Étudiants, 7 clichés à ne pas écouter quand on cherche sa voie

Étudiants, 7 clichés à ne pas écouter quand on cherche sa voie

Depuis quelques années, une petite blague loin d’être anodine circule dans les soirées étudiantes. La blague en question consiste à prêter au mot Fac l’acronyme “Fabrique À Chômeurs”. Hi-la-rant… Vous décelez notre malaise derrière ce rire jaune ? C’est normal, car derrière ces airs de vanne se cache en fait une stigmatisation lourde à porter pour les étudiants d’université, découlant du cliché selon lequel l’université ne mènerait à aucun job mais aux portes de Pôle Emploi. Pourtant, selon une étude de 2019, 92% des diplômés de master universitaire sont en emploi un an et demi après l’obtention de leur diplôme.

Mais, vous le savez sûrement, les clichés ont la peau dure ! Et l’université n’est pas la seule à en faire les frais. Il y en a pour tous les secteurs, tous les métiers et tous les diplômes. Alors méfiez-vous des ouï-dire très réducteurs et vieillissants qu’on a tous déjà entendus. Welcome to the Jungle démonte quelques fameux préjugés qu’il n’est pas rare d’entendre pendant ses études pour que vous puissiez continuer à tracer votre voie vers l’emploi sans qu’ils vous paralysent.

1. « Les sciences, l’informatique, l’ingénierie… ne sont pas faites pour les femmes »

L’origine du cliché

Si les clichés sur les filières scientifiques et plus techniques destinées aux hommes perdurent, c’est bien parce ces messieurs sont surreprésentés dans ces secteurs. À titre d’exemple, dans le milieu de l’informatique et du numérique, ils représentent 70% des effectifs. Dans celui de l’ingénierie, 67% des salariés sont des hommes. Et ces disparités de genre apparaissent dès le temps de la formation, puisque seules 20% des étudiants dans les filières informatiques sont des femmes.

Historiquement, on avait tendance à expliquer la question de la non-mixité dans ces métiers par une différence de compétences entre les sexes. En d’autres termes, on résumait la faible présence de femmes dans ces secteurs par leurs lacunes supposées dans certains domaines. Elles étaient nulles en informatique, ou pas assez rationnelles pour les sciences, par exemple.

La réalité

On le sait aujourd’hui, les garçons et les filles grandissent en intégrant inconsciemment des stéréotypes de genre. Instinctivement, ils ne se dirigent pas vers les mêmes métiers ni les mêmes domaines, chacun étant influencé dans son choix d’orientation par les représentations des métiers que l’on trouve dans la société… Il n’est donc absolument pas question d’une différence de compétences selon le genre, mais bien d’éducation et de représentation sociale.

D’ailleurs, pour certains métiers actuellement sous-représentés par les femmes, comme le secteur de l’informatique (30% de femmes, 70% d’hommes), le clivage n’a pas toujours été celui-ci. Dans les années 70, lorsque les ordinateurs personnels arrivent dans les entreprises, ils remplacent les vieilles machines à écrire, utilisées essentiellement par des femmes, nombreuses à occuper des postes de secrétariat. La présence des femmes dans le secteur informatique est alors acceptable socialement. Mais tout change dans les années 80, lorsque ce ne sont plus les secrétaires qui sont les plus présentes dans l’informatique, mais les ingénieurs, dont la représentation sociale a toujours été très masculine. C’est ainsi que les femmes sont progressivement évincées : alors que le nombre de femmes dans le secteur informatique n’a pas bougé depuis les années 70, celui des hommes n’a pas cessé d’augmenter, au point qu’ils sont aujourd’hui sur-représentés.

Nota bene : avant 1919, les femmes n’étaient pas autorisées à étudier en école d’ingénieur. Ce sont l’École supérieure d’électricité (Supélec) et l’École supérieure de chimie de Paris qui ont été les premières à leur ouvrir leurs portes. Cependant, la plupart des établissements d’enseignement supérieur n’ont rendu leurs cours mixtes seulement que dans les années 1970 !

