BADASS : Ce que vous pouvez apprendre de ce collègue que vous détestez

BADASS : Comment travailler avec ce collègue que l'on déteste ?
Un article de notre expert.e

Lucile Quillet

Journaliste, conférencière et autrice experte de la vie professionnelle des femmes

Il s’appelle Benoît, Quentin… ou Patricia. C’est cette personne que nous avons toutes et tous eu au moins une fois dans notre vie professionnelle : le collègue que l’on déteste. On le regarde arriver le lundi matin en grommelant… en silence. Depuis notre chaise de bureau, on l’observe sympathiser avec les autres collègues, comme s’ils étaient naturellement faits pour s’entendre (alors que vous êtes le·la seul·e à ne pas être dupe et voir clair dans son jeu). Ses posts (faciles et bon public) sur LinkedIn nous font grincer des dents. Et quand on lui attribue les missions dont nous rêvions en secret, ce n’est pas moins qu’un volcan de seum qui jaillit en nous… Armé·e de notre plus beau sourire hypocrite, on le·la félicite quand même (parce qu’on est hyper pro), tout en lui jetant dix fois le mauvais œil (il ne faut pas trop en demander non plus)… Tant d’énergie consumée, alors qu’en réalité, nous aurions bien plus à gagner en tirant les leçons de cette haine tenace.

Il était une fois… le mec moyen et la bonne élève

Ce·cette collègue que vous détestez est-il·elle plus méritant·e que vous ? Pas forcément. C’est d’ailleurs cela qui vous agace : vous ne comprenez pas au nom de quoi tout lui réussit mieux qu’à vous, ni les raisons qui font que tout a l’air plus facile et que tout le monde (oui, tout le monde) l’aime. Les femmes sont d’autant plus susceptibles de ressentir cette amertume vis-à-vis de leurs collègues masculins qu’ils peuvent en général grimper les échelons en étant moyens, là où nombre d’entre elles ont le sentiment qu’il faut être parfaite pour gagner en légitimité.

Pour ces raisons, il se trouve que le collègue qu’on déteste s’avère souvent être cet homme copie conforme de tous les autres dans l’entreprise. C’est celui qui part à l’heure quand vous ne comptez plus vos heures sup’. C’est celui qui n’a pas besoin d’en faire deux fois plus pour avoir l’estime de son·sa boss. Celui qui ne se justifie jamais mais exige plus. Celui que tout le monde trouve “hyper sympa” alors qu’il n’a rien d’exceptionnel (le charme des gens consensuels…). Bref, c’est souvent un collègue privilégié qui ne connaît ni le sexisme, ni le syndrome de la bonne élève, ni celui de l’imposteur qui clouent les femmes à leurs chaises. En résumé : là où un homme moyen postule et grimpe, une femme s’auto-censure… et s’agace.

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Comment sortir du mode “replay” ?

Alors oui, peut-être que la méritocratie n’existe pas forcément dans votre boîte. Peut-être aussi - ça ne va pas vous plaire - que vous l’abhorrez car il·elle est meilleur·e que vous, tout simplement (du moins sur certains points). Consternation ou jalousie, en réalité, le problème ne change pas tellement : vous restez coincée dans la spirale stérile de la colère saupoudrée de frustration, en boucle sur vos jugements. L’incompréhension vous subjugue, là où l’analyse devrait vous faire passer à l’action. Voyons comment sortir du mode replay et tirer les leçons.

1. On reconnaît les limites de notre comportement

Qu’il·elle soit nul·le ou meilleur·e que vous, le vrai problème reste que vous tournez en boucle dans votre colère quotidienne. Vous vous réconfortez dans vos jugements : “il·elle n’est vraiment pas sincère”, “quel fayot·te”, “moi, je fais du vrai bon travail, je mérite mieux”, “c’est dégueulasse”. Le problème ? Rien ne change, si ce n’est votre santé mentale.

