Guide anti-mansplaining : que répondre aux hommes qui vous expliquent la vie ?

Répartie anti-mansplaining : comment défendre sa légitimité pro ?

« Ma chérie, le volant ça se tient à deux mains, rappelle-toi, 10h10 ! » ; « Tu savais que ton nom d’artiste était lié à une célèbre autrice ? » ; « Ah t’es dans la mauvaise semaine… Prends un Spasfon ça ira mieux ». Une voiture, un pseudo et un antispasmodique peuvent sembler n’avoir pas grand-chose en commun, mais ces remarques relèvent toutes trois d’un phénomène appelé mansplaining. Contraction de man et explaining en anglais, ce terme désigne l’action, pour un homme, d’expliquer à une femme quelque chose qu’elle sait déjà, voire dont elle est experte. Autant de remarques indésirables qui peuvent surgir dans un tas de contextes, notamment au travail où certains hommes se permettent de jouer les professeurs. Lucile Quillet, journaliste spécialiste du travail des femmes et experte du LAB de Welcome to the Jungle, nous donne ses conseils pour se réapproprier sa place légitime dans le monde professionnel.

Rien de plus agaçant qu’un homme qui nous explique - souvent avec condescendance - ce que l’on connaît déjà sur le bout des doigts. En plus de nous hérisser les poils, ces leçons paternalistes remettent en question notre expertise : se voir expliquer comment faire son travail insinue de facto que l’on ne connaît pas notre métier, ou du moins pas suffisamment pour l’exécuter correctement. Si envoyer bouler cet inconnu en soirée qui s’est lancé dans la vaste entreprise de nous apprendre la vie peut sembler relativement accessible, avec ses collègues, c’est une autre histoire. Dans la sphère privée comme professionnelle il est toutefois important d’oser s’affirmer, pour préserver son ego autant que sa confiance en soi. Petite leçon d’autodéfense du mansplaining en milieu pro.

1. Ne pas rester passive

Que ce soit par lassitude, manque de confiance en soi ou peur de la confrontation, la non réponse - même si elle est attirante - laisse le doute s’installer en plus de nous décrédibiliser… Surtout si la scène se déroule sous les yeux de tierces personnes, comme lors d’une réunion. Témoin de cette passivité récurrente, un supérieur hiérarchique pourrait par exemple penser, même inconsciemment, que nous n’avons pas d’autorité, et donc que nous ne serions pas à même de diriger une équipe. « Il ne faut pas rester passive, notre interlocuteur risque de penser qu’il est vraiment en train de nous apprendre notre travail, pose Lucile Quillet. Au contraire, répondre permet de rétablir la justice, de ne pas autoriser une personne à nous destituer de notre expertise, et de défendre l’image que l’on renvoie aux autres ».

Dans le restaurant où elle travaille, Camille, fatiguée des remarques constantes de ses collègues masculins en cuisine, s’est longtemps laissée faire. « C’était toujours des : “Mais… t’as fait comme ça ?”, “Pourquoi tu chauffes le lait ?”, “T’as mis deux oeufs, t’es sûre ?” ou encore “Moi je ferais plutôt comme ça…” », rapporte la jeune femme. Un jour, un de ses collègues du même rang hiérarchique a même jeté son assiette car la présentation n’était pas à son goût. « Au départ je ne disais rien et je serrais le poing, mais au fur et à mesure j’ai commencé à m’affirmer et à montrer clairement mon agacement. Certains de mes collègues ont pris conscience qu’ils allaient parfois trop loin ».

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2. Rappeler ses compétences

Sans entrer dans une démarche pédagogique pour autant, Camille n’hésite désormais plus à souligner la difficulté d’être une femme dans une cuisine presque exclusivement composée d’hommes, et à rappeler à ses collègues qu’elle possède le même diplôme qu’eux. Signifier à notre interlocuteur que son explication est déplacée passe en effet par un rappel de notre domaine de compétence. L’idée d’exposer son expertise peut faire craindre de verser dans la prétention, mais il ne s’agit ici que de rétablir la vérité. Inutile de détailler l’ensemble de son CV, rappeler l’intitulé de son poste peut suffire : « Il faut en revenir au factuel, à commencer par son titre de poste, qui est la première reconnaissance de notre légitimité. Personne ne peut vous accuser d’être mythomane ou d’avoir un ego surdimensionné lorsque vous dites que vous êtes chargée du développement d’un projet », rappelle Lucile Quillet. Si l’homme qui nous explique notre travail est un collègue du même rang hiérarchique, il ne faut pas non plus hésiter à lui rappeler qu’il n’est pas notre supérieur, et que nous reprendre ne fait pas partie de son rôle.

3. Éviter la surchauffe

Répondre c’est bien, mais sur un ton posé, c’est encore mieux. La tentation de lever les yeux au ciel et de monter en décibels a beau être grande, garder une pleine maîtrise de soi aura bien plus de poids dans la conversation. « Il est légitime de s’énerver, mais il faut malheureusement garder en tête les stéréotypes sexistes qui réduisent les femmes à leurs émotions », prévient la journaliste. Au lieu d’écouter le fond, nos collègues risquent grandement de ne retenir que notre accès de colère ou notre agacement, aussi passagers soient-ils. Pour être réellement écoutée, il est donc préférable de mettre les formes : « Il faut répondre le plus calmement possible, montrer que l’on n’est pas destabilisée et marquer des silences, cela fait autorité ».

À New York pour couvrir le Comic Con qu’elle connaît bien, Laetitia, journaliste, a interviewé les acteurs sans suivre une trame de questions préalablement écrite. C’est seulement à la sortie qu’un confrère américain l’a interpellée : « Il m’a attrapé le poignet et a demandé à voir mes questions. Je lui ai dit que je n’en avais pas et que tout était dans ma tête, et il a commencé par me répondre : “Écoute petite, je vais t’expliquer comment ça se passe ici…” avant de me détailler comment mener une interview. Je lui ai froidement répondu que je connaissais mon métier que j’exerçais depuis plusieurs années et que je n’avais pas besoin d’une leçon de journalisme. Il fallait voir la scène : moi et mon mètre 58 avec mes cheveux roses et lui, 1m90 et un air de taureau énervé… Il avait l’air ridicule ». L’efficacité d’une répartie imparable, couplée à un aplomb imperturbable.

4. Se réapproprier son travail

Le glissement entre mansplaining et appropriation de son travail est aussi facile que subtile, et un collègue un peu paternaliste pourrait rapidement s’octroyer les fruits de votre labeur. À ce sujet, Lucile Quillet conseille notamment de laisser une trace écrite lorsque cela s’y prête : « On peut par exemple rappeler au détour d’un mail groupé, de manière discrète, que c’est nous, ou notre équipe si on en a une, qui avons mené telle campagne ou stratégie ». Sans s’imposer de manière trop frontale, ce genre de manœuvre permet de délimiter clairement le rôle de chacun et d’éviter de se voir dépossédée des fruits de son travail, en semant discrètement les graines de notre légitimité.

Lutter contre le mansplaining qui invisibilise le travail des femmes demande de faire appel à des informations factuelles qui suffiront à appuyer notre légitimité, tout en témoignant d’un certain sang froid. Et en plus de ça, ces quelques mots bien assénés nous apporteront la satisfaction immédiate d’avoir renvoyé dans ses filets un homme qui participe au sexisme ordinaire.

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Photo par Welcome to the Jungle
Édité par Gabrielle Predko

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