Le Canada : l’eldorado de la jeunesse française ?

Partir travailler au Canada : conseils, visas, cadre de vie

« Dans l’imaginaire des jeunes français, le Canada représente un nouvel American Dream. Les retours de nos proches et de nos connaissances qui sont déjà partis là-bas, nous confortent dans cette idée. » explique Julie, pvtiste de 24 ans qui habite à Montréal depuis plus de 8 mois. Ce sentiment, elle le partage avec des milliers de français de sa génération qui s’envolent chaque année pour le Canada. Certains veulent s’y installer définitivement, d’autres souhaitent simplement vivre une expérience de quelques mois mais une chose est sûre : le Canada dispose d’une attraction certaine auprès de la jeunesse française. S’il ne s’agit pas d’un phénomène entièrement nouveau, puisqu’il a débuté avec la mise en place du permis Vacances – Travail au début du XXIe siècle, il s’est considérablement accru ces dernières années.

Comment expliquer l’attractivité de ce pays auprès de la jeunesse française ? Quel est le profil de ces jeunes qui partent tenter leur chance outre-atlantique ? Est-il aussi simple que cela de s’installer et de trouver du travail au Canada ? Retour sur une tendance qui ne cesse de s’accentuer depuis une dizaine d’années.

La France et le Canada : deux pays partenaires et historiquement liés

Si les français partent par millier au Canada chaque année, c’est loin d’être un hasard ! Ces deux pays sont liés historiquement pour des raisons qui remontent au XVIe siècle. C’est l’époque de la colonisation et des premières expéditions françaises qui fondent la Nouvelle-France, un territoire qui recouvre quasiment la moitié de l’Amérique du Nord. Au cours des siècles suivants, des milliers de français suivront le chemin de leurs aînés pour s’installer outre-atlantique. Même si les forces françaises sont évincés d’Amérique du Nord par les britanniques en 1763, la France a conservé de nombreux liens avec ce qui deviendra le Canada, et particulièrement la province du Québec.

En témoigne les accords dits “Vacances-Travail” signés en 2003 entre les deux états afin de faciliter les démarches d’immigration respectives. C’est la naissance du Programme Vacances-Travail qui offre la possibilité aux jeunes français (entre 18 et 30 ans dans un premier temps, puis l’âge limite sera repoussé à 35 ans) de partir voyager et travailler au Canada pendant un an. Devant le succès grandissant du programme, les autorités françaises et canadiennes décident même d’allonger sa durée à deux ans à partir de 2015 !

Les visas pour partir au Canada : quelles possibilités ?

PVT : le visa Vacances-Travail

Même si cela n’est pas la seule option, le visa Vacances-Travail (aussi appelé PVT) demeure le plus populaire. Et pour cause, c’est celui qui offre le plus de flexibilité comme le rappelle Julie. « J’ai choisi de partir avec un PVT, car c’est le visa qui, à mon sens, offre le plus de libertés. Pendant deux ans, j’ai la possibilité de travailler n’importe où au Canada, quel que soit le domaine, sans que je sois liée avec un quelconque employeur. Je peux également prendre la décision de voyager à travers le pays si je le souhaite et cette liberté me convient très bien. »

« J’ai choisi de partir avec un PVT, car c’est le visa qui, à mon sens, offre le plus de libertés. Pendant deux ans, j’ai la possibilité de travailler n’importe où au Canada, quel que soit le domaine, sans que je sois liée avec un quelconque employeur. » - Julie, pvtiste de 24 ans.

Pour obtenir le fameux sésame, il faut être âgé de moins de 35 ans, s’inscrire sur le site de l’immigration canadienne et « attendre que les autorités canadiennes vous envoient une invitation à présenter une demande (IPD) de permis de travail » comme l’explique le site pvtistes.net. Le problème ? Certains ne reçoivent jamais d’invitations parce qu’il y a plus de candidats que de places proposées. Toujours selon le site pvtistes.net, le gouvernement canadien a délivré 7950 visas dits « Vacances–Travail » en 2018, un chiffre relativement constant depuis 2014. L’année 2017 fait figure d’exception avec ses 11 050 places débloquées par les autorités canadiennes. En revanche, le nombre de candidats s’accroît considérablement d’année en année ! 30 000 français ont tenté leur chance en 2018 alors qu’ils n’étaient que 20 000 en 2016.

Alternatives : les visas “Stage Coop international” et “Jeunes professionnels”

Il existe deux autres manières de disposer d’un permis de travail temporaire pour les jeunes : les visas “Stage Coop international” et “Jeunes professionnels”. Le premier concerne uniquement les étudiants qui souhaitent réaliser un stage sur le territoire canadien et le deuxième s’adresse à ceux qui possèdent un emploi temporaire (24 mois maximum) avant même d’arriver sur le territoire canadien.

