RSE : devriez-vous embaucher un Chief Impact Officer ?

RSE : devriez-vous embaucher un Chief Impact Officer ?

Si vous vous intéressez à l’univers de la tech et des start-ups, vous avez sûrement entendu parler du Chief Impact Officer le plus connu de la planète… le prince Harry ! Il a été engagé par la start-up californienne BetterUp pour gérer ses impacts sociétaux et environnementaux. Dans la foulée de ce coup de projecteur, d’autres entreprises ont fièrement communiqué sur la création ou la nomination de leur CIO au sein leur organigramme. En quoi consiste ce rôle RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) ? Est-ce la version « from the Bay » et un brin plus trendy du directeur du développement durable ? Ou, au contraire, sommes-nous à l’aube d’un positionnement plus stratégique des postes RSE au sein des organisations ?

Chief Impact Officer, le nouveau poste tendance dans l’univers RSE ?

En charge de mesurer l’impact positif et négatif de leur entreprise, les Chief Impact Officers sont tendance. Brune Poirson a récemment quitté la politique pour rejoindre Accor en tant que CIO. Membre du comité exécutif, elle a pour mission de définir, d’animer et de suivre les engagements, la stratégie et le déploiement des plans d’action en matière de développement durable. De même, Kat Borlongan, l’ex-patronne de la French Tech, a pris un poste similaire chez Contentsquare, une licorne française. Est-ce un package inventé par les start-ups de la Silicon Valley pour valoriser leurs actions RSE ? Pas vraiment car l’émergence du métier de CIO reflète l’évolution et la place de la RSE au sein des entreprises, explique Caroline Renoux, CEO de Birdeo, cabinet de recrutement spécialisé dans la RSE et les emplois à impact positif. Elle distingue quatre phases clés : « Les premiers responsables RSE sont apparu·es aux alentours de 2005. Ils / elles étaient une réponse à la réglementation exigée : au sein des grands groupes, on leur demandait essentiellement de produire des reportings extra-financiers ». Puis, après la Cop 21 de 2016 qui a donné lieu aux accords de Paris, il y a eu un vrai tournant : « Le secteur financier a commencé à s’intéresser aux sujets environnementaux et sociétaux. On a vu émerger des postes RSE dans les fonds d’investissement, ce qui a poussé les entreprises à en faire davantage. En 2019, ensuite, un faisceau d’événements a accéléré cette tendance : le succès de l’application Yuka ou encore l’entrée en vigueur de la loi Pacte avec l’arrivée des sociétés à mission. Le sujet RSE devient de plus en plus stratégique. À tel point que de nombreux·ses directeur·ices de l’engagement ont été nommé·es au COMEX pour aller un cran plus loin ». Enfin, entre 2020 et 2021, le cabinet Birdeo estime à plus de 50% la croissance des offres RSE, type CIO, dans les entreprises de la tech ou du digital, mais aussi dans les PMI et PME, très investis dans le tissu économique local. Ainsi, « la crise sanitaire a simplement renforcé un engouement qui était déjà présent ».

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CIO versus responsable RSE : « bonnet blanc, blanc bonnet » ?

Que trouve-t-on dans la lettre de mission d’un·e CIO ? En défrichant les offres d’emploi, ses prérogatives semblent plus grandes que celles du responsable RSE. Caroline Renoux corrobore : « Si le responsable RSE doit limiter les impacts négatifs et maximiser les impacts positifs de l’entreprise, le / la CIO doit, en plus de tout cela, amener l’entreprise à formaliser sa raison d’être et sa contribution à la société ». Il / elle propose des leviers d’action pour tendre vers un modèle d’activités plus vertueux pour la planète et la société. Et ce, en embarquant toutes les parties prenantes internes (salarié·es, actionnaires, représentant·es du personnel) et externes (clients, fournisseurs…). Ainsi, « le / la CIO a généralement pour mission d’amener l’entreprise vers le statut de société à mission ou vers la labellisation Bcorp », souligne Caroline Renoux. Aussi, pour mener ce projet, une grande partie de son job s’apparente à du « change management » et du lobbying interne. Ainsi, un des volets de ses activités est de préparer, d’équiper et de soutenir les individus et les équipes dans les transformations organisationnelles et culturelles liées à la RSE. Autre différence majeure : « On lui demande d’intégrer l’impact dans le business et la stratégie de l’entreprise ». En ce sens, il / elle dépend souvent directement du COMEX afin de défendre des résultats tangibles grâce à des indicateurs de moyens et, surtout, de résultat.

