« J’ai arrêté mes études pour travailler et je ne le regrette pas »

« J'ai arrêté mes études pour travailler, je ne regrette rien »

Je m’appelle Manon, j’ai 22 ans et j’ai arrêté mes études avant la fin de mon cursus. Je n’ai donc ni diplôme d’études supérieures, ni équivalence de validés. À une époque où trouver un premier emploi n’est pas la chose la plus évidente qui soit, on pourrait voir cela comme une prise de risque irréfléchie. Pourtant, deux ans après avoir fait ce choix, je ne le regrette toujours pas. Alors pourquoi ai-je pris cette décision ? Comment a réagi mon entourage à cette annonce ? Est-ce que j’ai eu plus de mal à trouver un travail ? Voici mon histoire.

Un profil “modèle”

Au collège comme au lycée, je suis une bonne élève. Après l’obtention d’un bac S mention “très bien”, je réussis à entrer dans une école d’ingénieur reconnue. Mais petit à petit, je me désintéresse des cours et à partir de la fin de ma troisième année d’études, je décroche totalement.

Six mois de décadence

Vous vous en doutez bien… Je ne me suis pas réveillée un matin en me disant : « Oh ! J’arrêterais bien mes études pour commencer à travailler ! » Mais très soudainement, je perds toute motivation, sans vraiment comprendre ce qu’il m’arrive.

J’essaye chaque jour de m’y mettre… En vain. Le matin, impossible de me lever. Je sèche de plus en plus de cours, je ne travaille plus du tout, je sors énormément, si bien que lorsque je me présente aux examens, je ne sais même pas sur quels sujets ils portent. De quoi troubler la bonne élève qui sommeille encore en moi. Je ne peux alors m’empêcher de me demander : comment gérer ce désintérêt soudain et de plus en plus important pour mes études ? Et la culpabilité qui va avec ? Mais ces questions restent sans réponse. Alors j’essaye chaque jour de me motiver… En vain.

Et le plus étonnant c’est qu’à aucun moment, absolument aucun, je ne pense au fait d’arrêter mes études. Pour moi, ce n’est même pas une option envisageable. Je dois juste réussir à prendre sur moi et à me bouger pour obtenir ce foutu diplôme. Parce que c’est ce qu’il “faut” faire. Mais pour quoi faire concrètement ? Aucune idée, mais c’est comme ça…

Rattrapages et CV en cascade

Comme vous pouvez l’imaginer, je n’arrive pas à me remobiliser pour la fin de cette troisième année d’études. Je me force à aller aux examens, sans rien connaître. Je fais parfois ce que l’on appelle “acte de présence”. Bien évidemment, je ne valide aucune matière et il faut que je passe l’ensemble des rattrapages en septembre. Mais pendant l’été qui suit la débâcle, je réussis enfin à me remettre au travail (miracle !) et je révise TOUT minutieusement.

La semaine de rattrapage approche, et je suis persuadée de réussir à valider mon année. 1er rattrapage : ça passe. 2ème rattrapage : Ok. 3ème rattrapage : trop difficile… 4ème rattrapage : je n’en peux plus de cette salle de classe. Au 5ème rattrapage, j’en viens carrément à gribouiller mon brouillon pour calculer la somme que je peux mettre de côté si je suis au SMIC pendant un an.

Dès la première semaine de L3 qui suit la session de rattrapage, je sèche déjà les cours. Sans vraiment savoir pourquoi, je commence à envoyer des CV dans mon secteur d’activité pour voir ce que ça peut donner.

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Déclic de lendemain de soirée

Vendredi matin, après une soirée arrosée, je me réveille tard. Je reçois un message d’une amie qui me demande si je viens en cours l’après-midi. L’air de rien, ce petit message est la pression de trop. Je lui réponds du tac au tac que je n’irai pas et que d’ailleurs, j’arrête mes études. Est-ce une bonne chose de prendre une telle décision un lendemain de soirée ? Je n’en sais rien. Mais pour être honnête, à partir de ce moment-là… Je me sens déjà beaucoup mieux.

Puis tout un processus s’enclenche et je me rends compte de beaucoup de choses enfouies jusque-là :

  • Ce n’est pas que je n’aime pas mes études… Mais c’est que ça ne me passionne pas plus que ça.
  • Je ne suis même pas sûre de souhaiter la vie à laquelle me prépare mon diplôme.
  • Je ne supporte plus les salles de cours : je préfère apprendre les choses par moi-même au moment où j’en ai besoin.
  • Ces derniers mois ont mis un coup à ma santé mentale et ça peut s’aggraver si je me force à continuer.

