« Mon N+1 et N+2 se font la guerre » : comment gérer ?

Mon N+1 et mon N+2 se font la guerre : comment gérer ?

Entre eux deux, la guerre est déclarée. Votre N+1 et N+2 ont fourbi leurs armes et montent au créneau pour asseoir leur pouvoir. Au milieu, il y a vous, pris.e entre deux fronts. On appelle cela une triangulaire. Terme psychanalytique qui désigne une relation à trois et qui s’applique aussi dans cette bataille de haute cour. Face à cette situation, pouvez-vous demeurer en zone blanche, sans prendre parti ? Ou choisir votre camp ? Que faire de toutes ces émotions qui vous assaillent ? Et si la désertion était l’unique issue de secours ? Retrouvez ici des témoignages et conseils inspirants.

Lorsque votre N+1 et un N+2 se prennent le bec, c’est un peu comme si vous assistiez en direct au divorce de vos parents. Il n’est pas rare que l’un ou l’autre vous pousse à choisir un camp. « Déjà, rien que le fait que les tensions entre un N+1 et N+2 se ressentent jusque dans les équipes, témoigne qu’ils sont sortis du cadre professionnel. Car normalement, c’est leur responsabilité de bien s’entendre, ou du moins de ne pas vous faire ressentir leurs désaccords », introduit Marianne Olivier, coach, formatrice et fondatrice de Pishiki Mikana.

Un impact émotionnel fort

Ce malaise, Noémie l’a ressenti. Âgée de 35 ans, cette chargée de mission dans une instance publique a été recrutée par sa directrice et N+1, personnalité avec laquelle elle avait un excellent feeling. Au fur et à mesure des mois, la jeune femme se rend compte que sa directrice ne s’entend absolument pas avec le Président. « Un jour, elle m’a hurlée dessus en me disant “tu ne peux pas dire cela au Président, tu dois toujours passer par moi et faire attention à ce que tu dis”. Je l’ai alors immédiatement recadrée, car j’ai subi par le passé du harcèlement de la part de ma boss, et je ne peux plus le supporter. » Étant encore en période d’essai, Noémie joue immédiatement cartes sur table, refusant de faire office de tampon, « même si au fond de moi, je lui faisais confiance », ajoute-t-elle. Par la suite, elle a appris de ses collègues que cette triangulaire s’était déjà produite avec d’autres collaborateurs.rices.

Résultat des courses, la directrice de Noémie a fini par partir en arrêt maladie puis a démissionné. De son côté, Noémie est actuellement à la recherche d’un nouveau job, ne se sentant pas de travailler sous la coupe du Président avec lequel elle n’a pas un bon ressenti. « Je ne veux pas mettre mon énergie dans un cadre où je me sens mal. La vie est trop courte ! », lance-t-elle.

Lire aussi dans notre rubrique : Workers

5 conseils pour soutenir un proche après un licenciement

Une perte de temps conséquente

Cette rivalité entre N+1 et N+2, Julien l’a vécue lui-aussi, mais elle ne l’a pas ébranlé personnellement. En revanche, elle a affecté et retardé son travail. Ce jeune actif de 29 ans évolue dans une agence de création de site web. Il nous raconte que l’affrontement entre ses deux chefs était très pragmatique. Avant une présentation à un client, son N+2 lui faisait un retour contradictoire à celui de son N+1. Résultat : Julien perdait un temps fou dans ces allers-retours incessants. En dehors de ces points de discorde, les relations entre les deux protagonistes étaient très tendues. Visiblement, il s’agit ici d’une constante dans le top management de son entreprise, « une vraie bataille de mâles alphas », plaisante-t-il. Fort heureusement, ce combat de coqs ne l’a pas affecté humainement. Julien a pris les devants et a purement et simplement arrêté de demander la validation de ses supérieurs avant une présentation. « Je n’avais pas envie de prendre position, sans compter qu’honnêtement, les retours de mes supérieurs ne m’intéressent pas vraiment car ils ne sont plus du tout dans la production. Au final, les clients sont très satisfaits, et mon N+1 et N+2 me laissent travailler en autonomie », raconte-t-il.

Quelles sont les conséquences de cette situation ?

Comme on peut le voir à travers ces deux témoignages, les principales conséquences sont à la fois la création d’une ambiance de travail délétère qui génère du désengagement; mais aussi une forme de dissonance dans les directives qui pénalise le travail des collaborateurs.rices. C’est ce que l’auteur et conférencier Franck Martin appelle « la double contrainte ». « Autrement dit, lorsque les salarié.e.s reçoivent des demandes contradictoires, et qui aboutissent donc irrémédiablement à une non satisfaction de l’une des deux parties », nous explique-t-il.

