Envoyer une candidature spontanée : cela vaut-il vraiment le coup ?

Envoyer une candidature spontanée : vraiment efficace ?

Vous êtes au chômage à la recherche d’un emploi ou vous avez, tout simplement, envie de changer de crémerie. Sur un marché du travail de plus en plus tendu, crise économique oblige, vous vous demandez comment vous pourriez faire pour tirer votre épingle du jeu. La candidature spontanée pourrait bien être votre sésame, bien qu’elle demande quelques efforts de votre part, sans garantie de résultats. Alors le jeu en vaut-il la chandelle ?

Un recours plébiscité par les recruteurs…

Et si vous sortiez du lot ?

L’avantage de la candidature spontanée, c’est qu’elle ne se noie pas au milieu de centaines de lettres de motivation envoyées en réponse à une offre. Globalement, plus de quatre entreprises sur dix (44%) déclarent recevoir moins d’une dizaine de candidatures spontanées par an (Pôle Emploi - Fev 2017). C’est donc une très bonne occasion pour montrer votre personnalité, ce petit « je ne sais quoi » qui fera la différence, et qui laissera un souvenir impérissable à votre futur employeur. Tout cela, sans devoir tordre ses compétences dans tous les sens pour correspondre à des “qualités demandées” ou des ”pré-requis” sur une offre d’emploi. Il n’y a donc aucune pression de temps ou de style : « Marie a présenté son CV comme un chatbot, se souvient Madame Laurent, DRH dans un cabinet de conseils, en faisant les questions et les réponses dans des bulles, Cela correspondait à ce qu’elle faisait puisqu’elle avait mis au point un chatbot autour des questions RH dans une entreprise ». Cette idée originale a fait mouche et lui a permis d’être engagée sur-le-champ.

C’est le moment ou jamais de vous affranchir des codes, et de vous faire remarquer. Vous n’avez rien à perdre puisque vous ignorez s’il y a un emploi à gagner ou non. Justine Hutteau, co-fondatrice de la marque de produits de soins et d’hygiènes naturels, Respire, se souvient de l’une d’elle : « On a reçu par la poste un de nos déodorants vidé dont l’étiquette originelle avait été changée. La candidate avait modifié les termes pour parler d’elle en reprenant notre charte graphique. Elle avait notamment changé le logo ”made in France” par un amusant ”100% bretonne”. Elle avait glissé dedans des petits papiers pliés sur lesquels étaient inscrites des infos sur elle. C’était une bonne manière de montrer sa créativité ! »

Cela tombe bien puisque Salomé postulait alors comme stagiaire au service marketing. En un seul envoi, elle a montré qu’elle était capable de mobiliser du temps, de l’énergie, et de la matière grise pour cette entreprise. Son originalité est certes remarquable et aurait pu l’être tout autant si elle avait répondu à une annonce, mais elle a bénéficié en plus de l’effet de surprise et de l’exclusivité de l’attention du recruteur. « C’est un élan vers un projet d’entreprise, son produit » estime Cécile Pichon, coach et consultante en Ressources Humaines « s’il n’y a pas de poste correspondant à ce moment-là, peu importe : vous avez déjà mis un pied dans l’entreprise en lui disant combien vous la trouviez formidable. Si vous postulez à nouveau, à un autre moment, le logiciel de gestion des candidatures se souviendra de vous, et cela montrera votre grande motivation ».

La preuve de votre détermination

« Cette initiative démontre la détermination et la réelle implication du candidat dans sa recherche d’emploi » confirme Audrey Richard, présidente de l’Association Nationale des Directeurs Ressources humaines « je suis sensible à cette démarche ». En effet, la candidature spontanée témoigne de votre intérêt pour l’entreprise, et votre envie profonde de l’intégrer tant cela vous demande un travail minutieux en amont. Idéal pour faire une bonne première impression.

