SOS Manager en détresse “J’ai un chouchou dans mon équipe : c'est grave ?”

SOS Manager en détresse “J’ai un chouchou dans mon équipe"

Oui, un manager a le devoir de traiter de manière identique chaque membre de son équipe, mais les sentiments humains sont complexes et il arrive parfois qu’un·e manager ait son petit chouchou. Sauf qu’à force de sympathiser, lui confier des responsabilités, voire même de l’admirer, le chouchou est vite démasqué. Bruits de couloir, culpabilité, situation gênante, relations ambiguës et jalousies… Avoir un chouchou au bureau n’est pas sans conséquences ! En témoignent Laurent, Arnaud et Caroline qui en ont fait la douloureuse expérience.

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Vous êtes vous-même dans cette situation ? Pas de panique ! Ludovic Girodon, accompagnateur de dirigeants chez Réseau Entreprendre et auteur du livre Dream Team, vous donne les clés pour surmonter cette difficulté.

« C’est moi que j’aime à travers vous » ?

Avoir un chouchou, moi ? Jamais ! En réalité, comme l’explique parfaitement la théorie du Leader Member eXchange (LMX), il s’agit d’un phénomène naturel. Cette théorie suggère que dès les prémisses de la relation manager-managé, le premier va implicitement catégoriser le second comme « in » (compétent), ou « out » (incompétent). Il suffirait uniquement de 5 jours pour que 90% des managers enferment définitivement leur nouveau / nouvelle collaborateur·rice dans l’une ou l’autre de ces deux catégories ! Et sur quels critères s’établit ce jugement ? Ce n’est malheureusement pas sur la qualité ou non du travail fourni, ni sur les compétences… Non, l’illustre titre de « chouchou » est décerné à celui ou celle avec qui le / la manager présente des similitudes d’âge, de sexe, d’origines, d’attitude, de personnalité et de vécu. Très vite, le chouchou peut donc se transformer en un véritable ami et allié.

CEO d’une PME dans le e-commerce, Laurent nous explique ainsi que son chouchou était avant tout son confident. « Il s’identifiait beaucoup à mes problématiques de manager, raconte-t-il. Il savait très bien prendre de la hauteur et regarder au-delà de son statut de salarié. Il a su créer avec moi une proximité et une relation de confiance telle que je pouvais me confier sur les problématiques que je rencontrais dans le management de l’entreprise. Nous avons partagé des réflexions sur les décisions stratégiques de l’entreprise qui pouvaient être difficiles et ça me soulageait. »

Avocate associée à l’agenda très chargé, Caroline considère sa collaboratrice comme un véritable pilier dans sa vie professionnelle, autant que personnelle. Et là encore, l’effet miroir semble avoir joué. « Au-delà de son travail sérieux sur lequel je peux compter, nous avons lié une relation particulière, explique-t-elle. Il m’arrive de l’inviter chez moi à dîner ou de déjeuner avec elle. Elle connaît ma vie et je connais la sienne. Nous avons tissé des liens avec le temps. C’est une femme de caractère, elle est forte, courageuse, extravertie et drôle. Je me reconnais plus en elle qu’en tous les autres ! ».

Quant à Arnaud, co-fondateur d’une startup dans la restauration, il a vu en sa nouvelle recrue la copine qu’il cherche en vain, mais ne trouve pas. « J’ai eu l’occasion de recruter dans mon équipe une femme avec qui le courant est très bien passé, se souvient-il. