Entre juridique et relationnel : le métier de notaire

Le métier de notaire, entre juridique et relationnel

À 32 ans, Antoine Morel d’Arleux est notaire associé dans une étude familiale depuis 2017. Pour Welcome to the Jungle, il décrypte les missions de cette profession qui combinent connaissances juridiques et capacités d’écoute et d’empathie.

Quel parcours as-tu suivi pour devenir notaire ?

J’ai suivi le parcours universitaire classique : après une licence en droit, j’ai intégré un Master 1 puis un Master 2 en droit notarial. Une formation que j’ai complétée l’an dernier par un diplôme universitaire en gestion de patrimoine. Après une première expérience professionnelle dans une étude dans les Yvelines, j’ai rejoint en 2014 l’étude Morel d’Arleux. J’y suis désormais notaire associé depuis 2017.

Pourquoi t’es-tu engagé dans la voie du notariat ?

J’avoue que ce n’était pas forcément mon premier choix. Après mon bac, je me suis inscrit en fac de droit un peu par défaut, mais je savais que cette formation était suffisamment généraliste pour ne pas me fermer de portes. J’étais tenté par le journalisme et le théâtre mais mon père, qui était notaire dans cette étude venait de partir à la retraite et l’un de ses associés, qui est aujourd’hui devenu l’un des miens, m’a convaincu de le rejoindre.

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Comment définirais-tu le métier de notaire ?

Le notaire est un officier public bénéficiant d’une délégation de puissance publique c’est-à-dire de l’Etat et est nommé par le Garde des Sceaux. Son rôle consiste à authentifier et rédiger les actes qui concernent l’immobilier et la transmission de patrimoine, soit par les donations du vivant, soit par le décès. Personnellement, je qualifie souvent le notaire de « médiateur familial » qui intervient à toutes les grandes étapes de la vie de famille.

Le rôle du notaire consiste à authentifier et rédiger les actes qui concernent l’immobilier et la transmission de patrimoine, soit par les donations du vivant, soit par le décès.

Quelles sont les missions d’un notaire au quotidien ?

Le notaire intervient de manière obligatoire lors d’une vente ou d’une acquisition immobilière, ce qui représente environ 45% de notre activité, mais aussi à chaque fois que vous voulez transmettre du patrimoine. En cas de décès pour une succession, c’est lui qui va prendre en main le dossier de succession, calculer les impôts que vous devez payer à l’Etat, contacter tous les organismes nécessaires… Il intervient également à chaque fois que vous voulez transmettre du patrimoine par une donation à un parent, en participant notamment à la rédaction de votre testament. Par ailleurs, le notaire est l’autorité compétente pour les contrats de mariage, les PACS, l’organisation du patrimoine de la famille. Le notaire est à vos côtés de votre mariage jusqu’à votre décès.

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D’autres missions, qui étaient auparavant dévolues aux juges, sont désormais attribuées au notaire car la justice cherche à se départir de missions qui lui prennent trop de temps : c’est notamment le cas des divorces par consentement mutuel, des vérifications de testament ou des dossiers d’adoption et de consentement liés à des procréations médicalement assistées.

À quoi ressemble ta journée type ?

Mon quotidien est essentiellement rythmé par des rendez-vous avec des clients. Le matin, je peux recevoir une famille pour un dossier de succession, puis une autre pour une donation. À l’heure du déjeuner, je relis et vérifie les projets d’actes de l’après-midi (les collaborateurs de l’étude, que l’on appelle des clercs, sont chargés de produire les actes qui sont ensuite relus par les notaires avant d’être signés, ndlr) puis je peux enchaîner un rendez-vous pour une vente immobilière et un autre pour un projet de gestion de patrimoine. Ce qui est intéressant, c’est que le notaire travaille sur des domaines juridiques très transversaux : droit civil, fiscal, commercial, droit des sociétés et de l’urbanisme…

Ce qui est intéressant, c’est que le notaire travaille sur des domaines juridiques très transversaux.

Quelle facette de ce métier apprécies-tu particulièrement ?

Le sel et à la fois la difficulté de ce métier, c’est justement de passer d’un rendez-vous à l’autre où, juridiquement, les dossiers n’ont rien à voir. Idem sur le plan humain : on travaille sur un contrat de mariage où l’on reçoit de jeunes amoureux souriants puis, dans la foulée, on accueille une famille qui se déchire sur une succession. C’est un peu le yoyo sentimental et intellectuel en permanence. Cela nécessite une bonne souplesse d’esprit et d’être capable de faire le vide dans sa tête pour ne pas laisser transparaître ses réflexions et ses états d’âme à ses clients. Un jeune couple ne comprendrait pas que vous ayez l’air préoccupé au moment de signer leur contrat de mariage ! Il faut avoir la même disponibilité et la même écoute pour chacun. Ce que j’aime particulièrement dans ce métier, c’est d’être tout le temps en contact avec des gens, de connaître leur histoire, une partie de leur vie familiale. C’est une relation de confiance qu’il faut savoir instaurer.

