Expatriation : ils ont choisi Montréal et ne veulent plus repartir !

Expatriation : ils ont choisi Montréal et ne veulent plus partir

On connaissait déjà l’addiction au voyage. Tout commence par une petite piqûre banale au cours d’un séjour en expatriation. Rien de bien méchant. Un petit shoot de dopamine. Juste la dose suffisante pour vous laisser ce petit goût de reviens-y. Puis, un manque intense qui envahit le cœur de l’expat’ lorsqu’il/elle retourne en France. L’appel de l’international se fait alors insatiable. Vous ne pensez plus qu’à ça : repartir. Vous êtes accroc. Mais connaissez-vous l’addiction à Montréal ? Elle se manifeste par des effets singuliers. D’abord, vous vous sentez étrangement bien, détendu.e, moins stressé.e qu’en Hexagone. C’est le « good trip » assuré. Puis, vous commencez à choper un incroyable accent dont vous n’arriverez plus à vous défaire. Viennent ensuite les déformations de langage. Vous parlez soudain de « chandail », « boîte à lunch », conduisez un « char » et jurez à coups de « tabarouette » et « ostie ». Ça y est, vous planez. Et, lorsque votre organisme s’est accoutumé à cet élément étranger, qu’il survit par -20°C, c’est fini, vous êtes accroc. Ah ! Québec quand tu nous tiens… Rassurez-vous, on vit très bien avec ! En témoignent Frédérique, Manon et Bruno, expatrié.e.s français.es devenu.e.s franco-québécois et totalement Montréal-addict.

Tout commence par une piqûre d’évasion…

Manon, Frédérique et Bruno sont partis à moins de trente ans, diplôme en poche, libres comme l’air. « Je n’avais pas de raison de rester en France, je voulais vivre à l’étranger », explique Manon. Le Québec ? « Je ne connaissais pas, je me suis lancée dans l’inconnu ! », s’amuse-t-elle. Cela ne relève pas de la loterie pour autant. « Le Canada, résume Frédérique, c’est l’Amérique du Nord en français. » Le voyage, mais le confort de la langue en plus. Le Québec, c’est aussi l’Eldorado, la terre de tous les possibles. Un lieu ouvert au travail et à la diversité. « À l’époque, se rappelle Bruno, il y avait peu d’opportunités de travail en France. Les esprits étaient très fermés. Il fallait avoir tel diplôme, rentrer dans telle case. On sentait une forme d’oppression, de chape de plomb. Pour un garçon qui aime les garçons, cela n’inspirait pas vraiment confiance. »

Alors, on part. On met sa vie dans un carton et on dit au revoir à ses proches. C’est le saut dans le vide. Frédérique en a conscience, elle part, mais ne reviendra pas. « C’était une démarche d’immigration, assure-t-elle. Avec mon conjoint, on a fait une liste de tout ce qu’on avait dans notre appartement et on a tout mis en vente. On est partis avec 4m³ de bagages. Des instruments de musique, nos ordis et les affaires de ma fille. » Le nécessaire pour une vie. Bruno fait également une demande de résidence permanente. « Je ne voulais pas être ce ‘‘maudit Français’’ qui arrive et repart en ayant sucé la moelle du Québec. Je voulais m’intégrer à une nouvelle culture, un nouveau pays. » Pour Manon, c’est moins clair. « Je pars pour un an et on verra bien », pense-t-elle. En jeune fille « très consciencieuse et terre-à-terre », elle anticipe même le retour : « J’avais tout organisé, y compris le fait de geler mes droits auprès de Pôle Emploi. » Sauf que voilà, sept ans plus tard, elle est toujours là-bas…

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Deux semaines d’initiation et c’est parti !

