De retour au bureau mais angoissé ? 6 conseils pour travailler sereinement

Peur retourner au bureau en présentiel : comment gérer ?

Un an et demi. Pendant tout ce temps, à la radio, sur les réseaux, en visio, les messages de mise en garde ont tourné en boucle. La consigne était claire : #RestezChezVous. Pour vous protéger et pour sauver des vies. Les échos qui nous venaient du dehors vous décrivaient un monde masqué, risqué. Mais finalement, ce monde covidé, on s’y est fait. Et, en télétravail, sur votre canapé, vous vous êtes senti bien, insouciant, lové comme dans une bulle… Mais soudain, l’annonce des RH est tombée : « Retour au bureau obligatoire à la rentrée ». Et depuis, l’angoisse monte. Peur d’être contaminé, peur de transmettre le virus à ses proches, peur de se confronter au monde professionnel de nouveau, à la crise sanitaire et économique, peur des autres…

La peur est un sentiment légitime. Nous y sommes tous confrontés. Mais elle ne doit pas nous submerger. Nous avons rencontré Vanessa Lauraire, psychothérapeute et spécialiste des questions du travail, qui nous aide à mieux comprendre nos peurs pour les surmonter.

Peur, angoisse, anxiété : quelle différence ?

« La peur est quelque chose de naturel », nous explique Vanessa. Avec la joie, la tristesse, la colère, la surprise et le dégoût, elle constitue une de nos 6 émotions principales. D’elle, découlent l’angoisse (crise soudaine et saisissante) et l’anxiété (un état plus diffus parfois non conscientisé, et dont l’objet de la peur n’est pas précis.) Qu’elle soit avérée ou imaginaire, la peur est interprétée de la même manière par notre cerveau et somatisée par notre corps sous forme de stress. « Le mental ne fait pas la différence entre le réel, le virtuel, l’imaginaire et le symbolique », précise Vanessa. Il réagit de la même manière que la menace soit réelle ou projetée. « Notre mental ne peut réagir qu’en fonction de ce qu’il connaît, ajoute-t-elle, face à une situation inconnue, il n’a pas les ressources. Or, le retour au bureau après - pour certains - un an et demi de télétravail “forcé” pour cause de crise sanitaire est une situation inédite. Alors, il envisage des scénarios, il se fait son histoire. La grande question qui se pose est : est-ce que ce que je pressens va être réel ? Est-ce que je vais pouvoir faire face et comment ? »

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La peur de sortir pour retourner travailler, un sentiment légitime

« Le Covid-19 ne fauche pas seulement nos anciens mais toutes nos certitudes », Emmanuel Macron, discours du 13 avril 2020.

C’est Irvin David Yalom, professeur émérite en psychiatrie de l’université Stanford, qui décrit les quatre enjeux existentiels à l’origine de nos émotions : la mort, la liberté, l’isolement et l’absence de sens. Les confinement, puis les déconfinements, nous ont confrontés directement à ces quatre peurs existentielles. Vanessa nous propose une lecture de cet évènement au travers de ces enjeux.

Virus, la peur de la mort

Chaque jour nous sont annoncés les derniers chiffres des victimes du coronavirus. « Nous sommes en guerre », a martelé en 2020 notre Président. L’ambiance est anxiogène. « On nous a demandé de pas sortir pour sauver des vies, remarque Vanessa, cela revenait à nous désigner comme des dangers ambulants, des bombes humaines à retardement ?! » Le virus a fait naître dans notre société, la peur de la mort. Pour soi et pour l’autre. « Il nous révèle notre propre finitude dans une société où la mort est dissimulée », poursuit-elle. Peur de manquer, peur de contracter le virus ou de contaminer, peur d’être licencié à la reprise, tout cela nous renvoie à notre finitude.

