Dépression en recherche d’emploi : « Je me sens incapable de me lever »

Dépression en recherche d'emploi : Savoir rebondir après l'échec

Depuis Lisbonne, Léna, 29 ans, mène enfin une vie qui lui ressemble : elle vit de nouveau à l’étranger, comme elle le souhaitait depuis des années, et elle a un boulot. Peut-être pas celui de ses rêves, mais elle peut enfin le dire : la période de recherche d’emploi et de dépression associée qu’elle a connu en 2019 est loin derrière elle. Si Léna ne s’attendait pas à connaître une telle épreuve, elle est aujourd’hui prête à nous raconter comment elle l’a vécue, et comment elle s’est relevée.

En juillet 2019, à l’âge de 26 ans, je suis recrutée par une grande entreprise de lingerie. Ce job correspond parfaitement à mon diplôme et à mes attentes : je suis comblée. Mais au bout de six mois, le ciel bleu se gâte quand j’apprends que ma période d’essai n’est pas validée… et que je vais devoir plier bagage. L’ascenseur émotionnel est violent : je ne comprends pas les raisons derrière cette décision. Débute alors une longue période de remise en question. En tant que junior, j’ai placé beaucoup d’espoir dans ce poste, je suis en quête de validation extérieure, d’une bénédiction d’un manager, de la reconnaissance d’une entreprise… Tout cela s’effondre.

Tout faire pour éviter le trou dans le CV

Pourtant, certain·e·s de mes proches sont presque soulagé·e·s par cette nouvelle : « Tu n’étais pas à ta place là-bas », « vu la charge de travail que tu avais, c’est peut-être un mal pour un bien »… Mais moi, je ne vois pas les choses de cet œil-là. Sur le moment, cela provoque même une vraie cassure interne. Même si je sais que je peux profiter des allocations chômage pour me donner le temps de rebondir, me tourner les pouces lors des prochains mois me paraît inconcevable. Alors je me lance corps et âme dans la recherche d’emploi pour mettre fin à cette situation, sans prendre le temps de me poser les bonnes questions. La seule chose qui compte à mes yeux est de retrouver un travail pour combler ce fichu trou sur mon CV.

C’est à ce moment-là que ma santé mentale commence à dégringoler. Ma confiance en moi s’étiole au fur et à mesure que les réponses négatives à mes candidatures tombent. Alors forcément, le matin, je me sens incapable de me lever : c’est la première chose qui m’alerte sur la dépression dans laquelle je suis en train de glisser. Je suis très fatiguée, mon cerveau et mon corps ne comprennent plus pourquoi ils doivent se réveiller : à quoi bon sortir du lit, si c’est pour ne rien accomplir ? Où réside ma valeur sans retours positifs ? Sans travail ? Je passe alors des heures à fixer le mur, j’ai du mal à m’alimenter… Et plus je suis épuisée, plus je suis à fleur de peau. J’enchaîne les crises d’angoisse, j’ai l’impression d’être enfermée dans une case dont je ne peux plus sortir. Je suis paralysée.

À ce moment, mon travail en tant que bénévole dans une association qui s’occupe d’accueillir et insérer des personnes immigrées à Paris est mon unique consolation. C’est le seul jour par semaine où je me sens utile quelque part. Mais malgré tout, ma productivité fout le camp et ma recherche d’emploi reste au point mort. Le simple fait de dire « Bonjour, je cherche un emploi » sur LinkedIn me fait douter de ma valeur. Je pleure sans savoir pourquoi. Un regard sévère pèse sur moi en permanence, comme si la société m’attendait au tournant. J’ai honte, je me sens bonne à rien. Alors, puisque je culpabilise de ne plus postuler et que je ne veux pas me montrer sous mon pire jour, je commence à me punir. Je ne m’autorise plus à voir des ami·e·s ou à sortir le soir et le week-end. C’est à ce moment que le chômage affecte ma vie sociale et emporte avec lui les moments de détente qui me restaient.

