« Une entreprise peut se développer tout en gardant ses valeurs écoresponsables »

23 janv. 2023 4min

« Une entreprise peut se développer tout en gardant ses valeurs écoresponsables »
auteur.e
Marlène Moreira

Journaliste indépendante.

De l'époque où elle ne se payait pas à la construction d’un écolieu à 6 millions d’euros… Retour sur l’aventure de Laëtitia Van De Walle, fondatrice de la marque de produits zéro déchet Lamazuna.

Fascinée par les histoires de business des clients de son père, kinésithérapeute, Laëtitia était pourtant loin d’imaginer entreprendre dans le secteur de la beauté. « Je n’étais pas une fille très “fille”. En revanche, j’ai toujours eu envie de faire, d’agir », confie-t-elle. En 2010, alors qu’elle n’a que 25 ans, elle décide de changer sa façon de consommer à travers un premier geste simple : remplacer ses cotons démaquillants et sa lotion par une alternative plus durable. Un premier pas presque anodin, qui la met sur le chemin de l’entrepreneuriat. Convaincue par le bien-fondé de sa démarche, elle cumule les petits boulots pour financer son quotidien et la fabrication de ses premiers produits d’hygiène et de beauté zéro déchet. « À un moment, j’avais 4 ou 5 jobs en parallèle : je servais dans un restaurant le midi, j’étais commerciale pour une marque de décoration la journée, j’organisais des marchés le week-end, énumère-t-elle. Il m’a fallu 5 ans pour me dégager un SMIC avec Lamazuna et me concentrer uniquement sur son développement. »

Une première boutique… 6 mois après le premier recrutement

Alors, son projet décolle : elle embauche un premier salarié, puis un second. Des moutons à cinq pattes qui l’épaulent dans le développement de sa marque et avec qui elle se frotte au management. « À l’époque, je lisais beaucoup de livres sur les entreprises humanistes, les entreprises libérées… Et je me tenais à l’écart du monde des entrepreneurs car je ne voulais pas être découragée dans ce que je voulais mettre en place pour Lamazuna », confie-t-elle. Chaque jour, elle demande à ses salariés ce qu’ils ont aimé faire de leur journée, afin de leur construire progressivement un poste sur-mesure. Une approche inhabituelle qui porte ses fruits, puisqu’ils ouvrent ensemble la première boutique parisienne 6 mois seulement après son premier recrutement. « Je crois que ce n’est qu’à ce moment-là que Lamazuna est devenu concret pour ma famille, mes proches, mes amis, explique-t-elle. Jusqu’ici, ils me voyaient faire le tour de France en parlant de zéro déchet et vendre mes produits sur des marchés… Mais avec cette boutique, tout le monde a pu voir que c’était bien plus que cela. »

Un handicap, mais jamais de doute

Après le succès de ses lingettes démaquillantes, Laëtitia cherche à développer sa gamme. « Un jour, j’ai vidé la poubelle de ma salle de bain puis je me suis dit que j’allais créer une alternative zéro déchet à chacun des produits qui s’y trouvait », explique-t-elle. Or, Laëtitia part avec un handicap… qui se révèle être un formidable atout : elle ignore tout du monde de la beauté. « Cela m’a permis de ne pas me mettre de barrière, de ne pas soupçonner que je m’attaquais à des sujets si complexes, partage-t-elle. Quand on a voulu développer des déodorants et des dentifrices solides, par exemple, il n’existait pas de produits similaires en France. On a simplement envoyé un cahier des charges à un laboratoire, en pensant que ce serait simple. Je ne soupçonnais pas que cela pouvait être un si grand challenge… Mais tant mieux, car on a réussi. »

