Lutte contre le chômage : 7 initiatives originales en France et en Europe

Tour d'horizon des initiatives pour lutter contre le chômage

On nous dit que c’est central, qu’il augmente, qu’il baisse, mais on ne sait jamais vraiment comment ni pourquoi… On parle bien-sûr de ce fameux taux de chômage, qui a reculé de 0,1 point sur les trois premiers mois de l’année en France, pour atteindre 7,3 % de la population active – son score le plus bas depuis 1975 ! Mais quelles sont les initiatives qui permettent de l’endiguer ? Petit tour d’horizon des mesures les plus originales pour atteindre, un jour peut-être, le bien nommé plein-emploi !

En France

Alors qu’Emmanuel Macron entame son second quinquennat, les bons chiffres du chômage – 2,2 millions de personnes sans emploi – constituent la nouvelle référence qui servira pour juger son futur bilan. Le Président s’est fixé comme objectif le plein-emploi, qu’on situe à un taux de chômage d’environ 5 %. Ces différentes solutions sont-elles des pistes pour atteindre le Graal ?

Les territoires zéro chômeurs de longue durée

Créé par la loi du 29 février 2016, le dispositif “Territoires zéro chômeur de longue durée” (TZCLD) est expérimenté depuis 2017 dans dix territoires. En 2022, deux nouveaux ont reçu l’habilitation, en Haute-Marne et dans l’Indre-et-Loire et l’expérimentation pourrait toucher 60 territoires d’ici à 2023. Dédié aux personnes sans emploi depuis minimum 12 mois, le projet propose de leur offrir des CDI dans des entreprises de l’économie sociale et solidaire, dites entreprises à but d’emploi (EBE), elles-mêmes conventionnées par l’Etat, les conseils départementaux et régionaux. Les emplois en question peuvent aller de travaux d’épicerie en passant par des recycleries, des garages solidaires…
Retombées : Si le dispositif permet de créer des emplois de qualité pour les personnes en situation de grande exclusion, la problématique principale est l’équilibre économique des TZCLD (territoires zéro chômeurs longue durée, ndlr). L’État, en effet, n’abonde qu’à hauteur de 17 500 € par an et par demandeur d’emploi, ce qui implique des frais de structures lourds à porter pour les EBE. D’autant que ces entreprises à but d’emploi restent peu rentables, ce qui les fragilisent sur le long terme.

Les entreprises éphémères

Voici un autre concept innovant imaginé en 2015 par deux formateurs en entreprise, Didier Krief et Céline Garence, et soutenu par Pôle Emploi dans les territoires soumis au test. L’idée de départ : à plusieurs, on est plus forts pour trouver du travail. Concrètement, il s’agit de réunir les demandeurs d’emploi d’un même bassin avec pour objectif de créer une entreprise éphémère où chacun aurait un rôle défini. Reprise d’un rythme régulier, travail en équipe, prise de parole en public, responsabilisation… Participer au projet permet à ces chômeurs d’être dans une dynamique proactive, à développer leurs compétences, à créer du réseau, tout en poursuivant leur recherche d’emploi en parallèle. Car le statut d’associé reste une appellation symbolique. En réalité, les participants conservent leur statut de demandeur d’emploi et continuent de percevoir leurs indemnités chômage. Quant aux entreprises, elles n’ont pas d’existence véritable et n’existent que le temps d’accompagner ces personnes sans emploi.

Retombées : Créé au départ pour les demandeurs d’emploi de longue durée, le concept rencontre un fort succès et se voit décliné depuis janvier 2022 à destination des plus jeunes, avec la première “Junior Entreprise Éphémère”. On compte aujourd’hui 23 entreprises éphémères déjà créées, près de 1000 associés formés dont 63 % ont une solution d’emploi dans les 6 mois suivant leur participation au projet.

Les initiatives locales associatives

Créée en 2005 à Audenge en Gironde, l’association “Bassin Solidarité Emploi” a pour objectif de favoriser l’insertion professionnelle des salariés à travers un dispositif solidaire de lutte contre la précarité économique. Elle offre un parcours d’accompagnement renforcé, pour aider à mettre en œuvre un projet d’emploi pérenne et endiguer la précarité. Pour ce faire, elle recrute directement les personnes sélectionnées et met à disposition ces personnels auprès de particuliers, d’entreprises ou de collectivités situés sur le territoire pour des missions qui peuvent aller de l’animation au jardinage jusqu’à la garde d’enfants. L’association s’occupe elle-même de l’ensemble de la gestion administrative relative au salarié (déclarations, paie, etc.) et ces derniers bénéficient de parcours de formation et d’un accompagnement spécifique pour favoriser le retour à un emploi plus durable. En permettant aux personnes du territoire de retrouver un emploi, la structure participe également au développement économique local.

Retombées : Le site de l’entreprise affiche un résultat de près de 85 % d’obtention d’un CDD ou d’un CDI parmi les personnes accompagnées par l’association.

L’Insertion par l’Activité Économique

Instaurée par la loi du 14 décembre 2020, l’Insertion par l’Activité Économique (IAE) permet aux personnes les plus éloignées de l’emploi, en raison de difficultés sociales ou professionnelles – chômeurs de longue durée, personnes qui touchent les minima sociaux, jeunes de moins de 26 ans en grande difficulté, travailleurs handicapés – de bénéficier d’un accompagnement qui doit faciliter leur insertion par le biais de contrats de travail qui peuvent aller de l’apprentissage au stage, contrat d’intérim, CDDI ou encore CDD d’usage. Concrètement, pour en bénéficier, la personne en recherche doit recevoir l’agrément de Pôle Emploi ou d’un organisme prescripteur et fournir des pièces justifiant de ses difficultés personnelles et professionnelles. Elle bénéficie ensuite d’un accompagnement renforcé (évaluation, ateliers de recherche d’emploi, bilan de compétences…) Sous certaines conditions, à la fin d’un délai minimum de 12 mois, les contrats en question peuvent être transformés en contrat à durée indéterminée.