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Renouer avec le plaisir pour retrouver ma motivation

Au fond de moi, je sais que je ne suis pas si nulle. J’essaye de me rappeler que j’ai toujours eu des facilités à l’école, décroché les stages que je voulais… Mais je suis tellement bloquée que je suis incapable de le réaliser à ce moment-là, et de me tourner vers une aide professionnelle, comme un·e psychologue, par exemple, pour m’aider à prendre du recul. Heureusement, après près de six mois de recherche d’emploi, je finis par casser cette bulle un peu noire dans laquelle je me suis moi-même enfermée, à mes dépens : un jour, à force de souffrir, je réalise que je dois sortir de cette phase au plus vite et que sinon, je risque de m’éteindre. Alors, je me décide à renouer avec mon plaisir, à ce qui me fait me sentir moi-même.

Je suis déterminée à me retirer l’étiquette «chômeuse » que j’ai collée sur moi-même et qui me fait souffrir. Pour marquer le coup de ce changement de paradigme, je m’autorise à organiser une grosse fête d’anniversaire et je m’enfuie loin de cet environnement anxiogène. Je pars donc un mois en Inde, un pays dans lequel j’ai déjà vécu une période d’épanouissement total pendant mes études. Là, c’est la bouffée d’air frais. Je parviens enfin à réaliser que ma vie va être une succession d’opportunités, et qu’il faudra en contrepartie accepter certaines difficultés qui viendront inévitablement s’immiscer. Après avoir pris du recul, je rentre à Paris, juste le temps de pouvoir en repartir. Après près d’un an de recherche d’emploi et de difficultés, je décide de tout quitter pour aller vivre à Lisbonne. Finalement, c’est en respectant vraiment l’envie qui m’anime intrinsèquement que je commence à reprendre confiance en moi. Je comprends enfin que je dois m’écouter, m’appuyer sur mes qualités, ma valeur ajoutée et mes envies, au lieu de prêter attention aux attentes extérieures que l’on me prête si souvent en termes de métier ou de position hiérarchique, vis-à-vis de mon diplôme. Je comprends alors aussi, *après m’être retrouvée, relevée seule et avoir renoué avec ce que j’aimais vraiment dans la vie, que je peux rayonner par moi-même, et non uniquement grâce à un travail ou à une place dans une entreprise. Je me sens enfin bien dans mes baskets, et c’est à ce moment que les opportunités se présentent d’elles-même à moi. À peine arrivée à Lisbonne, je retrouve tout de suite un travail.

Revoir la notion d’échec

Aujourd’hui, je travaille encore sur ma manière de concevoir les événements de la vie, et notamment les échecs, le tout grâce à l’aide d’une coache. Le plus dur dans mon évolution a été de ne plus voir les refus comme des échecs, mais comme des redirections vers ce qui me convient vraiment. En d’autres termes, j’essaye vraiment de prendre les choses avec plus de bienveillance. Par exemple, si je devais de nouveau être amenée à quitter un emploi et donc à en chercher un nouveau, j’espère que j’arriverai à me dire : « Tu n’arrives peut-être pas à ouvrir cette porte car rien ne t’intéresse de l’autre côté. Cela ne veut pas forcément dire que n’est pas capable, mais qu’on te laisse la chance d’aller toquer à d’autres portes, jusqu’à ce que tu ouvres la bonne ! » Enfin, depuis que j’ai retrouvé un poste, j’ai complètement déconstruit mes attentes. J’essaye vraiment de prendre les choses comme elles viennent, au fur et à mesure, même si je n’ai pas encore trouvé le « job de ma vie » !

Je reste ouverte à ce que le futur prévoit pour moi, en gardant en tête ce que j’ai appris de cette période très douloureuse : je sais désormais que quand on est perdu·e, en dépression, qu’on ne sait plus ce qui peut nous soulager, nous guide, c’est comme si on nous avait déprogrammé·e et qu’il fallait (ré)apprendre à vraiment s’écouter, pour finir par aller vers ce qui nous attire vraiment… Si vous aussi, vous vous sentez déprimé·e alors que vous cherchez un emploi, sachez d’abord que vous n’êtes pas seul·e : ne pas avoir de travail peut naturellement nous amener à une perte de sens, de rythme, de motivation, voire d’identité… Si vous vous sentez concerné·e, évitez de vous isoler : n’hésitez pas à en parler autour de vous et à faire appel à une aide extérieure et/ou professionnelle si vous ne vous en sortez pas seul·e : il·elle saura vous accompagner durant cette épreuve et vous aidera à mettre en place ce qui vous fera très certainement rebondir !

Article édité par Gabrielle Predko
Photo par Thomas Decamps

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