Négociation de contrats et financement, le métier de juriste en entreprise

Le métier de Juriste en entreprise

Le juriste, aussi appelé Legal Counsel, est un métier clé de la vie de l’entreprise. Généraliste ou spécialisé, son rôle est de défendre les intérêts de son entreprise. Qu’il travaille sur des contrats ou qu’il s’occupe des contentieux, son rôle est de s’assurer que cette dernière respecte la loi et les engagements qu’elle a pris.

À 29 ans, Sophie Bourdel est juriste en entreprise depuis déjà sept ans. Après une première expérience chez Bouygues Énergies & Services, elle a rejoint VINCI Concessions depuis plus de deux ans, où elle assure la rédaction et la négociation des contrats de concessions d’autoroutes et aéroports en France et à l’étranger. Elle nous reçoit dans son bureau calme et feutré, pour nous expliquer les rouages de son métier et en déconstruire les clichés.

En quoi consiste le métier de juriste en entreprise ?

Il existe de nombreuses façons d’exercer le métier de juriste en entreprise. Mon métier se rapproche de celui du « juriste conseil ». C’est un appui juridique de l’activité économique de l’entreprise. L’activité de l’entreprise va donc déterminer la spécialité du juriste. VINCI Concessions investit dans des projets de concessions aéroportuaires, autoroutières et ferroviaires, dans 20 pays. Les États lui confient le soin de construire, entretenir et exploiter de grandes infrastructures de mobilité. Mon rôle consiste donc à accompagner l’équipe commerciale jusqu’à la signature de ce contrat : une concession ou un partenariat public-privé (PPP). J’interviens en prévention des risques par la négociation de clauses du contrat qui protègeront l’entreprise de tout événement extérieur. Je suis aussi présente auprès des services opérationnels pour trouver des solutions juridiques qui vont leur permettre d’atteindre leurs objectifs, c’est à dire négocier le contrat dans les meilleures conditions.

Le juriste est un “business partner”, il participe vraiment à la vie des affaires. Notre rôle ce n’est pas d’interdire, mais de trouver la solution juridique pour que l’équipe commerciale puisse signer le contrat.

Quelles sont concrètement les missions qui te sont confiées ?

J’accompagne les équipes en charge de répondre à des appels d’offres de construction, financement et exploitation d’autoroutes et d’aéroports partout dans le monde. Souvent, VINCI Concessions va s’associer avec un ou plusieurs partenaires locaux (des fonds d’investissement ou des sociétés de BTP par exemple), avec lesquels créer une société concessionnaire. Le juriste participe donc à la mise en place de cette société et aux négociations des conditions de la collaboration avec ses futurs actionnaires. Avec nos partenaires, nous participons à la négociation du contrat de concession avec l’État ou la commune où est localisée l’infrastructure. J’interviens ensuite lors de la négociation des contrats de financement (par exemple un prêt bancaire). Je participe également à la négociation du contrat de construction de l’infrastructure et à la mise en place d’un contrat d’exploitation. Globalement, mon temps de travail est consacré à la recherche et à la veille juridique, à la lecture et analyse de contrats et à des réunions et calls.

Au cours de ces missions, qui sont tes interlocuteurs ?

Le plus souvent je collabore avec les partenaires investisseurs et les prestataires, les juristes des sociétés de construction du groupe VINCI et les cabinets d’avocats spécialisés en France et à l’étranger. En interne, je travaille avec les équipes commerciales et financière et en interaction avec un chef de projet qui a souvent un profil ingénieur ou commercial. Occasionnellement le juriste est convié à une audition avec un État ou une commune pour défendre les propositions qui sont propres à l’offre de l’entreprise.

Sophie Bourdel, Juriste conseil chez Vinci Concessions - Vinci, Rueil Malmaison.

Pour devenir juriste, quel parcours suivre ?

S’il suit une formation classique, le juriste va étudier 5 années en droit à l’Université, avant de rejoindre une entreprise. Ce n’est pas cette voie que j’ai choisie. J’ai étudié à Sciences Po Strasbourg où j’ai fait un master 2 en Droit public des affaires, ce qui m’a permis d’être reconnue comme “juriste publiciste”, spécialisée dans les marchés publics (les concessions et les partenariats publics-privés). Après un premier stage à la Cour d’appel de Paris et un second dans un cabinet de conseil au secteur public, j’ai été recrutée comme juriste chez Bouygues.

Je pense que l’idée c’est avant tout d’avoir un parcours qui est cohérent. Il faut suivre un Master 2 spécialisé dans la matière qui nous intéresse et l’idéal est de faire un stage dans un cabinet d’avocats expert dans ce domaine. Aujourd’hui, le marché recherche particulièrement les juristes qui ont un profil droit / école de commerce, ou droit / sciences politiques, ou encore d’anciens avocats.

Faut-il choisir une spécialité juridique pour optimiser ses chances de recrutement ?

Le juriste est d’abord un généraliste, dans la mesure où il doit avoir les capacités de faire des recherches pour répondre à toutes les questions juridiques que se pose l’entreprise. Si le sujet est très complexe, il peut s’adresser à un avocat spécialisé, mais cette décision lui appartient. Cependant, en fonction de l’activité de l’entreprise, ces juristes généralistes ont tout de même une spécialité particulière. Chez VINCI Concessions, les juristes ont souvent des formations en droit public, fusion-acquisition/droit des sociétés, ou en droit international.