On travaille sur un contrat de mariage où l’on reçoit de jeunes amoureux souriants puis, dans la foulée, on accueille une famille qui se déchire sur une succession.

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Comment fais-tu pour être en permanence à jour sur le plan juridique ?

Les notaires doivent justifier d’un certain nombre d’heures de formations chaque année. En parallèle, nous menons une veille juridique permanente pour connaître l’évolution de la législation dans tous les domaines du droit que nous couvrons, notamment en lisant régulièrement les revues juridiques auxquelles nous sommes abonnés.

Quels sont les difficultés et challenges auxquels le notaire est confronté ?

Si je fais ce métier, c’est non seulement parce que je m’entends bien avec mes associés et que je me suis dit que ce serait une aventure humaine, mais aussi parce qu’il y avait la perspective d’être chef d’entreprise. En arrivant dans l’étude familiale, je me suis fixé comme objectif de développer cette structure qui, certes, marchait déjà très bien mais qu’il fallait faire entrer dans le XXIème siècle.

Nous avons fait d’importants travaux d’aménagement dans nos bureaux, nous avons embauché une chargée de communication, ce qui n’est pas courant dans le notariat, mais aussi avec l’élaboration de supports de communication modernes, la réalisation d’une refonte entière de notre site Internet, une présence sur les réseaux sociaux… L’objectif est de développer le dynamisme de l’étude.

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Comme les jeunes entreprises d’aujourd’hui, nous sommes sensibles à la question du bien-être au travail. Nous nous sommes équipés d’une salle de sport où un coach sportif vient chaque semaine donner des cours de relaxation et de renforcement musculaire. Nous avons mis en place un certain nombre de dispositifs et services qui n’étaient pas habituels dans ce métier pour anticiper et faire face aux évolutions de la profession avec l’éventuel suppression du monopole et l’arrivée de nouveaux notaires sur le marché.

Comment font les notaires pour trouver de nouveaux clients ?

Le bouche-à-oreille est primordial dans notre métier. Le notaire est vu comme une personne de confiance qui vous accompagne tout au long de votre vie et il est très courant que nous soyons recommandés par nos clients auprès de leur entourage. Cela ne nous dispense pas de faire de la prospection active, en multipliant les déjeuners et rendez-vous avec des avocats et des banquiers qui sont pour nous des apporteurs d’affaires.

Le bouche-à-oreille est primordial dans notre métier.

Par ailleurs, même si nous souhaitons rester une étude généraliste, nous avons développé des services particuliers (philanthropie et gestion de patrimoine, service de droit international privé, de négociation et expertise immobilière) qui nous permettent d’élargir notre cible et de nous positionner sur des problématiques plus précises.

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Quelle satisfaction tires-tu de cette activité ?

Ce qui me stimule, c’est de voir dans les yeux de mes clients une satisfaction et un apaisement, d’entendre leurs remerciements, de sentir que j’ai pu les aider en leur apportant des connaissances juridiques qu’ils n’ont pas. C’est vraiment ça qui me donne envie de me lever le matin.

En revanche, c’est un métier très prenant qui nécessite une grande disponibilité. Aujourd’hui, la société nous impose une réactivité quasi immédiate qui n’est pas toujours compatible avec notre activité où nous devons analyser des éléments dans le détail et de façon scrupuleuse pour ne pas commettre d’erreur.

Ce qui me stimule, c’est de voir dans les yeux de mes clients une satisfaction et un apaisement. C’est vraiment ça qui me donne envie de me lever le matin.

Selon toi, quelles qualités faut-il avoir pour être notaire ?

De l’empathie, de l’écoute, de la bienveillance, mais aussi une soif de connaissances juridiques insatiable. Vous avez beau être la personne la plus sympathique du monde, si vous n’avez pas la technicité juridique, vous n’y arriverez pas.

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Quels conseils donnerais-tu à celles et ceux qui souhaiteraient s’orienter dans cette voie ?

Je leur dirais de se lancer parce que c’est une profession qui offre de nombreuses perspectives et qui est très appréciée par nos clients, toutes les études d’opinion le montrent. Par ailleurs, du fait de la diversité des sujets que le notaire doit traiter, on ne s’ennuie jamais. Je leur dirais aussi de multiplier les stages dans des études, d’accompagner des notaires déjà installés lors de leurs rendez-vous pour bien comprendre la relation humaine qui s’y joue.

Comment la profession est-elle amenée à évoluer ?

Avec la libéralisation du marché et l’augmentation du numerus clausus (nombre de notaires qui peuvent s’installer chaque année, fixé par l’Etat, ndlr), il est plus facile aujourd’hui de s’installer en tant que notaire, ce qui a pour conséquence de renforcer la concurrence. Les études ont donc tendance à se spécialiser davantage. Même si l’on observe, comme chez les médecins, que l’on reste souvent notaire toute sa vie, il est toutefois possible de se reconvertir dans l’immobilier ou la gestion de patrimoine, si la profession ne correspond plus à ses attentes.

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Photo d’illustration by WTTJ

Mélanie Rostagnat

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