Heureusement, les choses évoluent :écoles, institutions, pouvoirs publics redoublent d’effort pour attirer les femmes vers les voies scientifiques et augmenter la mixité de leurs filières. Par exemple, le programme Femmes du Numérique, du syndicat professionnel Syntec Numérique, qui s’est donné pour mission de promouvoir l’égalité entre les hommes et les femmes dans le numérique tout en développant l’attractivité du secteur auprès des femmes. Ils réalisent des actions de sensibilisation aux métiers du numérique auprès des jeunes, comme la Route des Femmes du numérique dans le cadre de laquelle ils interviennent dans les écoles et les lycées en région, lors de forums ou de journées thématiques. C’est aussi le cas de l’association “Elles bougent” qui organise des visites d’usines pour les collégiennes et lycéennes dans le but d’inciter les jeunes filles à devenir ingénieures ou techniciennes.

Donc rassurez-vous mesdames, a priori, il n’y a absolument aucune raison pour que vous ne puissiez pas devenir ingénieure, ou travailler dans la science ou l’informatique. Si telle est la voie que vous souhaitez emprunter, foncez, ce sont des secteurs en demande de plus de mixité, même si les clichés perdurent !

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2. « L’université, c’est la voie des fainéants »

L’origine du cliché

D’après une note ministérielle de 2017, 1 étudiant sur 3 abandonne ses études au cours de la première année de licence universitaire, ce qui a construit puis renforcé le préjugé de l’étudiant fainéant, incapable d’aller au bout de son diplôme. Et le taux élevé de décrochage auquel on s’attend en raison des restrictions sanitaires ne risque pas d’aller à l’encontre de cette idée reçue. Mais d’où vient ce cliché ? En fait, il découle simplement du fossé qui existe entre la scolarité dans le secondaire (collège, lycée) et l’université. Le fonctionnement de cette dernière est aux antipodes du cadre qui nous est imposé jusqu’en terminale et de celui des écoles privées. D’un coup d’un seul, les cours ne se déroulent plus dans des classes de 20 à 30 élèves, mais dans des amphithéâtres géants où la présence n’est pas vérifiée, les horaires changent d’une semaine à l’autre, les examens n’ont lieu que lors de deux sessions annuelles, et le volume des cours est très variable selon les filières. Bref, la liberté y est grande et on peut aussi bien trimer comme de ne pas travailler du tout, au choix.

La réalité

Mais contrairement à ce qu’on pourrait croire, ne rien y faire a des conséquences. Et au-delà de cela, ce vent de liberté a aussi bien des bénéfices. Il incite notamment à plus d’autonomie et à la responsabilisation. Certes, la présence en cours magistral n’est pas obligatoire (il n’y pas d’appel), mais l’étudiant doit au contraire redoubler d’assiduité et apprendre à se responsabiliser pour réussir ses semestres. Et même si certaines voies proposent peu d’heures de cours, il ne faut pas se fier aux apparences. Ces études demandent souvent une grande quantité de travail personnel en contrepartie (lectures, conférences, travaux d’écriture, mémoires de recherche, etc).

À la fac, la motivation personnelle est peut-être encore plus déterminante que dans les autres types d’établissements car elle compense un accompagnement plus léger. C’est de cette motivation à puiser au fond de soi-même et de l’auto-discipline que dépend notre réussite. Si celle-ci est au rendez-vous, nul doute que vous parviendrez à aller au bout de votre cursus.

3. « L’industrie se résume à l’automobile ou la mécanique »

L’origine du cliché

Au XIXème siècle, la révolution industrielle française bouleverse notre société alors dominée par l’agriculture et l’artisanat. Cette transformation est portée par le boom ferroviaire des années 1840, et même si elle affecte progressivement différents secteurs, cette image persiste. Par ailleurs, certaines des plus grandes avancées dans le domaine de l’industrie, comme le fordisme ou le taylorisme, sont apparues en premier lieu dans le secteur automobile, d’où la trace quasi indélébile dans l’imaginaire collectif de l’ouvrier assemblant des pièces de voiture sur une chaîne de montage.

La réalité

En fait, l’industrie française ne peut être abordée au singulier : il existe pas moins de 30 filières industrielles dont l’agroalimentaire, le luxe, les technologies, la chimie, la pharmacie, l’aéronautique, etc. Et pas seulement les premiers domaines qui nous viennent à l’esprit, à savoir l’automobile, la mécanique, le BTP, ou encore le ferroviaire.