L’isolement et la relation au monde

« L’usage des mots est significatif, symbolique », observe Vanessa. « On parle de gestes barrières, de distanciation sociale pour signifier la distanciation physique, tout porte à croire que l’autre est un danger ». Les confinements et les couvre-feu nous ont isolé des autres. Pour certains, ils ont permis de « se retrouver soi-même, d’aller chercher une partie de soi isolée », décrit Vanessa. Pour d’autres, ils ont été mal vécus. Ces confinements et couvre-feu nous ont renvoient à la peur du changement dans le jour d’après : « j’ai changé, mais l’autre aussi a peut-être changé ? ». Plus ou moins reclus sur nous-mêmes, l’autre nous est parfois devenu étranger. Ainsi, le retour en présentiel amplifie notre peur de l’autre et de son regard. Peur d’être moins performant, peur de se présenter moins favorablement, peur de n’avoir pas fait ses preuves en télétravail… Mais, il renforce aussi nos jugements, notre méfiance à l’égard des autres.

Liberté, peur de la retrouver

« Nous avons été privés de liberté », rappelle Vanessa. Nous avons sagement suivi les consignes sanitaires qui nous étaient dictées. Autorisation de sortie, distanciation sociale, nous avons obéit. Aujourd’hui, nous retrouvons soudainement notre pleine capacité à faire des choix (à condition d’avoir son pass sanitaire). Nous sommes à nouveau libres et responsables. Mais, avec cette liberté, revient le sentiment de culpabilité. Il va falloir apprendre à vivre en gardant nos distances, malgré le vaccin. Plus de poignée de mains, d’embrassade et de tape amicale. « Il y a une peur, sur le fait, de perdre une part de son pouvoir d’agir dans cette situation », constate Vanessa. « Le problème majeur c’est qu’on ne se touche plus, or le contact physique est très important et le toucher est le mode le plus primaire de résolution des traumatismes. C’est d’ailleurs un geste thérapeutique ». Et le contact est ainsi au cœur de nombreux métiers. « Cela réveille la peur de perdre une part de soi, de son identité », résume Vanessa.

L’absence de sens

Toutes nos certitudes ont volé en éclats. Même là-haut, à la tête de notre pays, il n’y en pas. Les injonctions contradictoires du gouvernement en ont témoigné. « On voit bien qu’il n’y a plus rien qui fait sens », analyse Vanessa. « Rappelons-nous que chaque soir nous avons applaudi les travailleurs en première ligne, tous ceux qui sont au front comme des vaillants soldats dans cette guerre virale… Cela vient bouleverser la hiérarchisation des métiers entre utilité sociale et valorisation sociale », continue-t-elle. Alors, forcément, on s’interroge, on angoisse. Mon travail est-il utile ? Mon quotidien a-t-il un sens ? À quoi veut-on accorder de l’importance ? Toutes ces questions envahissent notre cerveau et nourrissent notre mental. L’anxiété est palpable. Alors, qu’est-ce qu’on fait ?

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Bas les masques sociaux

Le rapport au temps est flou. Tant mieux, cela nous force à vivre au présent ! Un bon moyen de dépasser ses peurs, confie Vanessa, c’est « d’être dans le présent, ne pas se raconter d’histoires, ne pas anticiper outre mesure. S’obliger à être là. Apprendre à être présent à soi, à ce que je vis ici et maintenant ». Le retour à soi est pour la psychologue un « outil magique ». « La respiration, processus conscient et inconscient, permet de revenir à soi à l’instant présent. Être bien avec soi est la première étape pour être bien avec l’autre », résume-t-elle. La méditation permet de prendre de la distance avec le mental et ses pensées négatives, ses tourments. Elle nous fait revenir au corps. « Qu’est-ce que je ressens ? J’observe sans jugement ce que je vis, ce qui est là, détaille Vanessa. Déstresser le corps va calmer le mental… Il faut dédramatiser ».

Comprendre sa peur et l’apprivoiser

Pour mieux dépasser votre peur, il faut d’abord la comprendre. « De quoi avez-vous peur exactement ? », questionne Vanessa. « Peur pour qui ? Moi ? L’autre ? » Décomposez-la. « Concrètement, quelles sont vos ressources pour la dépasser ? » Si vous avez peur d’être contaminé, protégez-vous au mieux. Ne sortez pas lorsque cela n’est pas nécessaire, portez un masque, respectez les consignes de distanciation sociale, lavez-vous les mains régulièrement,… Vous avez peur de contaminer un collègue à risque ? Peut-être faut-il privilégier la prudence et reporter vos retrouvailles. Inquiétez-vous de ce qui dépend de vous et agissez en conséquence. Ne vous minez pas pour ce que vous ne maitrisez pas.