À la place : On se fait une raison et on range les jugements dans sa poche. Le statut de Calimero, c’est réconfortant un temps, mais à la longue c’est stérile. Peut-être que vous avez raison, mais dans les faits, là, tout de suite, l’heure du jugement dernier et de l’avènement de la méritocratie, de la justice et de l’égalité n’est pas (encore) venue. Il vous faut revenir en mode pragmatique en vous posant une question : qu’est-ce que je peux faire à mon échelle, au temps présent ?

2. On passe en mode analyste

Première étape du passage à l’action : analysez votre seum. Visiblement, le collègue fait des choses, ça fonctionne, et ça vous exaspère : pourquoi ? Votre colère vous dit quelque chose : est-ce le fait que cette personne soit meilleur stratège que vous ? Que le politiquement correct un brin bullshit soit valorisé dans votre boîte ? Qu’il·elle s’embarrasse moins de scrupules perfectionnistes que vous ? Qu’il·elle sait mieux réseauter ? Où vous sentez-vous être lésée ou moins reconnue ?

À la place : On passe en mode inspiration. Souvent, ce qu’on critique chez les autres correspond à ce que l’on ne s’autorise pas à faire soi-même. L’exemple de ce collègue haï peut alors vous décomplexer pour mieux communiquer, réseauter, demander plus…

Si la cause de votre agacement est en revanche le non-respect (par ce collègue et à travers lui, votre environnement de travail) d’une valeur qui vous est fondamentale, pas question de s’en inspirer. En revanche, il est capital de sortir de la passivité. En particulier si le comportement est nocif pour d’autres. L’énergumène coupe sans cesse la parole en réunion ? Vous avez le droit de réagir, de le recadrer ou d’en parler à votre N+1.

3. On relève le challenge

Hors de question de suivre les pas du collègue détesté : il·elle est nul·le et ses ficelles sont aussi grosses que faciles ? Ok. Pour autant, tout ce que vous en faites, c’est de bitcher à la machine à café. Pas vraiment top niveau non plus. La différence, c’est que son comportement lui rapporte visiblement des choses sur le plan professionnel, alors que vous perdez vos économies de tiroir en expressos.

À la place : Au lieu de l’imiter bêtement et simplement, relevez donc le challenge là où vous pensez que le niveau devrait être. Ses posts LinkedIn sont creux ? Faites-en de plus intéressants. Vous verrez, ce qui vous agace chez le·la collègue détesté·e va faire ressortir le meilleur de vous-même. Une saine compétition est lancée !

4. On se rapproche de l’ennemi·e

Parce qu’il vous agace au plus haut point, vous l’évitez et grimacez dans son dos (on sait, on vous a vu·e). Vous avez l’intime conviction que plus vous vous approchez de lui, plus vous allez voir rouge.

À la place : Traitez-le comme un collègue normal. Parce qu’il faut garder ses ennemis proches. Aussi parce qu’en vous rapprochant, vous pourriez bien voir les failles dans le système. Peut-être que vous réaliserez que vous avez diabolisé la bête, et qu’elle n’a pas que des amis… et même peut-être certains collègues qu’elle ne supporte pas.

Vous l’avez compris : ce collègue irritant est souvent le réceptacle de la somme de nos frustrations dans notre job. Il est plus facile de les cristalliser sur une personne que de passer à l’action pour rester bien alignée avec soi. Ce que vous apprend ce collègue que vous détestez, ce sont donc vos propres limites, mais aussi celles de votre milieu professionnel. Il·elle est à la fois une incarnation de ce que vous pouvez faire de mieux, mais aussi de ce qui est accepté et valorisé en entreprise (boy’s club, es-tu là ?).

On ne vous demande pas d’aimer soudainement votre collègue détesté… Après tout, ça fait partie de la vie et ce n’est pas dramatique : le travail n’est pas un endroit où l’on doit devenir amis avec les autres mais juste bien fonctionner avec eux, malgré les divergences et inimitiés. Le tout est de savoir faire la part des choses, analyser, passer à l’action… À défaut de ne plus le·la détester, peut-être que vous le·la remercierez.

Article édité par Elea Foucher-Créteau
Photo de Thomas Decamps

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