D’ailleurs, il est possible de combiner les deux, comme s’apprête à le faire Lila qui doit repartir au Canada en février 2019. « Lors de l’année 2017/2018 j’ai décidé d’effectuer une année de césure encadrée par mon université. J’ai trouvé un stage de 6 mois à Montréal au sein d’une agence de communication spécialisée dans l’univers de la danse. Au terme du stage, mon employeur m’a proposé de m’embaucher après la fin de mon master. Je retourne donc à Montréal cet hiver et je bénéficierai d’un permis Jeune Professionnel, qui est valable deux ans. »

Si les quotas de ces deux visas ne sont quasiment jamais atteints, il faut se trouver dans une situation très précise pour pouvoir en bénéficier alors que le PVT, bien que plus sélectif, ne demande pas de statut particulier.

Le Canada : un cadre de vie et un état d’esprit qui attire

Parmi les milliers de français qui débarquent chaque année au pays du grand nord blanc, ils sont très nombreux à s’installer dans la province du Québec. Selon le consulat de France à Québec, sur les 23 000 personnes qui ont obtenu un permis de travail temporaire en 2015, 80% ont choisi la province québécoise comme lieu de résidence (dans la majorité des cas, Montréal ou la ville de Québec). Les raisons ? Pour des questions liées à la langue ainsi qu’à la réputation des villes de Montréal et de Québec.

« J’ai choisi le Canada et le Québec particulièrement parce que cela me permet de voyager et de travailler dans un pays étranger ou le français est une langue officielle. Par rapport à Montréal, cette ville jouit d’une très bonne réputation, ce qui rend la province du Québec encore plus attractive pour les français. Il ne faut pas non plus oublier le faible prix du billet d’avion entre la France et le Québec : depuis quelques années on peut trouver l’aller-retour pour moins de 500 euros ! » explique Adeline, âgé de 27 ans et en PVT au Canada depuis plus d’un an. Guillaume, développeur web et franco-canadien en devenir, met en avant les opportunités professionnelles que proposent le Canada et plus particulièrement Montréal.

« Cette ville est un tremplin pour les gens qui veulent voir autre chose que la France, sans prendre trop de risque car il n’y a pas de barrière linguistique. Mais c’est aussi intéressant d’un point de vue économique : de nombreux secteurs embauchent beaucoup, et les rémunérations sont souvent bien plus intéressantes qu’en France. »

L’informatique, la santé et les services sociaux, les technologies de l’information et de la communication, la finance, l’immobilier : tels sont les secteurs qui « embauchent beaucoup » et proposent des salaires plus élevés qu’en France, selon un article du journal Le Monde publié en juin 2018. Quant à Paul, multi-pvtiste qui arrive au terme de son PVT au Canada, c’est bien « le cadre de vie à la fois paisible et dynamique » qu’il retiendra de son expérience au Canada. Après avoir traversé le pays d’est en ouest, il a enchaîné les jobs dans la restauration à Montréal.

« Je me sens plus “détendue” dans cette ville où il y a beaucoup plus d’ouverture d’esprit (à mon sens) qu’en France. À mon avis, les gens sont plus respectueux ici et sont moins dans la routine métro-boulot-dodo comme c’est souvent le cas en France dans les grandes villes. Si je devais résumer toutes les raisons pour lesquelles j’ai apprécié le Canada et Montréal en particulier, je dirais que c’est grâce au cadre de vie. »Ce « cadre de vie à la québécoise » revient souvent quand on cherche à connaître les raisons pour lesquelles les français veulent s’installer dans la Belle Province. Comme ce fut le cas pour Guillaume qui a successivement enchainé permis d’études, permis de travail temporaire, résidence permanente et qui s’apprête à recevoir prochainement la nationalité canadienne.

« Je me suis très vite senti chez moi à Montréal. L’adaptation a été presque immédiate. Je veux avoir la nationalité pour avoir le choix de revenir ici quand je veux. Je me sens tout autant canadien que français après neuf ans ici. Si un jour j’ai des enfants, j’aimerais qu’ils aient les deux cultures. »

« Je me sens plus “détendue” dans cette ville où il y a beaucoup plus d’ouverture d’esprit (à mon sens) qu’en France. À mon avis, les gens sont plus respectueux ici et sont moins dans la routine métro-boulot-dodo comme c’est souvent le cas en France dans les grandes villes. » - Paul, pvtiste.

Selon le consulat de France à Québec, ils seraient entre 3 000 et 4 000 à s’établir chaque année au Québec sous le régime de la résidence permanente.« Le nombre de Français inscrits sur les registres consulaires de Québec a presque doublé depuis 2005, passant de 45890 à 80900 (+76%). » De plus, beaucoup ne sont pas inscrits auprès du Consulat, ce qui pourrait faire grimper ce chiffre officiel.