Créer des espaces de discussion

L’isolement des confinements et des couvre-feu a créé la peur de l’autre, de se confronter au monde. Il a exacerbé les émotions. « Le confinement est un traumatisme. Si rien n’est extériorisé, il y aura des décompensations, des somatisations », explique Vanessa. « Il faut instaurer des espaces de discussion, de verbalisation, en particulier dans les entreprises », recommande-t-elle. Ces espaces peuvent être physiques pour ceux qui reviendront au travail, ou virtuels pour les salariés qui restent en télétravail. Mais, l’important, c’est de laisser place au dialogue. Si la direction de votre entreprise n’a pas pensé (ou n’a pas eu le temps) d’instaurer cela, vous pouvez en prendre l’initiative. Cela renforcera la confiance que vous avez en chacun.

Soyez responsable, pas coupable

« Soyons libres, soyons responsables, pas coupables », énonce Vanessa. C’est le moment d’appliquer le célèbre précepte « ma liberté s’arrête là où commence celle des autres ». « Vous avez peur de vous sentir coupable ? », interroge-t-elle, « alors prenez vos responsabilités ». Par exemple : je suis convié à une réunion physique où seront présents des collègues à risque, dois-je y aller ? Est-ce risqué ? « Le mieux, c’est ce qui est juste pour vous », répond Vanessa. « Être responsable c’est être en accord avec les conséquences de ses choix et de ses actes ». Cette décision vous procure plus de joie ou de peur ? Prenez votre décision en conscience. « L’important, ajoute Vanessa, c’est de discuter, de l’expliquer à votre entourage. Nous n’avons pas la même représentation du monde. Nous ne voyons pas le monde à travers le même prisme. ».

Lâchez prise !

Le coronavirus est toujours là. Pour combien de temps ? Nous ne savons pas de quoi demain est fait. Il n’y a aucune certitude. Pour la psychologue, « C’est une grande leçon d’humilité. On sait que l’on ne sait pas tout. Et, il va falloir s’habituer à l’inhabituel. C’est le moment d’expérimenter ce fameux lâcher prise. Vivre dans le présent et pouvoir voir ce qui est, plutôt que d’anticiper sur ce qui va advenir ». L’important, continue Vanessa, « c’est de toujours faire de son mieux ». La psychologue nous invite encore à s’inspirer du livre “Les 4 accords toltèques”? Reprenant les codes des chamans mexicains, son auteur, Don Miguel Ruiz, propose 4 quatre grands accords à suivre pour vivre mieux : que votre parole soit impeccable, n’en faites pas une affaire personnelle, ne faites pas de suppositions, faites toujours de votre mieux. Voilà un bon début pour mieux appréhender ce fameux “jour d’après” !

Risques réels, faites valoir vos droits

Si vraiment vous ne tenez pas à retourner physiquement au travail tous les jours et que votre employeur vous le permet, n’hésitez pas à négocier avec votre employeur de rester en télétravail. À l’heure actuelle, c’est à chaque entreprise de définir ses règles du jeu. Cependant, vous ne pouvez pas l’imposer à votre employeur. Selon le Code du travail, vous devez tomber d’accord sur ce mode temporaire d’exercice. En revanche, si votre travail implique de se rendre dans une zone à risque et que vous estimez que vous n’êtes pas assez protégé, vous avez le droit de faire valoir votre droit de retrait. Votre employeur ne pourra alors pas vous sanctionner.

En bref, une transition en douceur qui va nous permettre d’aborder le « jour d’après » plus sereinement. Au présent. Et qui sait, vous réaliserez peut-être que la vie “normale” - métro, boulot, dodo - vous avait manqué ?

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Photo d’illustration by WTTJ

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