Perd-on du temps à envoyer une candidature spontanée ?

03 mars 2021

5min

Perd-on du temps à envoyer une candidature spontanée ?
auteur.e
Cécile Fournier

Journaliste indépendante

Que vous soyez au chômage, en poste ou à la recherche d’un stage, vous vous demandez si cela vaut le coup d’envoyer une candidature spontanée dans cette entreprise où vous rêvez de travailler depuis toujours ? Si cette démarche peut vous aider à taper dans l'œil d’un recruteur, elle nécessite du temps et des efforts sans garantie de résultat. Mais alors, le jeu en vaut-il la chandelle ? On a pesé le pour et le contre.

Sommaire :

  1. Attirer l’attention du recruteur en montrant votre détermination
  2. Augmenter vos chances de changer de secteur ou de métier
  3. La candidature spontanée, une plaie pour les candidats ?
  4. Beaucoup de temps, pour quel résultat ?

Et si vous sortiez vraiment du lot en envoyant une candidature spontanée ? Vous l’ignorez sûrement, mais plus de quatre entreprises sur dix (44%) déclarent recevoir moins d’une dizaine de candidatures spontanées par an (Pôle Emploi, 2017). C’est donc une très bonne occasion pour montrer votre personnalité, ce petit « je ne sais quoi » qui fait la différence et qui laisse un souvenir impérissable à votre futur employeur. Tout cela, sans devoir tordre ses compétences pour coller aux attentes d’une fiche de poste et faire des pirouettes pour que son profil ne soit noyé au milieu de centaines d’autres. Il n’y a donc **aucune pression de temps ou de style.

Pour les spécialistes du recrutement, c’est donc le moment ou jamais de s’affranchir des codes et de se faire remarquer. Justine Hutteau, cofondatrice de la marque Respire, se souvient par exemple de la candidature de Salomé : « On a reçu par la poste un de nos déodorants vide dont l’étiquette originelle avait été changée. La candidate avait modifié les termes pour parler d’elle en reprenant notre charte graphique. Elle avait notamment changé le logo ”made in France” par un amusant ”100% bretonne”. Elle avait glissé dedans des petits papiers pliés sur lesquels étaient inscrites des infos sur elle. C’était une bonne manière de montrer sa créativité ! »

Cela tombe bien puisque la jeune femme souhaitait intégrer le service marketing de l’entreprise. En un seul envoi, elle a montré qu’elle était capable de mobiliser du temps, de l’énergie et de la matière grise pour cette entreprise. Son travail aurait pu être tout autant remarqué si elle avait répondu à une offre d’emploi, mais elle a bénéficié en plus de l’effet de surprise et de l’exclusivité de l’attention du recruteur. « Comme c’est une jolie marque d’attachement à un projet d’entreprise et à son produit, ce n’est pas un problème s’il n’y a pas de postes disponibles à ce moment-là, estime Cécile Pichon, coach et consultante en Ressources Humaines. Vous avez déjà mis un pied dans l’entreprise en lui disant combien vous la trouviez formidable. Si vous postulez à un autre moment, on se souviendra de vous et cela montrera votre ténacité. »

Attirer l’attention du recruteur en montrant votre détermination

« Cette initiative démontre la détermination et la réelle implication du candidat dans sa recherche d’emploi , confirme Audrey Richard, présidente de l’Andrh (Association nationale des directeurs des ressources humaines). Personnellement, je suis sensible à cette démarche. » En effet, la candidature spontanée témoigne de l’intérêt du candidat pour l’entreprise et votre envie profonde de l’intégrer tant cela vous demande un travail minutieux en amont. C’est vraiment l’idéal pour faire une bonne première impression.

Pour Justine Hutteau, c’est aussi un moyen efficace de montrer qu’on a bien compris et intégré les valeurs de l’entreprise. « Dans le mail de motivation, je sais tout de suite que ce sont des candidats motivés, qui connaissent parfaitement ma boîte, explique l’entrepreneuse. Cela permet de nous éviter d’éplucher les quelque 800 candidatures que l’on peut recevoir lorsque l’on publie une offre. » Si elle permet de cibler une entreprise précise pour laquelle on a un “coup de cœur”, la candidature spontanée est aussi un bon moyen de tenter sa chance sur des postes qu’on estime moins accessibles…

Augmenter vos chances de changer de secteur ou de métier

« Si vous souhaitez changer de secteur ou de fonction et que vous postulez à une offre comme des centaines d’autres, vous allez vous retrouver en face de personnes dotées d’une meilleure expertise et d’un CV plus adéquat, explique Sylvain Dorget, fondateur de Chromos, conseiller en stratégie de ressources humaines. La candidature spontanée permet de ne pas se retrouver confronté à ces candidats ”experts”. » Vous montrez à l’entreprise que vous avez l’intention de vous réorienter légèrement et que c’est avec elle que vous aimeriez le faire, valorisant, non ?