Avec du recul, je comprends que je n’ai jamais vraiment choisi d’aller en école d’ingénieur. C’est mon bon bulletin de lycéenne qui l’a décidé pour moi. Pire, je me suis convaincue que c’était fait pour moi, alors que ce n’était pas le cas.

J’annonce ma décision à mes parents le jour même. Ils n’apprécient pas vraiment la nouvelle… à 20 ans, ce n’est pas “normal”, ils s’inquiètent pour mon avenir. De leur point de vue, je viens de me tirer une balle dans le pied. Comment pourrais-je m’en sortir sans diplôme ? D’autant plus que celui que je préparais me promettait une belle carrière.

Comment j’ai trouvé un travail

Voyant que ma décision est ferme, ma famille, même si elle n’est pas convaincue, attend de voir ce que je compte mettre en œuvre pour m’assurer un avenir professionnel.

Ma recherche d’emploi est TRÈS rapide. Je veux prouver à mon entourage que je peux m’en sortir sans diplôme. Alors, j’utilise une méthode efficace : je fais jouer mon réseau. Sur mon CV, j’insiste particulièrement sur mon profil technique (« après trois ans d’école d’ingénieur ») et mon profil commercial (« en tant que responsable commerciale dans une association »). En parallèle, je sollicite tous mes anciens patrons et tuteurs de stage pour qu’ils m’aident à diffuser mon CV.

Seulement trois jours après l’arrêt des mes études, une des start-up dans lesquelles j’ai postulé me recontacte et me propose une rencontre. Au cours de l’entretien pour ce poste de commerciale, j’assume le fait de venir d’une école d’ingénieur et d’avoir arrêté mes études en milieu de cursus. Je leur explique mon envie de développer mes compétences commerciales directement sur le terrain plutôt que de faire de nouvelles années d’études en école de commerce. Les recruteurs ayant eux-même des profils atypiques, comprennent ma décision. J’ai simplement droit à plus de questions qu’un·e candidat·e “normal·e”, c’est-à-dire validée par un diplôme, pour s’assurer du sérieux de mon profil.

Je négocie avec eux un temps partiel car je souhaite travailler seulement trois jours par semaine. (Oui je suis difficile… mais je sais ce que je veux.) Ils me demandent mes prétentions salariales. Un peu par hasard, je leur demande 1500 € par mois. Ils acceptent. Une semaine après avoir arrêté mes études, je trouve un travail. Et pas un simple travail alimentaire mais une mission bien payée pour le peu d’heures que je vais effectuer et qui me permettra de monter en compétences. Autrement dit : sans “vrai” diplôme, je n’ai pas eu de difficultés à trouver.

Avec du recul, je pense que cette situation a joué en ma faveur car j’ai été obligée de mettre en avant mes compétences et ma motivation, sans pouvoir me “reposer” sur un diplôme.

Deux ans plus tard…

Aujourd’hui, cela fait plus de deux ans que j’ai arrêté mes études pour travailler. J’ai déménagé quatre fois, changé de travail trois fois, démarré une micro-entreprise, connu bien plus de réussites et d’échecs que si j’étais resté étudiante.

Mais surtout, je continue de m’instruire chaque jour, et ce, sans école. Arrêter les études m’a donné plus de temps pour moi… Et m’a permis de réfléchir au sens que je voulais donner à ma vie. Je me suis notamment rendue compte que le triptyque métro-boulot-dodo n’est pas fait pour moi et aussi que je n’essaierai jamais d’entrer dans un grand groupe… Alors, dans mon cas, à quoi bon avoir un diplôme d’une grande école ? Finalement, est-ce que je regrette d’avoir arrêté mes études ? Non. Bien évidemment.

Et vous, devriez-vous arrêter vos études ?

En toute honnêteté, je n’ai pas de réponse précise à cette question car je ne connais pas votre situation. Si comme moi, vos études plombent votre santé mentale… Peut-être qu’il serait bon d’y réfléchir. Est-ce que ce sera une décision facile à prendre ? Non. Est-ce que vous trouverez un travail rapidement ? Ça dépend… Si vous vous y prenez correctement et que vous montrez que vous en avez envie, alors oui, il est possible de trouver un travail “qualifié”, sans diplôme. Est-ce que vous regretterez votre choix ? Je ne pense pas. Si vous avez le courage d’arrêter vos études, c’est que vous devez avoir de bonnes raisons de le faire.

Dans tous les cas, je ne pense pas qu’il n’y ait qu’un seul moyen de réussir sa vie. Il existe des chemins plus sinueux… Alors, si vous hésitez à tout lâcher et que vous avez besoin de me poser des questions sur mon expérience - ou si vous avez aimé le contenu de cet article - vous pouvez me contacter sur LinkedIn. Je serais ravie de pouvoir vous aider dans cette réflexion !

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