Comment réagir face à un collègue qui nous vole nos idées ?

Travail : comment gérer quand un collègue nous vole une idée ?

Vous avez eu une super idée et… c’est votre collègue qui l’a soumise au boss ? En réunion, votre manager a présenté votre travail sans même mentionner votre nom ? Il n’y a rien de plus rageant que de se faire piquer le fruit de son labeur. Et pourtant, c’est assez courant. Une étude américaine menée auprès de 1 000 salariés nous apprend ainsi que 47 % des interrogés se sont déjà fait piquer leurs idées par leur N+1. Nous sommes d’accord : c’est insupportable. Et si l’on ne fait rien, le sentiment d’injustice peut vite se transformer en colère, faire naître des envies de vengeance et possiblement affecter l’estime de soi. Pour éviter d’en arriver là, voici comment gérer les pilleurs d’idées – et veiller à ce qu’ils ne recommencent pas.

Sarah, cadre dans la santé, espérait être nommée directrice, mais le poste lui est passé sous le nez. « Le nouveau directeur s’invitait souvent dans mon bureau pour des discussions informelles. Il n’y avait rien de cadré, pas de compte rendu. » Quelques mois plus tard, elle échange avec le PDG et apprend de sa bouche que « Chris a eu une idée géniale. Il a proposé que nous… » Sarah tombe des nues : cette idée, c’était la sienne. « J’étais écœurée. Je n’avais aucun problème à reconnaître certaines qualités chez Chris. Il n’avait pas volé son poste… juste mon idée ! »

Mary a vécu la même chose lorsque le cabinet d’architecture où elle travaillait a dû imaginer un logo pour une équipe de softball. « J’ai réalisé quelques esquisses sur mon ordinateur, devant trois collègues. Parmi eux il y avait celui que j’appellerai Monsieur X. On a plaisanté tous les quatre pendant que je bossais et peaufinais ma créa. J’ai envoyé le logo final depuis mon ordinateur directement au big boss. »

Le jour des délibérés, Mary est en déplacement chez un client. Quand elle revient au bureau, on lui apprend que c’est le « travail de son équipe » qui a été retenu. « Quand le résultat a été annoncé, Monsieur X s’est levé et il a tranquillement reçu le prix. J’ai été blessée et totalement sidérée de savoir qu’il s’était attribué tout le mérite de mon travail. Je lui ai demandé comment ça s’était passé exactement. Il m’a dit que comme je n’étais pas là, il avait accepté le titre au nom de “l’équipe” ! »

Se retrouver dans une telle situation peut être compliqué. « Difficile de ne pas accuser le coup », confirme Melody Wilding, spécialiste du comportement, coach exécutive et auteure. Et si rien n’est fait, le sentiment de rage peut se transformer en rancœur. « On peut même en venir à douter de soi, à se demander si on est invisible ou pourquoi notre travail a été méprisé. »

Comment gérer la situation ?

Quelle posture adopter et quelles erreurs éviter ? Melody Wilding nous livre ses conseils :

CE QU’IL VAUT MIEUX FAIRE

  • Restez calme
    Première règle quand quelqu’un s’approprie votre travail : ne pas vous emporter. « Sur le moment, privilégiez le sang-froid, mais remettez les choses au clair. Si ça se passe en réunion, qu’un·e collègue reprend votre travail à son compte, vous pouvez intervenir calmement avec une phrase du type : “Ça a été super d’avancer ensemble sur le projet dont parle Claire. Pour moi et mon équipe de bâtir toute la stratégie, et pour Claire d’assurer sa mise en œuvre.” »

  • Évoquez l’injustice en invitant l’autre à se mettre à votre place
    Essayez de faire comprendre à votre collègue que vous tenez simplement à ce qu’il n’y ait pas d’injustice dans l’histoire. Pour Melody Wilding, cela peut passer par une sensibilisation : « Ça t’est sûrement déjà arrivé de voir quelqu’un s’approprier une idée à toi. Tu vois bien ce que ça fait. J’espère que tu peux voir que c’est précisément ce qui m’arrive et comprendre ce que je ressens. Tu ferais quoi à ma place ? »