Pour Justine Hutteau, co-fondatrice de Respire, qui reçoit une dizaine de candidatures spontanées par jour, c’est un moyen efficace de montrer qu’on a bien compris et intégré les valeurs de l’entreprise. « Tout de suite, je sais que ce sont des candidats motivés, qui connaissent parfaitement ma boîte. » explique l’entrepreneuse « et cela permet de nous éviter d’éplucher les quelque 800 candidatures que l’on peut recevoir lorsque l’on publie une offre. » Si elle permet de cibler une entreprise précise pour laquelle on a un “coup de cœur”, la candidature spontanée est aussi un bon moyen de tenter sa chance sur des postes qu’on estime moins accessibles pour nous…

La voie royale pour changer de secteur ou de métier

« Si vous souhaitez changer de secteur ou de fonction et que vous postulez à une offre comme des centaines d’autres, vous allez vous retrouvez en face de personnes dotées d’une meilleure expertise et d’un CV plus adéquat », explique Sylvain Dorget, fondateur de Chromos, conseiller en stratégie de ressources humaines. « La candidature spontanée permet de ne pas se retrouver confronté à ces candidats ”experts” ». En en envoyant une, vous montrez à l’entreprise que vous avez l’intention de vous réorienter légèrement, et que c’est avec elle que vous aimeriez le faire, valorisant, non ?

On l’aura compris : les recruteurs sont friands de candidature spontanée et les professionnels, comme Mme Laurent, Audrey Richard ou encore Sylvain Dorget s’accordent à dire que quel que soit le secteur où l’on postule, il ne faut pas hésiter. Il faut juste adapter le ton et le style. « Vous pouvez vous permettre plus de fantaisie dans des secteurs créatifs. On attend par exemple de la part d’un juriste quelque chose de plus conventionnel » explique Mme Laurent. Côté candidat, c’est une toute autre histoire. On ne trouve pas le même enthousiasme…

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… une plaie pour les candidats

La candidature spontanée nécessite d’être davantage travaillée qu’une lettre répondant à une offre. Elle demande une grande exigence, autant sur le fond que sur la forme. Elle requiert en amont, de récolter des informations sur l’entreprise, d’en tirer une analyse fine sur ses préoccupations, ses valeurs… Elle réclame également une réflexion poussée sur son propre projet professionnel. N’est pas non plus à exclure une recherche sur LinkedIn pour identifier les destinataires potentiels. Tout cela prend évidemment du temps, sans pour autant être certain de voir ses efforts récompensés. « Il y a peu de chance que cela marche » affirme Cécile Pichon, « il y a du hasard tout de même : il faut l’envoyer au bon moment, au bon endroit… »

Il faut savoir que 46 % des entreprises n’y prêtent même pas attention (Pôle Emploi - Fev 2017). Cela s’explique d’une part parce que les services RH se focalisent en cette période de crise, davantage sur les salariés en interne, et qu’en cas de recrutement, ils se tournent davantage vers d’autres canaux jugés « plus efficaces ». 80% d’entre elles entament elles-mêmes les démarches pour trouver les candidats. 67% font appel à leurs relations interpersonnelles, 40% diffusent des annonces sur Internet « On passe plutôt par l’offre parce qu’il est rare qu’une candidature spontanée réponde à un besoin immédiat de l’entreprise » précise Cécile Pichon « si tu recherches un developper back-end dans une technologie spécifique, tu ne compteras pas sur la candidature spontanée par exemple ».

Ainsi, répondre aux annonces, en y adjoignant une lettre de motivation bien écrite, dans laquelle on cherche à se démarquer et réseauter sur Linkedin peuvent être des méthodes beaucoup plus efficaces. D’autant plus que la candidature spontanée a des chances de tomber à côté de sa cible…

Tout ça, pour ça ?