Car Laëtitia est loin de chercher la facilité : tous les produits Lamazuna sont 100 % zéro déchet et d’origine naturelle, les accessoires réutilisables et fabriqués à partir de matières durables et recyclables. « On se rajoute plein de contraintes et de challenges en voulant faire des produits bio ET vegan ET made in France. Beaucoup de concurrents sortent des produits beaucoup plus faciles à formuler », reconnaît-elle. Et si, juste une fois, elle faisait du « made in China » pour souffler un peu ? « Jamais ! Parfois c’est difficile, on se met des bâtons dans les roues tout seul, mais je n’ai jamais eu de doute ou de regret. »

« C’est toujours important de garder les yeux ouverts, de ne pas regarder le reste du monde par le petit bout de notre lorgnette. »

Une team atypique avec les pieds sur terre

Pendant plusieurs années, Laëtitia développe une équipe très atypique autour d’elle. « On a embauché un ancien ingénieur en géologie comme responsable logistique, un réfugié politique afghan, ou encore un jeune roumain rencontré dans la rue et qui ne parlait pas un mot de français… Pour moi, cela donne du corps à l’équipe, cela donne du sens à ce que l’on fait », partage-t-elle.

Et si certains sont très engagés dans l’écologie, d’autres en sont très loin. Car ce qui compte pour Laëtitia, c’est de garder les pieds sur terre. « Il y a quelques années seulement, le zéro déchet ne parlait à personne, ajoute-t-elle. Alors c’était et c’est toujours important de garder les yeux ouverts, de ne pas regarder le reste du monde par le petit bout de notre lorgnette. Aujourd’hui encore on cherche à accompagner le maximum de personnes dans notre démarche, et surtout pas à passer pour des intégristes. » Ses objectifs : conduire vers le zéro déchet en éduquant, être un laboratoire d’idées inspirantes et devenir un pollinisateur d’expériences.

Faire déménager toute une équipe à 600 km ? Même pas peur !

Si le bureau parisien de Lamazuna est exemplaire sur la gestion des déchets d’hygiène et de logistique, Laëtitia est atterrée par le volume de déchets produits par les pauses déjeuners de toute l’équipe. « J’ai eu envie de troquer nos tickets-restaurant contre un jardin en permaculture, afin d’aller plus loin dans notre démarche zéro déchet, se souvient-elle. Or à Paris et autour, tout était trop cher… C’est comme ça que l’on a commencé à chercher à quitter l’Île-de-France. » La Drôme s’impose alors comme une évidence. Premier territoire bio en termes de surface cultivée, il permettait aussi à l’entreprise de se rapprocher de ses fournisseurs. « On est arrivés au cœur de l’action ! », s’enthousiasme Laëtitia. Alors, onze de ses quinze salariés la suivent dans sa démarche et déménagent avec elle dans le sud de la France. « Ce n’était qu’une folie de plus », s’amuse-t-elle. Une folie à 6 millions d’euros, tout de même.

Plus qu’un bureau, Laëtitia achète un terrain de 6 hectares pour faire construire un écolieu, qui vise l’autonomie et l’exemplarité, et sera le siège social de l’entreprise. Un lieu atypique qui accueille déjà leur nouveau laboratoire, un potager de plusieurs centaines de mètres carrés et des espaces pour des séminaires d’entreprise. Et qui s’étoffera bientôt avec un restaurant d’entreprise ouvert au grand public, une micro crèche d’entreprise et un « jardin remarquable » en permaculture ouvert au public. Bref, un véritable lieu de vie, en accord avec les valeurs de la marque. « Après avoir emménagé dans la Drôme avec toute l’équipe parisienne, on a connu une sorte de sérénité. Pendant six mois, on a senti qu’on avait atteint une vraie force d’entreprise », partage-t-elle. Et malgré une période de COVID qui a touché Lamazuna – comme beaucoup d’autres –, Laëtitia reste tournée vers l’avenir. « Avec ce site, on veut démontrer qu’une entreprise peut se développer, tout en gardant ses valeurs écoresponsables et en contribuant à la qualité de vie des collaborateurs », revendique-t-elle. Un pari déjà (presque) réussi.

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Article édité par Ariane Picoche

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