Ce que l’on retient de leur migration au Québec c’est qu’une fois le protocole initié, tout s’accélère. Entre le dépôt de dossier pour l’obtention d’un permis de travail temporaire et le départ officiel, il se passe moins d’un an. Le temps de boucler sa vie en France est relativement plus long aujourd’hui, mais ensuite c’est parti. Direction Montréal ! Une fois sur place, il faut compter deux semaines d’adaptation, pas plus. « C’est allé très vite, se rappelle Frédérique. On est arrivés chez un ami de lycée qui logeait à Montréal et, en une semaine, on avait acheté une voiture, trouvé un appart et inscrit ma fille à l’école. » Il faut dire que là-bas, « c’est super simple, reconnaît Manon, on ne demande pas de garant, pas de caution, c’est tout juste si on nous demande notre job – d’ailleurs je n’en n’avais pas ! Rien à voir avec la France où il faut se mettre à nue pour trouver un logement. » Bruno, quant à lui, est « déstabilisé devant tant de simplicité. » À Montréal, le fonctionnement est à l’opposé de ce qu’il connaît. « La loi canadienne empêche toute discrimination que ce soit à l’embauche ou dans l’accès au logement, observe-t-il. Chacun part avec les mêmes chances et il n’y a pas de barrières à l’entrée. Ainsi, le dépôt de garantie est illégal. Il n’y a que trois critères pour accéder à un logement : être solvable, avoir un travail en perspective et être propre. Après, c’est premier arrivé, premier servi. »

Côté emploi, ici aussi : easy peasy. « Ici, ce n’est pas comme en France, il n’y a que deux semaines de préavis, reprend Manon. Donc, rien de plus simple, je suis arrivée, j’ai trouvé un appart, je suis allée chercher un numéro d’assurance sociale qui me permet de travailler et ensuite, j’ai ouvert un compte en banque, acheté un cellulaire – comprendre un smartphone –, passé ma première entrevue – un entretien – et, une semaine plus tard, j’avais le job ! »

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Montréal trip : le grand frisson !

Il y a vingt-deux ans, lorsque Frédérique débarque à Montréal, c’est l’été. Il fait 40°C. Elle s’offre alors une parenthèse pour buller dans les parcs, découvrir les festivals, bref la culture locale. Elle plane. « Tout était étonnement, se souvient-elle. Les gens n’étaient pas stressés, ils étaient même relax et bienveillants. Je me suis tout de suite sentie bien. J’étais accueillie sans jugement, ni a priori. Tout le monde était aimable, les places de parking plus grandes, l’air plus pur, la population plus brassée… »
Quelques années plus tard, c’est ce même sentiment de bien-être qui enchante Manon. Mais elle, arrive à l’approche de l’hiver. « Je n’avais qu’une obsession, avoue-t-elle, m’équiper pour le froid ! » Manteau technique, « tuc » – mot québécois pour désigner le bonnet –, moufles –parce que c’est plus chaud que les gants –, bottes de neige, « habits de neige », l’équipement est une question de survie. « Ici, poursuit-elle, j’ai appris à faire la différence entre la température extérieure et la température ressentie. » Par exemple aujourd’hui, il fait -15°C, ressenti -20°C. « Mais ce qui est fascinant, poursuit-elle, c’est que c’est un froid sec et non humide. Je le supporte bien mieux qu’à Paris par 0°C. Et, miracle, ici je ne suis jamais enrhumée ! ». Tout n’est qu’une question d’adaptation. Après le choc thermique, le corps s’habitue. « On apprend à s’habiller en pelures d’oignon », complète Frédérique. Une astuce utile qui permet aux Québécois de passer aisément du grand froid aux intérieurs surchauffés, sans avoir à se dénuder. Ce que l’on comprend vite aussi, c’est que « le froid est dangereux », insiste-t-elle. Eh oui, on ne survit pas longtemps, coincé dehors par -30°C. « J’ai bien ça en tête lorsque je prends ma voiture pour sortir de la ville. Il faut prévoir tout un équipement au cas où : pelle pour déneiger, couverture de survie… un oubli peut être fatal ! »

Pour Bruno, le Grenoblois, qui atterrit à Montréal à la fin de l’hiver, le froid était presque décevant. « Oui, il y a de la neige, mais j’y suis habitué, s’amuse-t-il. Ce qui est vraiment différent, c’est qu’ici, la pluie n’existe pas. Montréal est une île et les nuages y restent rarement. Quand il ne neige pas, il fait un soleil éclatant dans un ciel bleu sans nuage. C’est incroyablement lumineux, les couleurs sont si belles ! ». Quoi qu’il en soit, malgré des amplitudes thermiques vertigineuses, les Québécois n’ont pas froid aux yeux. Qu’il vente, qu’il fasse soleil ou qu’il neige, « c’est vivant, il y a toujours du monde dehors, les gens sortent par tous temps », s’émerveille Frédérique.