Dans ce qu’il nomme « l’entreprise contenante », tout collaborateur.rice doit normalement bénéficier d’un cadre sécurisant, dans lequel les règles du jeu sont identiques pour tout le monde, et respectées. Ce cadre constitue la base primaire pour permettre à chacun.e de s’exprimer et s’affirmer dans une relation de confiance et de complicité. En outre, « c’est normalement le rôle des managers et dirigeants de s’assurer du respect de ce cadre et de la fluidité des relations », poursuit-il. On comprend donc aisément que les répercussions des tensions entre un N+1 et N+2 sont importantes, sans oublier qu’en se confrontant directement à son N-1, le N+2 sape son autorité auprès des équipes !

Comment réagir face à cette situation ?

1. Prendre de la distance émotionnellement

Un N+1 et N+2 qui haussent le ton et demandent à leurs salarié.e.s de se rallier à leur cause, c’est éreintant. Et ne croyez pas que le télétravail ait épargné les travailleurs de ce type de situation. Les requêtes contradictoires peuvent émaner des messageries instantanées et devenir même encore plus envahissantes, sans compter les informations qui circulent en off sur les groupes parallèles type WhatsApp.

Ce qu’il faut retenir, c’est que lorsque le conflit entre un N+1 et un N+2 est étalé sur la place publique, le collaborateur.rice tombe dans un champ miné. « Dans ce genre de relation à trois, il y a toujours une victime, un bourreau et un sauveur. Et malheureusement, en tant que subalterne, vous allez forcément endosser celui de victime si vous vous impliquez dans le conflit », explique Marianne Olivier. Alors, la prudence s’impose. Prenez le maximum de distance affective afin de remettre du cadre professionnel. Cela est d’autant plus important que vous avez déjà été confronté.e à ce type de triangulaire par le passé, que ce soit dans sa vie pro ou perso.

2. Revenir au réel

Pour vous détacher émotionnellement, la coach invite tout simplement à revenir au réel, ce qui explique votre présence dans l’entreprise : un contrat de travail, une fiche de poste, une mission. « Essayez au maximum de minimiser l’affect », renchérit-elle. De manière très pragmatique, elle rappelle que le sport, les loisirs et la vie sociale sont également des moyens très efficaces pour ne pas trop cogiter.

3. Éviter de s’exprimer sur le sujet à la cafét’

Même si c’est tentant, évitez de parler de ce conflit avec vos collègues à la pause déj. Déjà, cela va accroître votre prise de tête alors que l’objectif est que ce conflit ne vous pollue pas le cerveau, mais en plus, vous recevrez potentiellement des informations contradictoires. « Même si vous avez certainement un avis, je recommande de ne pas vous exprimer sur le sujet, même entre collègues, car tout ce que vous direz fuitera forcément à un moment ou un autre », poursuit la spécialiste.

Autre situation possible : vous êtes très proche de l’un.e des membres de votre équipe. Vous pouvez alors être tenté.e de lui parler. « Vous pouvez le faire, mais attention, chacun joue ses propres cartes dans l’entreprise, c’est humain. Vous ne savez pas à l’avance quelle sera l’issue du conflit, pas plus que vous n’en connaissez les origines réelles. Souvent, l’un des deux protagonistes a l’air plus sympathique qu’un autre. Mais tant que l’on n’est pas dans le lit d’une relation, on en ignore les dynamiques », affirme la coach.

4. À qui faut-il jurer fidélité ?

Si vous avez bien suivi le premier paragraphe, vous saurez que la réponse est claire et nette : vous n’avez à jurer fidélité à personne ! « Aujourd’hui, les entreprises jouent beaucoup sur l’engagement et la motivation, et cela flirte souvent avec les limites affectives. Lorsque le conflit ne tourne pas autour d’aspects techniques mais des valeurs, cela vient titiller ce qui vibre en vous », poursuit Marianne Olivier. Mais une fois de plus, pensez que vous n’êtes pas lié.e à des personnes, mais à une entreprise. Tenez-vous en à votre obligation de résultats. Sans oublier que dans votre contrat de travail, vous devez répondre directement à votre N+1, même si la logique pourrait vous porter à vous ranger du côté du N+2, qui a théoriquement plus de pouvoir.

