Charlotte : « J’ai beau être handicapée, j’ai été inefficace comme les autres »

 Charlotte de Vilmorin, CEO en fauteuil : "Tout reste à faire"

SEMAINE POUR L’EMPLOI DES PERSONNES HANDICAPÉES – Ils sont les grands laissés-pour-compte du marché du travail.Selon l’Ifop, la recherche d’emploi dure 7,6 mois en moyenne pour les jeunes en situation de handicap, soit presque deux fois plus que pour les jeunes en général (4,2 mois). Des chiffres édifiants que nous avons décidé d’incarner au travers de cette série de portraits, publiée à l’occasion de la semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées. Charlotte de Vilmorin est entrepreneure et a créé son entreprise Wheeliz en 2015, un service de location entre particuliers de voitures adaptées aux personnes en situation de handicap. Elle raconte son parcours de salariée, de CEO… et ses embûches. Voici son message aux entreprises.

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« Avant de monter mon entreprise, j’ai travaillé deux ans dans différentes boîtes. Il faut savoir que je n’ai jamais indiqué mon handicap sur mon CV, pour qu’on ne me juge que sur mes compétences. Mais très vite, le principe de réalité me rattrapait : quand on m’invitait à passer un entretien dans l’entreprise, je leur indiquais alors que j’étais en fauteuil roulant et leur demandais si leurs bureaux étaient accessibles pour pouvoir m’y rendre. Résultat : 60 à 70% des entreprises intéressées par mon CV en premier lieu n’étaient pas en mesure de m’accueillir. Il faut imaginer : 2 boîtes sur 3 dans lesquelles je me projetais, et que mes compétences intéressaient, ne m’ont pas permis d’aller plus loin dans le processus de recrutement pour des raisons d’accessibilité. C’est terriblement frustrant. Pour faire court, t’es un peu condamnée à travailler à la Défense quand tu es en situation de handicap car ce sont les seuls locaux accessibles. Et encore : très souvent, les endroits accessibles sont des portes détournées (le local poubelle par exemple). Ils ont le mérite d’exister, mais si tout le monde ne passe pas par la grande porte, ce n’est pas de l’inclusion.

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« Les quotas ne suffisent pas à créer réellement de l’emploi. La culture de l’entreprise, oui »

Même lorsque les locaux sont accessibles, d’autres problématiques se posent. Le transport, par exemple. J’ai été confrontée à une absurdité du système. Quand tu es en fauteuil, les collectivités territoriales d’Île-de-France paient des transports adaptés pour tous les élèves et étudiants, pour compenser le manque d’accessibilité des transports en commun. Ça a un coût énorme pour la société, mais le but est plutôt clair : permettre aux personnes en situation de handicap de faire des études, pour accéder au marché de l’emploi, et produire de la valeur. J’ai pu faire tous mes stages grâce à ce système, sauf qu’à partir du moment où j’ai été salariée, il n’y avait plus de prise en charge possible. Le prix mensuel pour ces transports était de 3000 euros pour aller travailler, alors que mon domicile était à vol d’oiseau à moins d’1 km de mon lieu de travail. J’ai donc demandé à mon entreprise s’il était possible de prendre en charge ces frais, en sachant que c’est une somme qui peut être déduite de l’amende Agefiph, donc au final cela ne coûte rien à la boîte. Comme beaucoup d’autres, mon entreprise ne respectait pas les quotas d’emploi de personnes en situation de handicap mais avait noué des partenariats avec des sous-traitants en situation de handicap qui fabriquaient des mugs, ce qui leur permettait d’optimiser leur amende. Et la prise en charge de mes transports ne pouvait plus être assumée car leur “activité handicapée” pour dire grossièrement, était déjà remplie par ce service. Donc est-ce que les quotas suffisent à créer réellement de l’emploi ? Aujourd’hui pas forcément, même s’ils ont le mérite d’exister. En revanche, la culture de l’entreprise, oui.

« Attendre d’avoir atteint une masse critique de salariés pour s’emparer de la question du handicap, c’est déjà louper le train »

Je suis passée de l’autre côté de la barrière en devenant moi-même employeure. Et… j’ai reproduit les mêmes schémas, un mimétisme classique d’entreprenariat où le recrutement de personnes en situation de handicap n’est pas favorisé. C’est assez dingue : j’ai beau être handicapée, avoir été confrontée à des problématiques d’accessibilité toute ma vie, j’ai beau avoir galéré pour trouver des stages, des emplois en début de carrière, etc, j’ai été tout aussi inefficace et inopérante que les autres. Pour moi la raison est simple : la question du handicap est totalement décorrélée de la culture “classique” des boîtes en développement, dès le début. Ajouté à cela, on a tendance à faire comme les copains entrepreneurs, à reproduire les mêmes process sans trop se poser de questions… et comme personne ne s’empare vraiment du sujet, on continue à ne pas le traiter. C’est mon message aux entreprises et surtout aux entrepreneurs : attendre d’avoir atteint une masse critique de salariés pour s’emparer de la question du handicap, c’est déjà louper le train. On revient difficilement en arrière quand cela n’a pas été intégré dans la culture dès le départ. »

Photo par Thomas Decamps pour WTTJ
Texte édité par Ariane Picoche.

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