On l’aura compris : les recruteurs sont friands de candidatures spontanées et les professionnels s’accordent à dire que quel que soit le secteur où l’on postule, il ne faut pas hésiter. Il faut juste adapter au ton et au style de l’entreprise. « Vous pouvez vous permettre plus de fantaisie dans des secteurs créatifs. On attend par exemple de la part d’un juriste quelque chose de plus conventionnel », explique Sylvain Dorget. Mais côté candidat, on ne retrouve pas le même enthousiasme…

La candidature spontanée, une plaie pour les candidats ?

La candidature spontanée nécessite d’être davantage travaillée qu’une lettre répondant à une offre. Elle demande une grande exigence, autant sur le fond que sur la forme. Elle requiert en amont, de récolter des informations sur l’entreprise, d’en tirer une analyse fine sur ses préoccupations, anticiper ses besoins et identifier ses valeurs, mais aussi une réflexion poussée sur son propre projet professionnel. N’est pas non plus à exclure une recherche sur LinkedIn pour identifier les destinataires potentiels. Tout cela prend évidemment du temps, sans pour autant être certain de voir ses efforts récompensés. « Il y a peu de chance que cela marche, affirme Cécile Pichon, il y a du hasard tout de même : il faut l’envoyer au bon moment, au bon endroit… »

Il faut savoir que 46 % des entreprises ne prêtent même pas attention aux candidatures spontanées (Pôle Emploi - Fév 2017). Cela s’explique d’une part parce que les ressources humaines se focalisent davantage sur les salariés en interne et qu’en cas de recrutement, ils se tournent davantage vers d’autres canaux jugés « plus efficaces ». 80% d’entre elles entament elles-mêmes les démarches pour trouver les candidats. 67% font appel à leurs relations interpersonnelles, 40% diffusent des annonces sur Internet. « On passe plutôt par l’offre parce qu’il est rare qu’une candidature spontanée réponde à un besoin immédiat de l’entreprise, précise Cécile Pichon. Si l’entreprise recherche un développeur back-end dans une technologie spécifique, elle ne comptera pas sur la candidature spontanée par exemple. »

Ainsi, répondre aux annonces, en y adjoignant une lettre de motivation bien écrite, dans laquelle on cherche à se démarquer et réseauter sur Linkedin peuvent être des méthodes beaucoup plus efficaces. D’autant plus que la candidature spontanée a des chances de tomber à côté de sa cible…

Beaucoup de temps, pour quel résultat ?

« C’est un peu comme lancer une pièce et espérer qu’elle retombe sur la tranche », estime Sylvain Dorget, conseiller en stratégie de ressources humaines. Le facteur chance n’est pas négligeable. Il faut qu’au moment précis de l’envoi, l’entreprise recherche un profil comme le nôtre. Et si c’est le cas, ô miracle, les arguments avancés par le candidat risquent de ne pas correspondre aux attentes de l’employeur, en l’absence d’une fiche de poste détaillée. Petite consolation tout de même : « Certains services RH conservent ces candidatures dans une base de données, atteste Audrey Richard, présidente de l’ANDRH. Ils seront amenés à les recontacter peut-être ultérieurement. » Mais le candidat sera-t-il encore disponible à ce moment-là ? C’est moins sûr !

Pour Cécile Pichon, même si les chances sont faibles, envoyer quelques candidatures spontanées aux entreprises qui nous tiennent vraiment à cœur vaut quand même le coup.« Je travaillais dans une boîte aux États-Unis et mon directeur a reçu un message sur son compte LinkedIn d’un étudiant à l’Essec, école dont il était lui-même diplômé, se souvient-elle. *Il lui expliquait être à Los Angeles, avec un visa pour un stage mais qu’il avait été planté par l’entreprise. On s’est dit alors qu’il serait intéressant pour nous et il a été engagé. En fait, la candidature spontanée a peu de chances d’aboutir, mais lorsque le candidat et la boîte ont un coup de cœur mutuel et que le timing joue en leur faveur*, ça peut être un très beau moment ! Il serait donc dommage de passer à côté. C’est un peu comme gagner au Loto : 100 % des gagnants ont tenté leur chance ! »

Article édité par Romane Ganneval, photo Thomas Decamps pour WTTJ

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