« C’est un peu comme lancer une pièce et espérer qu’elle retombe sur la tranche » estime Sylvain Dorget, conseiller en stratégie de ressources humaines. Le facteur chance n’est pas négligeable. Il faut qu’au moment précis de l’envoi, l’entreprise recherche un profil comme le nôtre. Et si c’est le cas, ô miracle, les arguments avancés par le candidat risquent de ne pas correspondre aux attentes de l’employeur, en l’absence d’une fiche de poste détaillée. Petite consolation tout de même : « Certains services RH conservent ces candidatures dans une base de données » atteste Audrey Richard, présidente de l’ANDRH « ils seront amenés à les recontacter peut-être ultérieurement ». Mais le candidat sera-t-il encore disponible à ce moment-là ? C’est moins sûr !

Pour Cécile Pichon, même si les chances sont faibles, envoyer quelques candidatures spontanées aux entreprises qui nous tiennent vraiment à cœur peut toujours valoir le coup.« Je travaillais dans une boîte qui avait un bureau aux Etats-Unis, et mon directeur a reçu un message sur son compte LinkedIn d’un étudiant à l’Essec, école dont il était lui-même diplômé, se souvient-elle. Il lui expliquait être à Los Angeles, avec un visa pour un stage mais qu’il avait été planté par l’entreprise qui l’avait pris. On s’est dit alors qu’il serait intéressant pour nous et il a été engagé. En fait, la candidature spontanée a peu de chances d’aboutir, mais lorsque le candidat et la boîte ont un coup de cœur mutuel et que le timing joue en leur faveur, ça peut être un très beau moment dans une carrière, une rencontre forte ! Il serait donc dommage de passer à côté. C’est un peu comme gagner au Loto : “100 % des gagnants ont tenté leur chance !” »

Pour les plus pugnaces qui souhaiteraient se lancer dans l’aventure de la candidature spontanée, voici quelques armes pour les aider dans leur conquête du job de leurs rêves.



8 astuces pour faire une bonne candidature spontanée

1. Peaufiner votre lettre de motivation

Une lettre courte, de cinq à dix lignes maximum, écrite dans le corps de l’e-mail, percutante, sans faute d’orthographe… c’est le B.A.-BA. Elle doit montrer votre personnalité et surtout, « montrer votre cœur » précise Audrey Richard. Ce n’est donc pas une répétition de son CV, mais bien une mise en avant de son savoir-être. « N’hésitez pas à expliquer pourquoi ce poste est cohérent par rapport à votre histoire, à votre projet de vie » recommande Sylvain Dorget.

Jouez sur la corde sensible ! Montrez également que vous avez bien cerné les problématiques de l’entreprise et ses valeurs. « Consultez les réseaux sociaux des dirigeants de l’entreprise » conseille Audrey Richard, « vous connaîtrez la position de l’entreprise sur tel ou tel sujet ou ses préoccupations du moment, et votre lettre en sera d’autant mieux ciblée et percutante. »

2. Sélectionnez deux ou trois entreprises maximum

« Pour éviter de perdre votre énergie » conseille Cécile Pichon, « focalisez-vous sur deux ou trois boîtes coups de cœur, où vous rêvez de travailler. » Vous serez alors certains de concocter une lettre ciblée, bien ciselée, qui détonne et suscite l’intérêt de votre destinataire.

« La candidature spontanée est plus adaptée aux petites structures ou à celles qui ont des projets à impact et cherchent des candidats investis dans les mêmes causes qu’eux » complète la coach en ressources humaines « dans les plus importantes, elle risque de se perdre dans la masse. »

Quant au secteur ? « Mieux vaut éviter ceux où les candidats y ont beaucoup recours, je pense à la com’ ou au marketing, au risque de ne pas réussir à vous démarquer. »

3. Évitez de postuler à plusieurs offres dans la même entreprise

Si vous avez identifié une entreprise dans laquelle vous aimeriez vraiment travailler mais qu’aucune offre ne vous correspond, ne postulez pas à toutes les annonces qu’elle publie en espérant un miracle. Vous risquez de passer pour un candidat qui ne sait pas exactement ce qu’il désire et qui postule au hasard. Dans ce cas précis, envoyer une candidature spontanée peut être une très bonne option pour accéder à un poste qui vous correspondrait davantage.