Retombées : En mars 2022, 15 500 contrats à durée déterminée d’insertion (CDDI) ont été signés en ateliers et chantiers d’insertion (ACI) et 4 700 en entreprises d’insertion (EI), soit des niveaux en hausse de 6,1 % pour les ACI et de 4,5 % pour les EI par rapport à mars 2021. Des résultats encourageants !

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En Europe

Même tendance au niveau de la zone euro : en mars, son taux de chômage a atteint son plus bas niveau historique, à 6,8 % de la population active ! En effet, le marché du travail semble avoir profité de l’exceptionnel rebond de l’économie depuis le printemps 2021, à la suite de la récession liée à la crise sanitaire. Toutefois, la lutte contre le chômage demeure un sujet important dans de nombreux États et certaines initiatives originales ont ainsi vu le jour.

La garantie renforcée pour la jeunesse

Nettement plus touchés par le chômage que l’ensemble de la population, les jeunes sont ceux qui ont le plus souffert des conséquences de la pandémie du Covid-19. Pour pallier cette situation, l’Union européenne a lancé en 2013 la Garantie pour la jeunesse, renforcée à l’octobre 2020. Ce dispositif a pour objectif de garantir à tout jeune de moins de 30 ans une offre d’emploi, de formation, d’apprentissage ou de stage dans les quatre mois qui suivent la perte de son emploi ou la fin de ses études.

Retombées : Depuis sa création, plus de 24 millions de jeunes ayant fait appel à cette garantie ont trouvé une solution à leur situation, qu’il s’agisse d’un emploi ou d’un dispositif de formation, selon la Commission européenne. Problème, les stages dégotés sont souvent plus faciles d’accès car moins rémunérateurs…

La semaine de 4 jours à l’essai au Royaume-Uni

Depuis le 1er juin, une soixantaine d’entreprises outre-Manche testent la semaine de 4 jours sans perte de salaire. 3 300 employés de 70 entreprises britanniques sont concernées par le dispositif, qui a pour objectif de lutter contre le phénomène de la “grande démission”, alors qu’1,3 million de postes sont vacants dans le pays. Ce test à grande échelle est le plus grand du genre jamais mené. S’il s’avère concluant, il pourrait déboucher sur un projet de loi actant officiellement le principe.

Retombées : Des tests similaires existent déjà en Espagne, en Islande, aux États-Unis et au Canada. La Belgique veut également introduire la semaine de quatre jours. En France 5 % des entreprises l’on adoptée et 64 % des salariés y sont favorables, selon une étude du magazine Forbes. S’il est encore difficile de mesurer les retombées économiques exactes, pour l’économiste Pierre Larrouturou, il s’agit d’un des principaux leviers pour répondre au chômage de masse car la semaine de 32 heures pourrait permettre de créer 1,6 million d’emplois, grâce à une meilleure répartition du temps de travail.

Le revenu universel en Allemagne

Outre-Rhin, 122 personnes ont été tirées au sort parmi 2 millions de volontaires pour bénéficier de 1200 € par mois sans condition de ressource. L’objet de cette étude scientifique, menée par l’Institut allemand pour Recherche économique (DIW), est d’étudier l’effet du revenu de base universelle sur le comportement et sur la manière de dépenser cette somme. Pour être sélectionné, il fallait avoir entre 21 et 40 ans, vivre seul et avoir déjà un emploi. Libre aux heureux élus de conserver ce dernier ou non. Selon l’économiste Baptiste Mylondo, “le revenu inconditionnel agit comme une prime à la réduction du temps de travail susceptible en fin de compte d’impulser un réel partage de l’emploi”. Une piste éventuelle indirecte de lutte contre le chômage, donc…

Retombées : Le revenu universel pourrait aider dans la lutte contre le chômage en ce sens qu’il favorise l’entrepreneuriat et la mise en œuvre de projet donc la rentabilité est incertaine ou nécessite beaucoup de temps. Une aubaine pour la créativité et, in fine, une solution pouvant déboucher indirectement sur des créations d’emplois ? Entre 2017 et 2018, la Finlande avait conduit une expérimentation de revenu universel. 2 000 chômeurs avaient reçu une allocation de base de 560 euros mensuels, sous forme de revenu inconditionnel, pouvant se cumuler avec les revenus du travail. Dans le rapport final d’évaluation paru le 6 mai 2020, les évaluateurs ont conclu que ce revenu universel expérimental avait eu des effets positifs modérés sur l’emploi mais positifs sur la sécurité économique et la santé mentale. Un résultat en demi-teinte.

Si une leçon peut être retenue de ce tour d’horizon des initiatives originales contre le chômage, c’est que deux leviers principaux se dégagent : la stratégie de la reprise d’activité et de l’accompagnement et celle de la réduction du temps de travail. Une chose est sûre : la situation du marché de l’emploi est favorable en France et dans de nombreux États de la zone euro. Selon la Première ministre française Elisabeth Borne, la dynamique actuellement observée dessine le chemin pour arriver au plein-emploi… Peut-être en adoptant à plus grande échelle l’une de ces initiatives ? Rendez-vous en 2027 pour le bilan !

Article édité par Manuel Avenel et Gabrielle Predko
Photo Thomas Decamps

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