5. Renvoyer les principaux protagonistes à leurs contradictions

Si vous êtes dans une entreprise où la culture du dialogue n’est pas promue et que le cadre professionnel n’est pas respecté, vous devez vous protéger en renvoyant chacun à ses responsabilités et en demeurant très factuel. Comment ? En agissant comme un miroir face à vos N+1 et N+2. « Évitez les altérations de la réalité (interprétations, lecture dans les pensées d’autrui..). Soyez très contextuel en montrant que vous êtes pris entre deux feux, et démontrez de manière précise l’impact que leurs demandes contradictoires ont sur votre travail. Rappelez à vos managers qu’ils doivent accorder leurs violons et partager la même vision sans quoi vous ne pouvez pas avancer », conseille Franck Martin.

6. Recourez à un tiers si nécessaire

Si vous vous sentez oppressé.e par cette situation et qu’elle vous fait souffrir émotionnellement, n’hésitez pas à rechercher de l’aide. D’abord auprès des RH ou un délégué du personnel (mais on verra plus tard qu’un recours collectif est préférable si la situation dégénère). La médecine du travail est également un bon outil d’alerte. « En ce qui concerne les RH, leur pouvoir d’action dépend malheureusement souvent de la culture d’entreprise », tempère Franck Martin.

D’un point de vue plus personnel, il est important que vous puissiez observer ce qui se passe en votre for intérieur, et comprendre peut-être ce que cela réveille en vous, surtout si vous avez déjà vécu ce type de situation au préalable (manipulation, conflit intense, harcèlement…). « Car dans ce cas, vous êtes une proie potentielle, et vous devez encore plus vous protéger pour ne pas vous laisser manipuler inconsciemment et reproduire des schémas antérieurs. L’idée est de comprendre en quoi on a pu participer, sans le vouloir bien sûr, à ce type de schéma toxique », affirme Marianne Olivier.

7. Agissez en groupe si nécessaire

Si vous décidez d’alerter votre top management, Marianne Olivier conseille de faire un recours collectif pour ne pas s’exposer seul.e. Il ne s’agit plus des discussions de comptoir que nous vous avions déconseillées plus haut dans l’article, mais d’une action constructive si le cadre de travail nuit aux performances. « Gardez en tête que le top management ne sait souvent pas ce qui se passe en dessous, contrairement à ce que l’on peut imaginer. Si le conflit va trop loin, il est essentiel de les alerter », recommande Marianne Olivier. Même son de cloche du côté de Franck Martin : « Le recours collectif est obligatoire si l’on constate une problématique commune à plusieurs collaborateurs.rices. Par contre, il est important de fixer des règles dans ce recours afin que le porte-parole ne se retrouve pas lâché par le reste de l’équipe au dernier moment. »

Pour rassembler des preuves, n’hésitez pas à consigner les choses par écrit. Par exemple : un email à vos N+1 et 2 dans lequel vous exposez les demandes contradictoires qui vous ont été formulées, ou encore des chiffres démontrant l’impact du conflit sur la productivité de l’équipe. Ces traces écrites vous permettront de présenter des preuves solides face aux RH et à la Direction

Et si rien ne bouge ?

Si, en dépit de vos alertes, rien ne change, et que vous ne supportez plus la situation, l’ultime décision peut être de chercher un nouvel emploi, comme l’a décidé Noémie. « Réfléchissez : quel est le prix de votre travail ? Vaut-il de vous retrouver dans une situation intenable ? Toutefois, la démission est une issue qui n’est pas forcément fréquente dans cette situation. Car n’oubliez pas, le conflit ne se passe pas à votre niveau.. Il existe de nombreux leviers d’alerte avant d’en arriver là ! », affirme Marianne Olivier.

Pour Franck Martin, il peut être intéressant de vous mettre en recherche d’emploi afin de pouvoir challenger vos N+1 et N+2 en mettant sur la table une proposition d’embauche, et leur demander d’agir une bonne fois pour toutes à l’unisson. « Si vous êtes très attaché.e à l’entreprise mais avez vraiment besoin que les choses changent, cela peut fonctionner. Mais si votre coupe est pleine et que malgré ce que vous avez entrepris, rien ne bouge, mieux vaut peut-être voguer vers d’autres horizons », conclut l’expert.

Article édité par Manuel Avenel, photo Thomas Decamps pour WTTJ

  • Ajouter aux favoris
  • Partager sur Twitter
  • Partager sur Facebook
  • Partager sur Linkedin

Pour aller plus loin

Les derniers articles

Suivez-nous !

Chaque semaine dans votre boite mail, un condensé de conseils et de nouvelles entreprises qui recrutent.

Vous pouvez vous désabonner à tout moment. On n'est pas susceptibles, promis. Pour en savoir plus sur notre politique de protection des données, cliquez-ici

Et sur nos réseaux sociaux :