui ont sans conteste contribué au succès de la marque. Timide maladif comme il se décrit lui-même, Knight avoue avoir eu des difficultés à croire en ses idées et ses décisions et à les imposer à ses collaborateurs. C’est pour cela qu’il se montre volontiers généreux lorsqu’il s’agit de mettre en avant les bonnes initiatives des autres, à qui il accorde son crédit, sans pour autant les couvrir de compliments. Avec du recul, certaines de ses idées n’étaient pas terribles : il voulait par exemple appeler sa marque “Dimension Six” ; c’est son plus proche collaborateur qui a trouvé Nike, en référence à l’un de ses rêves et surtout à Niké, la déesse de la victoire ! C’est aussi en faisant confiance à une jeune artiste californienne que la légendaire virgule a vu le jour, sans que Phil Knight ne trouve ce design absolument convaincant, tout comme les premiers modèles de chaussures dessinés par ses employés.

En bref, sa façon de manager ses équipes peut se résumer par cette assertion du Général Patterton qu’il reprend à son compte : « Don’t tell people how to do things, tell them what to do and let them surprise you with their results. » La priorité de Phil Knight est d’embaucher des personnes et les laisser libres d’être elles-mêmes. Il n’est pas un dirigeant directif. De cette manière, il a réussi à rassembler autour de lui des équipes créatives et investies dans la réussite de l’entreprise. Phil Knight raconte dans son livre la blague suivante, à l’image de l’organisation de son entreprise : « How many multimillion-dollar companies can you yell out, ‘Hey Buttface,’ and the entire management team turns around ? »

La lecture de cette autobiographie est une véritable source d’inspiration pour tous les managers, entrepreneurs, ceux qui font et surtout ceux qui doutent. Ce que l’on comprend avant tout, c’est que le chemin vers le succès, l’accomplissement, quelques soient vos idées, votre situation, vos moyens, n’est jamais linéaire.

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Aglaé

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