CE QU’IL VAUT MIEUX ÉVITER

  • Attaquer l’intéressé·e
    La pire chose à faire est de confronter la personne en direct. « Il y a toujours un petit risque d’accuser à tort, et là c’est vous qui seriez regardé·e de travers. Et surtout, vous pourriez regretter votre réaction impulsive. »

Mieux vaut vous laisser le temps de « digérer vos émotions » et de « faire redescendre la colère pour pouvoir prendre du recul et aborder la situation en y voyant plus clair. »

  • Penser que votre collègue l’a fait délibérément
    Melody Wilding souligne l’importance de toujours partir du principe qu’il n’y avait pas de mauvaise intention. « Il y a de fortes chances que votre collègue n’ait pas été au courant de votre apport exact dans le projet, ou ait simplement oublié de citer votre nom parmi toutes les choses à aborder sur le dossier. Envisagez cette possibilité et accordez-lui le bénéfice du doute. »

Il n’en demeure pas moins important de faire entendre votre voix et de poser un cadre pour la suite. Adressez-vous à l’intéressé·e : « Je sais qu’on a une liste de choses longue comme le bras à aborder en réunion et qu’on peut vite zapper quelqu’un. Mais à partir de maintenant, je te demanderai de bien vouloir me mentionner sur les slides. »

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Comment éviter que cela se reproduise

Et si, malgré tout, votre collègue continue de vous piquer toutes vos bonnes idées ? Il arrive qu’un collègue dérape et mette son nom sur une idée à vous. Mais que faire si cela devient une habitude ? « Si parler ne suffit pas, il sera peut-être nécessaire de l’avertir de façon plus claire et de préciser que s’il ou elle recommence, vous remonterez le problème à qui de droit. » À votre N+1 par exemple, qui « dans sa position, sera plus à même de mettre un terme à ce comportement », souligne Melody Wilding. Si vous vous en référez à un supérieur, veillez à livrer des éléments concrets pour étayer vos propos. « Si cela remonte jusqu’à vos managers ou aux RH, il vous faudra un dossier, des traces de vos échanges et de ce qui s’est réellement passé. »

Faire reconnaître votre travail

Savoir se mettre en avant est une compétence essentielle dans une carrière, explique Melody Wilding. « Il ne faut pas hésiter à exprimer haut et fort vos idées, à revenir sur vos bons résultats. Sinon, quelqu’un d’autre pourrait bien le faire à votre place. »

La coach exécutive présente deux techniques pour vous faire entendre.

  • Tâchez de prendre la parole en début de réunion. « Ceux et celles qui prennent la parole au début des réunions sont perçus comme plus compétents que les autres. Et cela vous permet d’exprimer vos idées avant qu’on vous les pique. »

  • Durant vos entretiens avec votre N+1, pensez à mentionner vos succès, petits et grands. Il ou elle sera ainsi « au courant des dossiers sur lesquels vous travaillez et pourra vous soutenir si quelqu’un s’approprie du fruit de votre travail. »

Lorsque le directeur de Sarah s’est accaparé son travail, elle a décidé de ne rien dire. Mais pour que cela ne recommence pas, elle a fait attention à ne partager ses idées qu’en présence d’autres personnes. Mais depuis, elle a surtout décidé de monter sa propre structure. « J’ai constaté que le directeur et le PDG étaient hyper proches. Ça n’aurait servi à rien de discréditer Chris. Je savais que j’avais de bonnes idées et que le mieux à faire était encore de partir. Ça m’a boostée pour me lancer seule. »

Pour Mary, l’histoire du logo est restée un cas isolé. Mais le jour où elle a voulu rappeler à son boss que la créa sur les maillots de softball, c’était la sienne, il ne l’a pas crue. Que vous obteniez gain de cause ou non, il est important de ne pas subir en silence – ne serait-ce que pour entretenir des relations saines avec vos collègues et prendre soin de votre bien-être au travail.

Vous pouvez attendre que votre collègue se prenne, un jour ou l’autre, le retour de bâton. En attendant, ne fermez pas les yeux sur une situation susceptible de vous causer du tort et d’affecter votre moral au bureau. Gardez toujours votre calme mais ne vous taisez pas. Cela pourrait même vous permettre de voir que votre collègue ne pensait pas à mal – et surtout l’empêcher de recommencer !

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Photo d’illustration by WTTJ, traduit de l’anglais par Sophie Lecoq
Édité par Éléa Foucher-Créteau

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