Premiers effets : vous planez…

Ça y est, vous avez tout d’un Québécois… ou presque. Vous semblez oublier un micro-détail : le parler québécois « sacrament » ! « On parle la même langue, mais ce n’est pas tout à fait la même langue, résume Manon. Il y a l’accent bien sûr, mais aussi les anglicismes, les expressions et les mots en vieux français auxquels on n’est plus habitués. Au début, je ne comprenais pas. Je me suis sentie seule. Je m’étais préparée pourtant, j’avais appris que ‘‘s’asseoir’’ ça se dit ‘‘tire-toi une bûche’’, mais en fait c’est un cliché ! Je ne l’ai jamais employé ici ! » Il est normal de ne pas tout comprendre à l’étranger. C’est une nouvelle culture, avec un nouveau vocabulaire. Si vraiment vous êtes largué.e ? « Le plus simple reste de poser la question, conseille Frédérique. Ce qu’il faut, c’est ne pas s’agacer ou paraître insultant. » Ne soyez pas ce « maudit Français » qu’évoque Bruno. Abstenez-vous de rire, de vous moquer ou d’adopter une attitude condescendante. Inspirez-vous plutôt de la bienveillance des Québécois. Et n’oubliez-pas, comme le dit si bien Manon, « qu’ils parlent mieux français que nous, ils ont juste un vocabulaire que nous avons oublié ».

Puis, vient le moment où vos réflexes changent. Chez Manon, l’accent est flagrant. Bruno ponctue ses phrases de ce « correct » très québécois. Quant à Frédérique, elle résiste. « Je ne prends pas l’accent québécois, parce que je trouve que les Français n’y arrivent pas. Les gens essaient, mais ça tombe à l’eau ». Le Québécois n’est pas dupe. Il sait toujours démasquer le Français qui se cache sous l’accent, plus ou moins bien imité. Alors elle se rabat sur les expressions québécoises qu’elle adore. Après tout, accent ou pas, peu importe, ses amis l’appellent bien « la plus française des Québécoises ».

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Au travail : une phase d’accoutumance

Il est une autre phase cruciale pour s’accoutumer à cet environnement étranger : le travail. « Là où le Français aime débattre et s’imposer, le Québécois a horreur du conflit et de la confrontation », explique Manon. À cette différence culturelle s’ajoute l’image qu’ont les Québécois du Français. « Nous sommes perçus comme arrogants et même condescendants, déplore Bruno. En fait, il y a une énorme différence de communication verbale et non verbale. Le Français, en particulier au travail, a une attitude agressive, frontale, qui peut paraître méprisante. Tandis que le Québécois est dans l’émulation, il est décontracté, casual, bienveillant, il emploie systématiquement le tutoiement… » Le problème, c’est que Bruno est manager. Et au début, cette différence culturelle lui a porté préjudice. « Ça m’est arrivé de faire pleurer des gens et de ne pas comprendre, se remémore-t-il. Pour y arriver, je me suis fait coacher. J’ai appris que les mots, le ton employé, les gestes avaient leur importance. Ici on ne peut pas dire à quelqu’un que son travail ‘‘n’est ni fait, ni à faire’’, ça ne se dit pas ! Je crois que cela a beaucoup à voir avec l’éducation que l’on reçoit enfant. Et puis, il faut faire très attention à ne pas braquer un Québécois, parce qu’il est têtu. Ce que le Québécois n’a pas envie de faire, il ne le fait pas ! Ici, il faut être beaucoup plus explicite, beaucoup plus pragmatique dans la conversation. »

Conditions de travail optimales, recrutements à la pelle… on perçoit souvent Montréal comme un Eldorado. « Le Canada est très influencé par la culture nord-américaine, analyse Frédérique. C’est le pays du plein emploi. On voit parfois des pancartes ‘‘we are hiring’’ - on recrute - sur des immeubles. Cela se ressent, même dans les process de recrutement. Tout est plus ouvert et accessible. Lorsqu’on passe une ‘‘entrevue’’ ici on ne nous questionne pas sur notre diplôme, mais sur ce qu’on peut apporter à l’entreprise. » C’est vrai, au Québec, on trouve un job facilement et on est employé en un rien de temps.