Créer un poste de CIO : est-ce pertinent pour votre entreprise ?

Le / la Chief Impact Officer n’est pas le terrain gardé des start-ups. Il est certain que ces dernières ont « cette énergie, cette capacité de bousculer les modèles, d’imposer de nouvelles règles », souligne Caroline Renoux dans un article Linkedin. Que ce soit dans l’écosystème start-up, un grand groupe, ou une PME, la vraie question est celle des enjeux que la direction place derrière la notion de CIO. « Il y a de tout : cela va donc dépendre du niveau de maturité de l’entreprise sur la RSE ou encore de la personne recrutée, son niveau d’expérience et sa place dans l’organigramme », souligne Caroline Renoux. Le niveau de pertinence d’un poste de CIO, peu importe le secteur d’activité, se mesure au positionnement qu’on lui donne, dès le départ. Mylène Daudier, CIO chez Spring Lab, agence de conseil en innovation, transformation et engagement, en est l’exemple : « La crise Covid nous a poussés à réfléchir sur notre modèle et sur les champs d’application d’un conseil durable et à impact positif. Pour que cela fonctionne, la CEO et les associées ont rapidement positionné le sujet de manière stratégique. J’ai pu structurer une équipe, imaginer une nouvelle gouvernance et initier une stratégie et un plan d’action d’envergure en concertation directe avec elles et l’équipe ». Grâce à ce cadre ambitieux, les premiers résultats sont déjà visibles : « Notre stratégie RSE est définie à 4 ans avec des jalons concrets et notre raison d’être a été co-construite avec l’ensemble des parties prenantes (clients, partenaires…). Nous sommes devenus société à mission en septembre 2021 et nous avons également un objectif de labellisation Bcorp d’ici 2024. Pour cela, je suis chargée, entre autres, de co-définir et suivre des indicateurs opérationnels en lien avec nos objectifs statutaires d’entreprise à mission ».

Les compétences à cibler pour recruter votre « Harry »

Le / la CIO a un profil plutôt hybride car son poste est transverse. Il / elle devient un rouage de l’entreprise et influe sur son fonctionnement tout en étant responsable de son avenir. En effet, comme le souligne Fabrice Bonnifet, président du Collège des directeurs du développement durable (C3D), dans cet article : « Au-delà des engagements, l’enjeu, désormais, va être de pouvoir mesurer les impacts positifs des actions menées sans omettre d’analyser les impacts négatifs résiduels ou collatéraux. Rapidement, la crédibilité des dirigeants va dépendre des résultats obtenus et donc les moyens, la stratégie, la tactique pour tenir les engagements vont être scrutés par les analystes… L’objet n’est plus la conformité, mais clairement de créer de l’impact ». Pour répondre à ces exigences, il faut à la fois une bonne culture business et une connaissance des ODD (objectifs de développement durable) adoptés par les Nations Unies en 2015, selon Caroline Renoux. De plus, il s’agit de savoir piloter des projets transversaux et d’accompagner le changement. Mylène Daudier a plus de dix ans d’expérience en change management : « J’ai un diplôme spécialisé en RSE. Sauf qu’il y a dix ans, il n’y avait pas vraiment d’offres ou elles étaient peu considérées comme stratégiques. Je me suis orientée vers l’accompagnement au changement car ce qui m’anime est de faire bouger les statu quo. Finalement, cette expertise m’est bien plus utile aujourd’hui pour structurer notre projet RSE, engager les équipes et mener l’entreprise à des résultats tangibles ». Il faut aussi une bonne dose de courage, voire de ténacité car « les messages ne seront pas toujours faciles à porter et à entendre », souligne Caroline Renoux. Toutes ces compétences, proches du leadership et de certaines soft skills clés, démontrent un changement de paradigme dans l’évolution des carrières RSE : « Aujourd’hui, les salaires sont en augmentation, les opportunités aussi. Je suis convaincue que les postes RSE, tels que le CIO, vont être des accélérateurs de carrière ». À titre d’exemple, Helena Helmersson, la directrice générale du groupe H&M était chargée de la « sustainability » juste avant d’occuper ce poste de direction.

Une dynamique prometteuse à la fois pour les trajectoires professionnelles dans la RSE mais aussi pour la vision de l’entreprise post-Covid… qui sera éco-responsable ou ne sera pas.

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Photo par Thomas Decamps
Article édité par Ariane Picoche

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