Mais le Québec n’est pas le seul point de chute des français immigrés au Canada. En 2015, parmi les 23 000 permis de travail temporaires délivrés à des français, ils étaient 4600, soit 20%, à s’installer dans d’autres provinces que le Québec, selon le service de l’immigration de l’ambassade du Canada en France. Un chiffre relativement faible mais qui a tendance à augmenter notamment grâce aux opportunités professionnelles que proposent d’autres villes : Toronto est par exemple réputé pour le secteur de la finance ou de l’immobilier, Vancouver présente des perspectives dans le domaine environnemental, touristique ou agroalimentaire, Calgary et son industrie pétrolière considérable, etc. Des villes différentes que Montréal ou Québec mais qui peuvent offrir un cadre de vie tout aussi confortable. D’autant plus que les autorités canadiennes souhaitent encourager l’immigration francophone dans les provinces anglophones afin de préserver la langue française. En témoigne l’événement Destination Canada par exemple, qui a lieu chaque année à Paris et à Bruxelles. Ce forum « met en avant les possibilités de vie et de travail au Canada dans les provinces et territoires autres que le Québec » selon le site internet de la manifestation.

Même si l’immigration française au Québec demeure largement majoritaire, les autres provinces pourraient attirer de nouveaux arrivants dans les prochaines années, notamment si le pays tout entier continue de jouir de cette excellente réputation.

Le Canada vu comme un véritable eldorado : un constat erroné ?

Une bonne réputation qui peut s’avérer trompeuse et masquer la réalité, parfois bien plus complexe. Anaïs, qui a réalisé un stage dans une association à Québec avant de revenir au Canada grâce au PVT, évoque les difficultés potentielles que peuvent rencontrer les nouveaux arrivants.

« Il faut arrêter de penser que le Canada est l’eldorado des jeunes français. Il y a, certes, énormément de points positifs, je ne dirais pas le contraire, mais il faudrait savoir nuancer les choses. Le système de santé, le problème d’équivalence de diplômes ou d’expériences, l’hiver qui peut s’avérer très rude, le fait que certains Québécois ou Canadiens sont parfois réticents à se lier d’amitié avec des français, etc. Toutes ces problématiques là devraient être plus souvent abordées. »

Adeline a travaillé dans la restauration pendant plusieurs mois à Montréal. Maintenant, elle propose ses services en communication grâce au statut de travailleur autonome, qui s’apparente au régime d’auto-entrepreneur français. Pour elle, c’est le mythe du « travail pour tout le monde » qui s’avère totalement erroné.

« Arriver sans travail à Montréal m’a paru très compliqué. Je me suis installée en hiver, saison creuse pour la restauration donc c’était très difficile de trouver un emploi. Je n’étais pas du tout préparée à cela. Ce genre d’information n’est pas assez communiqué d’après moi. C’est loin d’être l’eldorado et il vaut mieux en être conscient dès le départ. Il y a des domaines (dont celui de la communication) qui sont tout aussi bouchés qu’en France. En plus de ça, les références antérieures acquissent en France sur notre CV ne valent quasiment rien ici. »

Outre le problème de l’équivalence des diplômes, c’est bien l’ultra flexibilité du marché du travail qui peut surprendre les jeunes français. Au Québec, comme dans le reste du Canada, c’est le système du “hired-fired” qui fonctionne ! Il est facile de passer d’un job à un autre, parfois même dans des secteurs différents mais une entreprise peut aussi renvoyer un salarié en un temps record. Ce qui contraste radicalement avec le système français, un modèle qui protège davantage les travailleurs mais qui a tendance à rendre le marché du travail plus rigide.

« Le système de santé, le problème d’équivalence de diplômes ou d’expériences, l’hiver qui peut s’avérer très rude, le fait que certains Québécois ou Canadiens sont parfois réticents à se lier d’amitié avec des français, etc. Toutes ces problématiques là devraient être plus souvent abordées. » - Anaïs, pvtiste au Québec.

Le rêve canadien : un mythe à nuancer !

En définitive, l’immigration des jeunes français vers le Canada, le Québec pour la plupart d’entre eux, s’est considérablement développé avec la mise en place du Programme Vacances-Travail au début des années 2000. Ce permis de travail est largement plébiscité par les français qui veulent partir à l’aventure outre-Atlantique même s’il en existe d’autres, comme le permis “Jeunes Professionnels” par exemple. Après leur PVT, ou leur stage, certains se lancent même dans de longues démarches administratives pour obtenir successivement le statut de “Résident permanent”, et la nationalité canadienne. Cela s’explique par diverses raisons : l’attractivité de ce pays et de villes comme Montréal mais aussi la volonté du gouvernement canadien de recourir à l’immigration pour pallier au manque de main d’œuvre dont souffre le pays.

Cependant, les ressentis des uns et des autres montrent bien qu’il faut nuancer le “rêve canadien” afin d’éviter de trop grandes désillusions. Bien que le pays se porte bien d’un point de vue économique, le Canada doit faire face à des problématiques sociales et culturelles qui lui sont propres. La question de l’intégration des nouveaux arrivants, qu’ils soient français, d’origine latino-américaine ou autre, représente un défi majeur pour ce pays qui veut accueillir 1 million d’immigrants avant 2020.

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Thibaut Camboulives

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