Les spécialités qui sont très en vogue sont les nouvelles technologies de l’information (le juriste digital), avec les dimensions propriétés intellectuelles (droit des marques). Je pense que c’est une niche qui recrute beaucoup en ce moment. Sinon, je crois que ceux qui sont intéressés par le droit de l’environnement ont de belles perspectives de recrutement. L’idée est d’avoir une formation et des stages cohérents. Il faut aussi miser sur les langues étrangères car les entreprises ont beaucoup de contrats à l’international.

Le juriste est d’abord un généraliste, dans la mesure où il doit avoir les capacités de faire des recherches pour répondre à toutes les questions juridiques que se pose l’entreprise.

En quoi le rôle du juriste est-il différent de celui de l’avocat ?

Le juriste c’est le premier point de contact en interne, il est dans l’entreprise. Il peut solliciter un avocat spécialisé sur des opérations complexes, comme la mise en place d’un financement de projet, qui va travailler intensément sur un dossier. On fait aussi appel à des cabinets d’avocats locaux sur des questions très spécifiques de droit étranger. On travaille réellement en équipe multidisciplinaire.

« Moins diplômé que l’avocat », « Gratte papier », « poussiéreux », « pas fun » … Ce métier souffre de nombreux clichés. Qu’en est-il réellement ?

Si parfois le juriste est jugé moins diplômé que l’avocat, c’est un tort. Notre métier est différent. Être juriste, c’est vouloir participer pleinement à la vie d’entreprise. Aussi, les avocats avec qui le juriste travaille sont très spécialisés alors que le juriste porte un regard plus global. C’est un choix que de vouloir travailler sur des sujets variés. Enfin, le juriste est le client de l’avocat. Il a le dernier mot, mais il n’y a aucune rivalité entre ces deux métiers.

En ce qui concerne le cliché d’un métier “pas fun”, effectivement, quand on se retrouve dans une situation où le juriste parle comme un code civil et que le commercial ne fait pas appel à son juriste parce qu’il ne comprend pas son langage juridique, c’est dommage. Le juriste doit au contraire participer à la vie des affaires. Chez VINCI Concession, il est intégré à une équipe projet et en contact permanent avec les équipes commerciales.

La nouvelle génération de juristes est souvent diplômée d’un master en droit et d’une formation business, elle connaît bien la vie de l’entreprise.

À quoi ressemble ta journée type ?

Il n’y a pas vraiment de journée type. Notre vie professionnelle est rythmée par les phases des projets. Lors de la date de la signature du contrat de concession, ou de la mise en place d’un refinancement approche, nous sommes très mobilisés : négociations, signatures des autorisations, réunions pour valider nos positions. Ces phases sont intenses et peuvent durer 2-3 mois. On alterne ces périodes avec des phases de développement plus calmes qui nous laissent le temps de nous consacrer à des analyses contractuelles, de la recherche juridique et des sujets de fond. Notre rythme de travail n’est pas régulier et, personnellement, j’aime bien travailler comme ça.

Quelles sont les qualités qui font un bon juriste ?

La première des qualités, c’est qu’il faut être organisé, ne pas se laisser dépasser par la charge de travail, savoir hiérarchiser les priorités. Mais il faut aussi être à l’écoute des besoins de l’opérationnel, pour bien comprendre les demandes économiques et les enjeux business. Le juriste maîtrise le droit, mais il évolue aussi dans un monde économique. La variété des matières juridiques explorée par le juriste au quotidien, requiert surtout de lui qu’il soit curieux. On est amené à travailler dans des juridictions qu’on ne connaît pas. Ta mission sera réussie quand tu auras acquis suffisamment de connaissances dans le droit local pour challenger les positions des avocats locaux.

Qu’est-ce qui te fait te lever le matin ?

C’est justement l’inconnu des questions qui nous seront posées qui me plaît. L’idée de devoir apporter une solution dans la journée sur des sujets juridiques très variés me stimule. Ce qui me fait me lever le matin, c’est le fait que les journées ne se ressemblent pas. On fait toujours de nouvelles découvertes et je suis toujours en train d’apprendre.

Qu’aimerais-tu dire aux jeunes qui veulent devenir juriste en entreprise ?

Mon premier conseil c’est de s’intéresser à la vie de l’entreprise. Certes, il faut garder son rôle de juriste, c’est important de revenir à la source, de consulter de la jurisprudence, ouvrir le code. Mais, pour autant, il faut s’intéresser au business. Donc, mon conseil c’est d’aller au contact des opérationnels économiques, comprendre les enjeux. Il faut vraiment s’ouvrir au monde des non-juristes. Il faut aussi s’ouvrir à l’international. Pratiquer au moins deux langues étrangères. Et, pourquoi pas s’ouvrir à un droit étranger comme la « common law » (le droit anglo-saxon). C’est toujours très valorisé en entreprise que la personne ait eu une expérience dans une juridiction étrangère, cela démontre une ouverture, une capacité à s’adapter rapidement sur des problématiques juridiques différentes.

Mon conseil c’est d’aller au contact des opérationnels économiques, comprendre les enjeux. Il faut vraiment s’ouvrir au monde des non-juristes.

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Photos by WTTJ@VINCI Concessions

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