Ajouter ses collègues sur les réseaux sociaux : mauvais plan ? Ils racontent

Avoir ses collègues sur les réseaux : stalking assuré ?

« … a demandé à vous suivre ». Le pseudo ne vous parle pas vraiment, mais en allant faire un tour sur le profil, vous reconnaissez un collègue de travail. Certes, une amitié 2.0 pourrait donner plus de matière à vos déjeuners quotidiens à la cantine et vous donner l’occasion de mieux vous connaître, mais avez-vous vraiment envie que votre collègue sache tout de votre chien, suive les articles que vous partagez et stalkent les lieux dans lesquels vous aimez traîner ? Retour sur ces histoires qui commencent par une notification d’invitation qui a été acceptée… Pour le meilleur et pour le pire.

« Mon patron s’est moqué de mes engagements personnels » - Laora, étudiante et entrepreneuse, Montpellier

À l’époque, je travaillais en alternance en tant que community manager, et il était convenu que je devais m’abonner à l’agence avec mon compte personnel. Ce que je ne savais pas, c’est que mon patron était derrière le compte de la boîte, et j’ai très vite remarqué qu’il regardait mes stories, mes posts engagés… Et lui, c’était le macho par excellence qui faisait passer des remarques sexistes sous couvert d’humour. Il a fini par se moquer ouvertement de moi et de mes engagements féministes en pleine réunion : après l’une de ses fameuses blagues, il a fait allusion à un post sur le harcèlement de rue que j’avais partagé et a dit : « Je vais m’arrêter parce que Laora partage des trucs féministes, ça ne va pas lui plaire ! » Je ne m’attendais pas à voir mes convictions personnelles publiquement moquées en 2022, d’autant que le sujet n’avait rien à faire dans un contexte professionnel. Ça m’a mise très en colère de voir cette caricature du macho qui essaie de réduire au silence la féministe, en l’occurence moi, en me faisant passer pour une hystérique. J’ai eu l’impression qu’il cherchait à m’humilier et à me rabaisser, et même si ça ne s’est produit que quelques fois, ça m’a vraiment chamboulée. Cela m’a même suivi dans mon entreprise actuelle : nous avons un rituel qui consiste à partager nos week-ends en début de semaine, et je fais des insomnies tous les dimanches soirs rien qu’à l’idée de devoir raconter ma vie privée. J’ai un besoin presque vital de séparer le professionnel du personnel, et j’ai encore du chemin à faire pour oublier cette mauvaise expérience.

Lire aussi dans notre rubrique : Workers

La proactivité au travail : bienfaits et limites d’une soft skill plébiscitée

« Un client me surveillait sur Insta dès que je n’étais pas disponible pour lui » - Tracy, créatrice de contenus digitaux et cheffe de projet, Saint-Martin (Outre-mer)

Je débutais mon activité d’entrepreneuse, et lorsque j’ai eu mon premier gros client, j’ai été très enthousiaste, mais j’ai vite été écrasée par la pression. Leur équipe me demandait constamment des missions en dernière minute, et quand je leur disais que je ne pouvais pas parce que je m’étais déjà organisée autrement, ils se rendaient sur mes réseaux sociaux et regardaient ce que j’étais en train de faire. Je me suis rendue compte du caractère vicieux de leur comportement lorsque j’ai posé cinq jours de vacances : je les avais prévenus que je prenais une pause et je suis partie avec ma famille et mon fils. Quand je suis rentrée, ils m’ont reproché d’être allée à l’hôtel et de n’avoir pas donné suite à leurs appels. Entre les coups de fil de dernière minute, le fait qu’ils ne respectaient pas mes horaires et le voyeurisme sur les réseaux sociaux, cette expérience m’a causé beaucoup de stress et menée au burn out. J’étais rentrée dans un engrenage où, pour ne pas les décevoir, je me faisais toute petite, et je ne partageais surtout plus rien sur les réseaux de peur de me le voir reprocher par la suite. Ma psychologue m’a conseillé de mettre fin à cette relation toxique, et à ce contrat par la même occasion. Je me sens mieux depuis que je ne me sens plus épiée, et désormais je mets un point d’honneur à poser une limite très claire entre mon travail et ma vie personnelle.