4. Apportez une réponse à une problématique identifiée préalablement

Grâce à une veille sur l’entreprise et sur son secteur à travers les médias (presse, radio, réseaux sociaux) et à une analyse fine de leur site Internet, des outils mis à disposition de leurs clients, ou des professionnels (dossier de presse, applications…) vous pourrez éventuellement identifier des points à améliorer« Si quelqu’un qui postule comme CRM manager, en nous disant qu’il verrait telle et telle chose à améliorer dans notre newsletter, on sent là une personne vraiment concernée » estime Justine Hutteau de Respire. Mais attention, c’est tout de même un sacré exercice d’équilibriste pour ne pas paraître arrogant ou donneur de leçon.

5. Trouvez le moment opportun

Restez à l’affût d’éventuelles levées de fonds, de créations de nouvelles structures dans les secteurs qui vous intéressent, qui sont souvent synonymes de recrutements à venir ! C’est le moment idéal pour se faire connaître de l’entreprise. Vous pouvez l’envoyer par e-mail le soir, le matin tôt, le week-end, pendant les vacances scolaires. Des moments où votre interlocuteur aura sans doute plus de temps pour l’examiner et une meilleure attention. « Par exemple, le dimanche soir, je suis à la maison au calme, je trie mes e-mails » explique Mme Laurent, DRH dans un cabinet de conseils « Je suis alors plus disposée à lire une lettre de motivation. Ou alors le matin avec mon café, avant que la journée commence ».

6. Multipliez les envois dans une même entreprise

Qu’une entreprise soit en pleine expansion ou au contraire qu’elle connaisse des difficultés, peu importe, postulez. « Il y en a qui ne vont pas très bien et pourtant elles embauchent dans certains des départements susceptibles d’aider à la croissance » assure Audrey Richard de l’ANDRH. Au sein d’une même entreprise, multipliez les envois. « Par politesse, mentionnez à votre destinataire que vous avez envoyé votre candidature à d’autres salariés au sein de la même entreprise » insiste Sylvain Dorget, co-fondateur de Chromos. N’hésitez pas à solliciter la personne la plus haute hiérarchiquement dans le département visé. Et pourquoi pas le grand patron. « Certains de mes clients ont été étonnés de recevoir une réponse de dirigeants d’entreprises du CAC 40 » témoigne Monsieur Dorget.

7. Faites-vous coopter par des salariés

Contactez via LinkedIn les personnes qui travaillent dans l’entreprise, mieux encore, dans le département souhaité afin de récolter des renseignements sur leur travail. Par la suite, demandez-leur de transmettre votre candidature. « D’une part, cela valorise les salariés, explique Madame Laurent, DRH dans un cabinet de conseil, d’autre part, par respect pour le collaborateur qui nous a amené le candidat, on est obligé de traiter la demande et de le recevoir pour un entretien ».

8. Relancez

Si Audrey Richard préconise de renvoyer un e-mail une quinzaine de jours après le premier envoi, Sylvain Dorget va un peu plus loin : « Pourquoi ne pas carrément proposer un café informel à votre contact. Même en cette période de crise sanitaire, cela peut éventuellement être envisageable. Ce sera l’occasion de comprendre le parcours de votre interlocuteur et ainsi le valoriser au travers d’une discussion ». Vous pouvez également téléphoner, mais Cécile Pichon insiste : « pas plus d’une fois, après cela peut s’avère être un peu trop envahissant. »

Très appréciée par les employeurs, vous n’échapperez donc pas à la candidature spontanée. Mais attention. Ne sélectionnez que deux ou trois entreprises “coups de coeur” auxquelles les envoyer, apportez y le plus grand soin, n’en négligez pas pour autant les autres canaux. Répondez aux annonces qui vous intéressent en y adjoignant une lettre de motivation aussi qualitative que celle que vous auriez pu écrire dans le cadre d’une candidature spontanée. À vos marques, prêt, candidatez !

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Photo by WTTJ

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