Et si les secteurs industriels sont extrêmement divers et variés, les métiers le sont également ! Il y en a pour tous les goûts, et les profils qu’on y rencontre à la manœuvre vont du CAP au Bac+5. L’innovation constante dans le milieu de l’industrie amène aussi les salariés à évoluer avec leur temps, en se formant en continu et en montant en compétences. Il n’est donc pas du tout question de s’enfermer dans un métier pour la vie en rejoignant le secteur de l’industrie. Au contraire même, le secteur est tellement vaste et concerne tellement de marchés que la possibilité de changer de métier ou d’évoluer est encore plus importante.

4. « Il faut être un artiste pour faire du graphisme ou de la publicité »

L’origine du cliché

Forcément, qui dit graphisme ou publicité, dit arts visuels et créatifs : dessins, productions audiovisuelles, motion design, webdesign… et qui dit art, dit artiste. Ainsi, dans l’inconscient collectif, les domaines de l’art ou de l’image mais aussi les métiers dits “artistiques” sont nécessairement associés au don, à l’inné, et par extension les mêmes préjugés s’appliquent aux métiers de la publicité et du graphisme.

En réalité

Cette idée reçue est très commune mais la réalité est plus subtile : le domaine du graphisme et celui de la publicité ne requièrent en aucun cas d’être un artiste, ou d’avoir un quelconque don. Bien que les voies traditionnelles soient les écoles et facs d’arts appliqués ou les beaux-arts pour le premier, et d’une école de publicité ou de commerce pour le second, il faut effectivement une sensibilité artistique, doublée cependant d’une technique - et non d’un talent - que l’on acquiert au cours de sa formation et en stage.

Et puis, les graphistes ou les publicitaires ont une approche commerciale de l’art : ils se basent sur un brief commercial, suivent un processus créatif, analysent les tendances du passé et du présent, puis appliquent des codes bien précis pour satisfaire leur client. Tout le contraire d’un artiste qui s’exprime à travers son art, et le vend tel quel, à qui sera conquis.

En résumé, si vous avez un talent artistique et que vous vous appuyez dessus pour votre métier dans la pub ou dans le design, tant mieux. Mais si vous n’en avez pas, rassurez-vous, vous n’avez rien à envier à ces derniers !

5. « Le droit c’est que du “par cœur” »

L’origine du cliché

Le droit étant un domaine complexe où la précision est de rigueur, il donne souvent l’impression qu’il faut connaître ses cours et le code civil, pénal et du travail par cœur. À ce titre, la pop culture a grandement soutenu cette idée reçue à force de films et de séries où les protagonistes, avocats ou juges, semblent être surdoués et posséder une mémoire photographique tant ils sont capables de retenir chaque petite ligne de droit et de l’utiliser à bon escient.

En réalité

Ce cliché ne fait pourtant pas sens : comme dans toutes les études supérieures, il est important de connaître ses cours pour réussir - mais avant tout, de les comprendre. Pas la peine d’apprendre le code Civil à la virgule près, donc, puisque les articles les plus souvent utilisés - lors de travaux écrits par exemple - seront retenus au fil de l’eau et deviendront des automatismes.

En fait, ce qui prévaut en droit c’est la méthode, qui n’est autre que l’application d’un raisonnement logique. Néanmoins, avoir une bonne mémoire sera très certainement un atout non négligeable.

Si cela peut vous rassurer, sachez qu’une fois en cabinet, les avocats ne sortent pas tout de leur tête lorsqu’il s’agit de défendre leurs clients. Ils/elles sont souvent accompagnés d’une équipe de collaborateurs qui eux-mêmes ont besoin d’éplucher les articles de loi et les jurisprudences pour leur apporter le matériel nécessaire au traitement des affaires en cours.

