Doit-on laisser tomber le team building ?

Team building : doit-on lui dire adieu ?

Week-end en pleine nature ou séminaire suivi d’un déjeuner haut de gamme, le team building prend des formes variées. Mais la motivation n’est pas toujours au rendez-vous. Blocage personnel ou manque d’engagement global remettent en question la pertinence de l’exercice, et interrogent. Le team building est-il toujours d’actu, et surtout, peut-on le considérer comme un atout pour la cohésion d’équipe ?

En juin, une entreprise affichait malgré elle le résultat désastreux de son team building dans la rubrique « faits divers » des médias : 25 personnes blessées après avoir marché sur des charbons ardents. L’idée derrière cette activité de groupe : dépasser ses peurs dans un instant qui se veut cathartique. La douloureuse réalité : une catastrophe en termes d’image et de relations humaines au travail. Heureusement, les team buildings ne ressemblent pas tous à un épisode de Koh-Lanta qui aurait mal tourné, mais l’anecdote a de quoi en rebuter plus d’un pour le prochain séminaire hors des murs du bureau. D’ailleurs, à qui profitent les team buildings aujourd’hui ? Si les publications LinkedIn vantent les après-midis escape game, des voix dissonantes se font entendre devant l’organisation d’une énième activité rafting, poterie ou retraite yoga. Le team building s’essoufflerait-il ?

Pourquoi ça coince avec le team building ?

À l’origine, le team building a pour but de renforcer les liens d’une équipe à travers une activité, le plus souvent en dehors du lieu de travail. Associé à des disciplines plus ou moins récréatives ou sportives, il ne rencontre pas toujours le succès escompté malgré ses atouts ludiques. Pour Vanina Lanfranchi, coach d’équipe chez Ignition Time, celui-ci ne doit pas apparaître comme une solution magique pour résoudre les dysfonctionnements profonds d’un groupe : « On ne peut pas viser un fonctionnement optimal d’équipe via un team building isolé et ne répondant à aucun objectif clair », explique-t-elle. « Un team building annuel, sans organisation de travail cohérente, ni politique RH lisible, ni relations sereines ou management digne de ce nom le reste du temps, pourra entraîner des réactions mitigées car il aura l’air sorti du chapeau. » Déconnecté du reste, il n’est pas pertinent. « De même, les team buildings à répétition sans fondations solides peuvent lasser. C’est comme le baby foot et les chouquettes : s’il y a un fossé entre la couche superficielle de l’entreprise et la réalité profonde, ces actions sont de plus en plus mal supportées par les équipes ».

Overdose de team building ou occasions opportunistes ont plus tendance à brasser du vent qu’à consolider les liens d’une équipe. Pire, ils accentuent parfois des tensions déjà présentes. Pour Arnaud Tonnelé, coach d’équipe chez Kea & Partners, le mésusage du team building peut être contreproductif dans la mesure où ces activités pensées comme une pause récréative ne font pas avancer l’équipe, ne l’aident pas à résoudre ses problèmes : « Les collaborateurs qui se trouvent entraînés là-dedans passent au mieux un bon moment, car ça ne fait jamais de mal de sortir du cadre du travail. Mais le team building compris comme activité ludique ne résoudra jamais à lui seul les problèmes. Il offre une parenthèse, mais passe à côté du sujet ». Par ailleurs, s’il est vécu comme une obligation, avec une activité qui génère du stress pour certains collaborateurs, il peut faire des dégâts malgré ses bonnes intentions : « L’équipe, a priori lieu de ressourcement où la parole est libre et où l’on est en sécurité, devient un lieu dangereux où on me demande de faire des choses que je n’ai pas envie de faire. On aboutit alors au résultat inverse : le team building défait les liens au lieu de les accroître. » À trop vouloir forcer la cohésion, on peut donner des envies de fuite aux équipes.

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Imaginez un projet qui a du sens pour tous

Doit-on alors laisser tomber le team building – et au passage faire quelques économies en zappant l’organisation d’un saut en parachute collectif ? Pas forcément, mais il est bon de s’interroger sur sa pertinence en amont : « Avant de créer un événement, il faut s’assurer qu’il existe bien des liens de qualité entre les membres de l’équipe. Sans quoi, viser la cohésion est voué à l’échec », analyse Vanina. Pour Arnaud, il faut aussi considérer les activités pour ce qu’elles sont : « Elles jouent le rôle de cerise sur le gâteau, et dans cette mesure, font sens. Malheureusement, les managers utilisent souvent le team building comme principal élément de la construction d’une cohésion d’équipe ». Garder les pieds sur terre en termes d’attentes et prendre la température de son équipe s’avère donc indispensable avant de lancer un projet de team building.

Pour que le team building serve à tout le monde, il est essentiel d’inclure les collaborateurs au préalable. « Il a du sens quand il adresse le besoin de l’équipe. Il s’organise donc avec elle. Ce moment d’échange avec chacun des collaborateurs leur permet de dire où ils en sont par rapport au groupe, et de jauger si l’activité envisagée correspond à leur situation collective. Par exemple, si une équipe connaît des tensions, une activité de compétition n’est pas appropriée », explique Arnaud. Pour lui, le team building commence à cette étape préparatoire : l’écoute et la prise de décision incluent déjà une dimension collective. Côté activités, il préconise de rester en phase avec la dimension professionnelle : « Bien sûr, le ludique peut occuper une partie du temps de team building, mais le travail reste le principal vecteur de cohésion. C’est autour de lui qu’une équipe se fédère ». Dans son ouvrage La bible du team-building (Éditions Eyrolles, 2015), il aborde les besoins des équipes et des problématiques spécifiques à résoudre grâce à des exercices pratiques, centrés sur le fonctionnement du groupe et le partage. Une manière très concrète d’enrichir les liens sans passer par la case saut à l’élastique.

Le team building, c’est partout, tout le temps

En plus du partage, Vanina juge important de déterminer en amont quelle intention on souhaite donner au team building et de l’inscrire dans une perspective globale, « en passant par une analyse fine du fonctionnement et de la dynamique de l’équipe, puis un plan d’action stratégique – dont le team building sera éventuellement un élément parmi d’autres. Et ceci reviendra moins cher que d’accumuler les team buildings époustouflants mais sans réelle portée ». Passé l’événement, elle juge crucial de s’intéresser au ressenti des équipes : « Beaucoup de choses ont pu être vécues, observées, qui mériteraient un passage à l’explicite. Or l’impasse est généralement faite sur ce point. Il faut se poser et prendre de la hauteur sur les interrelations, ce qui s’est joué entre nous pendant le temps passé ensemble ». Un bon moyen pour le manager de « différencier la co-présence de la coopération ou de la cohésion », souligne Vanina. En effet, lors du team building, les salariés peuvent tous être à l’œuvre, sans que l’on sache vraiment les distinguer sur le moment.

À l’instar des projets d’entreprise, le team building a lui aussi besoin de sa session feedback. Enfin, il est essentiel d’intégrer le team building dans une routine longue durée : « Construire son équipe se travaille au quotidien : accueillir les initiatives spontanées, introduire des objectifs, mesurer les performances, apporter une reconnaissance collective, doter son équipe et son organisation de fondations solides… L’essentiel est de prendre soin de son équipe régulièrement au lieu d’attendre la crise ». Le team building se déroule déjà entre les murs des entreprises, au cœur des missions pros du quotidien, et c’est sans doute là qu’il est le plus important.

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Article édité par Ariane Picoche, photo : Thomas Decamps pour WTTJ

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