Contre le burn-out de fin d’année… adoptez la méthode « ça ira bien » !

19 déc. 2022 3min

Contre le burn-out de fin d’année… adoptez la méthode « ça ira bien » !
auteur.e
Sandra Fillaudeau Expert du Lab

Fondatrice de Conscious Cultures et créatrice du podcast Les Équilibristes

TRIBUNE - Vie pro, vie perso, équilibre, frontières à placer ou à effacer… Comment fait-on en tant qu’individu ou entreprise, pour garantir le bonheur et la réalisation de soi, au travail comme à la maison ? C’est le questionnement perpétuel de notre experte du LAB, Sandra Fillaudeau (1), créatrice du podcast Les Équilibristes et de la plateforme de conseil pour entreprises “Conscious Cultures”. Chaque mois, pour Welcome to the Jungle, elle nous livre son regard juste et mesuré sur un épisode de nos vies de travailleurs.

« Je suis sous l’eau », « Je ne touche pas terre », « Cette fin d’année est un tourbillon », « J’ai l’impression d’être dans une machine à laver ». Autour de moi, client·es ou proches, les métaphores ne manquent pas pour qualifier cette fin d’année 2022, vécue par beaucoup comme très intense. Peut-être plus intense encore que les fins d’années habituelles, avec ce contexte global un peu morose qui ne nous aide pas à voir les choses du bon côté…

La fin de l’année civile, c’est le paroxysme du brouillage pro/perso.

En première cause : ce cumul sans fin des charges mentales, avec des to-do pro et perso qui se mêlent et s’entremêlent (que celui ou celle qui n’a jamais acheté un cadeau en ligne au bureau jette aux autres la première pierre !).

Mais, c’est aussi le moment de l’année où l’on en apprend sûrement le plus sur ses collègues : entre les pots de Noël où les familles sont parfois conviées, les discussions sur les choix de cadeaux à faire, ou les repas que l’on redoute ou attend avec impatience, les fêtes de fin d’année nous donnent bien souvent un aperçu de l’intimité de nos collègues auquel on n’a pas accès le reste du temps.

Le pot de Noël, c’est d’ailleurs un sujet récurrent dans les films et la littérature, souvent présenté comme le moment où les gens “se lâchent” et dévoilent leur côté plus festif (voire en dévoilent trop d’ailleurs !).

Mais la légèreté et la chaleur de cette période, symboles de retrouvailles avec nos proches, d’abondance de nourriture et de belles intentions, ne suffisent bien souvent pas à compenser le stress qui l’accompagne.

Oui, oui, c’est pour tout le monde pareil

Quelle que soit la personne à qui je parle, c’est le même discours qui revient depuis quelques semaines. Qu’il s’agisse de personnes travaillant dans la finance (« on a la clôture »), dans le marketing (« on a les budgets à finaliser ») ou dans les services publics (« les usagers sont sous tension, alors nous aussi ») , le sentiment est le même : « Pour nous c’est pas pareil, pour nous cette période est encore pire ».

Que l’on sauve des vies, ou pas, le sentiment d’urgence prédomine. Le rythme est frénétique. Il faut tout rentrer, au chausse-pied.
(Et je dis ça, en m’intégrant dans le lot – mon métier d’entrepreneure qui travaille sur les sujets d’équilibre de vie ne m’immunisant pas totalement de cette frénésie, et m’équipant peut-être simplement de réflexes de questions et de prise de recul qui aident bien).

Le sentiment d’urgence n’est donc, bien souvent, que ça : un sentiment. Sur lequel on peut donc travailler.

Alors on fait quoi ?

Parfois, je rêve qu’on se réunisse tous en petits groupes et qu’on se dise : « Allez, on arrête la course ? On se calme ? Ok, on arrête ! ». On se taperait ensuite dans la main, et on s’autoriserait à souffler, à repousser des choses, à dire non.

Clairement, sous cette forme-là, ça n’arrivera pas. Mais si on s’en rapprochait, ça donnerait quoi ?

Ça donnerait ça : décider, individuellement, d’alléger, partout où c’est possible. Alléger la pression, les tâches, les échanges en présentiel comme en distanciel. Le tout, en ayant une estimation honnête et concertée de ce qui est possible : non, tout n’est pas urgent. (Loin s’en faut !)

Il y a quelques années, j’avais un collègue, qui avait beaucoup d’humour, et qui nous débriefait chaque année de son Noël en famille. En particulier – et c’était le moment qui nous faisait le plus rire - ce qu’il appelait les cadeaux “ça ira bien”. C’est quoi les cadeaux “ça ira bien” ? Vous savez, ces cadeaux qu’on achète parce qu’il le faut bien, quand on n’a aucune inspiration, et qu’on choisit quelque chose qui “ira bien”. Ça fait le job, point.

Dans ses descriptions, les cadeaux “ça ira bien”, ce n’était pas un compliment, mais je trouve qu’il y a quelque chose de très sage dans l’idée derrière le “ça ira bien”. Une réalisation que, non, tout ne rentre pas, et que donc, oui, il faut prioriser. Et mettre notre énergie, limitée, précieuse, à la bonne dose et au bon endroit.

Alors je propose que nous adoptions la méthode “ça ira bien” pour la fin de l’année (et toutes les périodes intenses de l’année en réalité). Pour les présents pour lesquels nous sommes moins inspirés, bien sûr, mais aussi ailleurs. Concrètement ça donnerait :

  • Juste passer une tête au pot de Noël (voire carrément le zapper parce qu’on est vraiment fatigué·e) ? Ça ira bien.
  • Décaler des rendez-vous qui n’ont pas impérativement besoin d’avoir lieu avant la fin du mois, voire avant mi-janvier ? Ça ira bien.
  • S’autoriser à effectuer certaines tâches à “seulement” 80% de la perfection ? Ça ira bien.

Vous l’avez compris : derrière la blague, ce n’est qu’une manière de parler de limites, de priorisation et de saine prise de recul. Mais aussi de plaisir, par opposition au sentiment d’obligation, en se demandant régulièrement « je dois » ou « j’ai envie de » ? Non pas pour s’enfermer dans un individualisme forcené, ou ignorer la présence des autres, mais pour remettre nos propres limites au cœur de nos décisions.

Alors, vous allez tester sur quoi ?

(Eh non, pour cette tribune, même si moi aussi je me suis un peu lâchée dans la forme, je n’ai pas appliqué la méthode “ça ira bien”. Votre attention mérite bien mieux que ça !)

(1) Notre experte du Lab, Sandra Fillaudeau, est créatrice du podcast Les Équilibristes et de la plateforme de conseil pour entreprises “Conscious Cultures”.

Article édité par Clémence Lesacq ; photos : Thomas Decamps pour WTTJ

Les thématiques abordées