Psycho Boulot : pourquoi est-il important de douter au travail ?

Psycho Boulot : pourquoi est-il important de douter au travail ?
Un article de notre expert.e

PSYCHO BOULOT - Pourquoi procrastine-t-on parfois au travail alors qu’on est “sous l’eau” ? Pourquoi imagine-t-on toujours le pire au boulot comme dans la vie ? Pourquoi travaille-t-on 5 jours par semaine et pas 3, 4 ou 6 ? Ou encore, pourquoi a-t-on décidé que les week-ends étaient une bonne idée ? Découvrez Psycho Boulot, la série qui vous offre un divan confortable où aborder les questions existentielles du monde du travail, et prendre (enfin) un coup d’avance sur votre cher cerveau grâce à notre expert du Lab Albert Moukheiber.

Le doute est souvent perçu négativement. On ne souhaite pas montrer qu’on doute ou qu’on n’est pas sûr de soi. On est pressés à longueur de temps par les injonctions sur la nécessité de savoir se faire confiance et de croire en soi. Bref, c’est comme s’il fallait émettre une sorte d’assurance permanente. Mais est-ce vraiment, une bonne chose ? N’est-il pas finalement important de douter de soi, dans la vie en général mais surtout au travail ?

Apprendre à “douter” sans perdre confiance en soi

Quand on parle de doute, on ne parle pas de manque de confiance en soi. Paradoxalement, on a besoin d’avoir une bonne confiance en soi pour pouvoir douter. Si je n’ai pas confiance en moi, je vais avoir d’autant plus peur de montrer que je doute parce que je crains de perdre ce peu d’assurance. Alors que si j’ai confiance en moi, je sais que je suis quelqu’un de compétent, qui fait bien son travail. Si je suis amené à me tromper ou si j’ai un doute, je suis en capacité de le montrer. Je n’ai pas peur que mon capital confiance en moi se perde.

Ce doute de soi est crucial, notamment dans le monde du travail. Imaginons que j’ai des responsabilités, en tant que directeur d’une entreprise. Et je ne doute pas… Les personnes avec lesquelles je travaille ne vont pas être en capacité de pouvoir me contredire, ce qui peut mener à des situations catastrophiques. L’exemple type est celui de BlackBerry. Ce leader incontesté sur le marché de la téléphonie mobile, dont les dirigeants étaient persuadés que les smartphones représentaient une sorte de gadget pour ados, tandis qu’eux et leurs clients étaient des gens sérieux qui avaient besoin d’un clavier sur leur téléphone pour pouvoir écrire et répondre à leurs mails. Là aussi, il n’y avait pas assez de doutes. Complètement sûrs d’eux, ils ont négligé le fait d’avoir un AppStore, de développer un téléphone tactile, etc. Et on sait très bien comment BlackBerry a fini.

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La place au doute… et aux autres

C’est fondamental d’avoir ces mécanismes de doute de soi. On appelle cette capacité la « flexibilité mentale ». Réfléchir, c’est revenir sur ce que l’on présume, ce n’est pas confirmer ce que l’on pense déjà. Quand dois-je réfléchir dans un sens différent, douter de ce en quoi je crois ? En réalité, quand on a une très forte confiance en une opinion, ça devrait presque être une alerte rouge. Est-ce que je pense qu’un événement n’a aucune chance d’avoir lieu, de se réaliser ? Si c’est le cas, mieux vaut se méfier !

Mais du coup, comment est-ce qu’on doute de soi ? Il y a plusieurs manières, mais la plus simple et pratique est ce qu’on appelle la « conformité informationnelle ». Elle consiste justement à ne pas se faire confiance à soi-même mais davantage aux autres. En se conformant aux autres, parce qu’ils détiennent potentiellement une information plus juste et meilleure que la mienne, je m’entoure de personnes qui deviennent mes garde-fous, tandis que je deviens le leur. Par exemple, j’essaie d’être à mon humble échelle une sorte de garde-fou sur les sujets que je maîtrise : les neurosciences, les sciences cognitives, la psychologie… Et je vais déléguer mon raisonnement, laisser les autres penser pour moi, sur les thématiques que je ne maîtrise pas ou peu comme l’entrepreneuriat, la finance et l’économie.

On a besoin quelque part de laisser les autres décider pour soi. L’une des fausses conceptions que je vois souvent autour du raisonnement critique, c’est de se dire « Pense par toi-même ». Quand quelqu’un vous dit ça, souvent, ce qu’elle insinue c’est « Fais-moi confiance ». C’est complètement absurde de vouloir penser par soi-même de sujets divers et variés. Et du coup, au travail, on a ce besoin de collaborer. Parce que c’est quoi au final “travailler” ? C’est avoir un but commun, et être plusieurs humains qui travaillent vers ce but commun. J’ai besoin de pouvoir douter de moi pour laisser l’autre exister. J’ai besoin de pouvoir déléguer mon raisonnement, mes émotions, mon intuition à d’autres, tout en acceptant et espérant qu’ils feront de même avec moi.

Dans ce processus de prise de décision collective, on devient ces garde-fous les uns des autres et c’est là où le doute devient une expérience beaucoup plus positive, voire souhaitable.
Donc la prochaine fois que vous avez un éclair de génie, doutez ! Peut-être que le génie n’est pas la personne que vous croyez.

Article édité par Soline Cuillière et Mélissa Darré, photo par Thomas Decamps.

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Psycho Boulot

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