« Mais, on a une chance et il ne faut pas se rater, nuance Frédérique. Comme aux États-Unis, il y a une forte culture de la performance. Là où la France a un Code du travail très protecteur des employés, ici c’est le régime sec. Nous avons deux semaines de vacances par an, la pause lunch se fait en express, souvent devant son ordinateur, et on peut se faire virer en un claquement de doigts, du jour au lendemain. Les règles sont plus souples des deux côtés. » Ancienne intermittente, Frédérique a dû s’accoutumer à ce régime sec. « Au début, sans allocations, les fins de mois étaient difficiles, consent-elle. Mais je ne suis pas venue chercher ici une vie à la française, cela fait partie du jeu. Il fallait s’adapter à ce système plus exigeant. Il y a cette culture de ‘‘on est contents d’aller travailler’’. Et c’est à double tranchant. Si je ne suis pas heureuse, je peux facilement quitter mon job et en chercher un autre… »

Assimilation réussie : Montréal dans la peau !

Qu’il s’agisse de Manon, Frédérique ou Bruno, on peut parler d’une assimilation réussie. Ils ont Montréal dans la peau. C’est devenu si addictif qu’ils ne s’en séparent plus. « À Montréal, se réjouit Manon, j’ai toujours l’impression d’être en vacances. Il y a tant d’activités à faire. Ski de fond, raquette, patins à glace, festivals… C’est hyper dynamique. Je ne connais plus le métro-boulot-dodo ! Chaque saison a son charme, mais c’est toujours vivant. Les gens sont plus patients, moins aigris, ils ne se plaignent pas… Je me sens mieux ici, je me sens plus moi-même. » Comme Manon, Frédérique et Bruno se sont mariés et ont acheté un appartement à Montréal. Il n’est donc nullement question de la quitter. « À Montréal, j’ai trouvé un véritable équilibre de vie, conclut Frédérique. Je travaille beaucoup, mais je peux m’évader facilement. Montréal a les avantages d’une grande métropole et ceux d’un village. »

Alors ça y est, ils sont complètement Montréal-addict ? Pas tout à fait. Il reste tout de même cette petite résistance biologique. « Ma maison est ici aujourd’hui, mais cela ne m’empêche pas d’adorer la France, affirme Manon. Je suis franco-canadienne. C’est-à-dire que j’ai des racines françaises, plus une nationalité qui me ressemble. En tant que Français, nous avons cette chance d’avoir accès à cette double nationalité. Je trouve ça très beau… » Frédérique et Bruno ont aussi cette identité franco-québécoise. Une preuve d’ouverture à la diversité qui illustre bien l’esprit québécois. « Montréal c’est la mixité sociale, le mélange des genres et des cultures, bref le ’’Melting Pot’’ », comme aime à l’appeler Bruno, qui se sent « théoriquement français et pratiquement québécois ». Car, au fond, c’est cela qui les rend tous accrocs à Montréal. « Montréal n’essaie pas d’être autre chose, synthétise Bruno. Elle est wired, mixée, imparfaite. Mais il y a quelque chose de poétique. Un pragmatisme poétique. C’est une sorte de joyeux bordel décontracté ».

TA-BA-ROUETTE, mais que fait-on encore France ?! C’est le problème de ces voyages initiatiques vers Montréal. On part, et on n’en revient pas. À tel point que la ville est victime de son succès et l’arrivée croissante de travailleurs étrangers a contribué, en partie, au chamboulement du marché immobilier. Tout compte fait, Montréal ou ailleurs, « nulle part, c’est le paradis », rectifie Frédérique. Reste que c’est bien dans cette ville unique en son genre que nos trois expatriés, assurent avoir trouvé « le meilleur équilibre de vie ».

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