6. « Les grandes écoles sont réservées aux riches et aux étudiants issus de classes prépa »

L’origine du cliché

Oui, les grandes écoles privées sont particulièrement onéreuses. À tort ou à raison, mais leurs frais d’inscription serviraient notamment à la rémunération d’intervenants de marque, à l’entretien de beaux locaux, à l’achat de matériel de qualité, ou encore à l’accompagnement et au réseau. Et oui, l’accès se fait majoritairement sur concours. Ces faits contribuent à leur donner une image élitiste puisque, a priori, seuls les étudiant(e)s les plus riches et aux parcours scolaires excellents et sans accrocs auraient une chance de suivre leur cursus.

La réalité

Mais, même si les grandes écoles ont un coût conséquent, certains dispositifs tendent à en démocratiser l’accès. Il est par exemple possible d’obtenir une bourse d’études privée - via une fondation -, ou publique - en s’adressant au Crous près de chez vous - (centre régional des œuvres universitaires et scolaires) -, ou encore une bourse accordée au mérite ou sur critères sociaux par l’école où vous êtes admis(e). Vous pouvez aussi payer en plusieurs fois, ou réaliser un prêt étudiant. De plus, la plupart des écoles proposent aujourd’hui un accompagnement : en cas de difficultés de paiement, vous êtes accompagné pour trouver la meilleure solution de financement. Certes, ces mesures visant à un accès plus démocratisé aux grandes écoles peinent encore à porter leurs fruits. Il faut l’avouer, la reproduction sociale est encore forte quand il s’agit des études supérieures, et ce, pour un tas de raisons. Mais techniquement, sur l’aspect purement financier, il existe tout de même des solutions, pour prétendre à ces écoles dites de prestige, même avec de maigres ressources.

Et les concours alors, à qui s’adressent-ils ? Si les classes préparatoires ou certains bachelors accessibles après le Bac dans ces écoles semblent être la “voie royale” pour préparer les concours d’entrée, il est également possible d’envisager l’admission parallèle qui permet d’intégrer un parcours grande école après un BTS, un DUT ou encore une licence. Les voies possibles sont multiples et des aides ont le mérite d’exister, alors ne vous auto-censurez plus !

7. « Les fonctionnaires sont des bureaucrates »

L’origine du cliché

Dans le Petit Robert, on peut lire ceci quand il s’agit de définir le mot “bureaucrate” : “pouvoir politique des bureaux ; influence abusive de l’Administration”. L’image du fonctionnaire assis derrière son bureau ayant les pleins pouvoirs a été déformée à cause, très certainement, de la représentation que l’on se fait de l’administration : rigoureuse, procédurière et très codifiée, on la voit comme un monde à part où les démarches sont complexes et où il est difficile de s’y retrouver en tant qu’utilisateur.

En réalité

La fonction publique ne devrait pas être sans arrêt assimilée et réduite aux guichets et secrétariats des instances publiques (caisse d’assurance maladie, impôts, Pôle Emploi…), où les interlocuteurs appliquent à la lettre les règles administratives strictes qui offrent peu de flexibilité à l’usager.

Aussi, tout comme l’industrie, la fonction publique regorge de métiers variés : les enseignant(e)s, infirmer(e)s, pompiers, gardien(ne)s de prison… sont aussi des fonctionnaires d’Etat, et passent pourtant leur journée sur le terrain, pour l’intérêt général. Il existe autant de diversité de métiers dans le secteur public que dans le secteur privé, donc réduire les fonctionnaires à des bureaucrates relève de la caricature et ne représente pas la réalité. D’ailleurs, le terme même de bureaucratie, même lorsqu’il désigne des métiers de guichets, est injustement péjoratif. Pourquoi ne pourrait-on pas apprécier de travailler dans un cadre strict avec des process rigoureux mais utiles ?

Vous l’avez compris, derrière les clichés - ô combien nombreux - il y a souvent une simplification erronée de la réalité. Par manque de recul et de nuance, on entretient parfois un cercle vicieux dans lequel les clichés influencent nos choix, et nos choix renforcent les clichés. Mais les clichés sont faits pour être combattus, alors si vous êtes attiré par le droit mais que vous étiez nul en poésie en primaire, ou si vous avez pour projet de rejoindre une grande école mais que vous n’êtes pas passé par la case prépa, ne laissez pas les préjugés vous freiner dans votre parcours !

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