« Une collègue jalousait mon mode de vie » - Frederico, business relationship manager, Bruxelles

Au début de l’épidémie de Covid, alors que le télétravail se généralisait, une collègue a commencé à me suivre sur Instagram. J’avais pas mal d’abonnés donc je ne me suis pas rendu compte immédiatement qu’elle avait accès à mes aventures. Au travail, j’ai commencé à entendre des commentaires sur mes tenues, sur mes photos en maillot de bain… Un jour, elle m’a questionné sur un séjour au Portugal, en me demandant si je travaillais vraiment, et est allée le rapporter à mon boss. La démarche m’a surpris et mis mal à l’aise, mais je savais que je n’avais rien à me reprocher donc je ne me suis pas senti menacé. Après mes vêtements et mes vacances, elle s’en est pris à mon mode de vie en général, en me demandant comment je pouvais me permettre de voyager et d’assumer un tel train de vie… La réalité, c’est que je suis d’origine portugaise et que le télétravail m’a permis de me rapprocher de ma famille là-bas. Je suis peut-être un peu candide avec les réseaux, mais les préjugés de cette collègue et son espionnage m’ont déçu. J’aurais alors pu me dire « vivons heureux, vivons cachés », mais je n’ai jamais voulu me restreindre à cause de ça pour autant.

« Je vois mon collègue différemment depuis que je connais son Insta perso » - Lilas*, comptable, Lyon

J’ai commencé un nouveau travail dans un cabinet de comptabilité l’année dernière, et j’ai aussi une petite entreprise de bijoux en parallèle. Quand j’ai parlé de mes créations à mon nouveau collègue, il a voulu qu’on s’ajoute sur Insta car lui faisait de la photo, et il proposait qu’on se suive mutuellement et qu’un jour, il shoote potentiellement mes bijoux. Il n’avait pas du tout précisé de quel genre de photos il s’agissait, et j’ai découvert - alors que j’étais en face de lui à ce moment - qu’il photographiait des femmes nues, mais d’une façon assez vulgaire et vraiment peu qualitative. J’ai été très surprise et un peu gênée, et j’ai lâché un “Ah, sympa !” en essayant d’y mettre un peu de conviction. Je m’en serais bien passée, mais je vois maintenant ses stories tous les jours, et il serait un peu délicat de me désabonner. Depuis, quand je le vois manger des trucs et faire des petits sons comme “Mmmh, c’est bon”, je ne peux plus m’empêcher de repenser à ses photos. Tout est sujet à interprétation quand on connaît son Insta !

« J’ai été embauchée grâce à mon Insta perso… puis j’ai débauché pour la même raison » - Clémentine, chargée de communication, Rennes

Tout a commencé quand j’ai repéré l’annonce d’une TPE qui cherchait un chargé de communication. J’ai postulé, et pour augmenter mes chances, j’ai également contacté l’entreprise sur Instagram, où je mets en avant mes activités créatives. J’ai été recrutée et ma nouvelle boss m’a très vite avoué que mon compte avait fait la différence. J’ai tout de suite aimé mon nouveau poste et je me suis investie à 100% dedans. Pendant mon temps libre, je travaillais sur le chantier de la maison que nous avions achetée avec mon amoureux, et je documentais tout ça sur mon Instagram perso. J’ai rapidement remarqué que mon entreprise regardait systématiquement mes stories, de mon compte professionnel comme personnel, et était même en haut de la liste de personnes qui voyaient mes stories, avant même mes amis et mon compagnon. Sauf que ma patronne a commencé à interagir avec moi des dimanches soirs sur mon compte personnel pour parler boulot, m’a reproché de faire des travaux chez moi parce que cela faisait baisser mon investissement au travail, et s’est permis de critiquer mon travail en passant par mes réseaux sociaux privés. Suite à ces différents épisodes, j’ai bloqué mon compte personnel à partir du Instagram de la boîte, et j’ai fini par quitter mon poste.

Article édité par Gabrielle Predko
Photo par Thomas Decamps

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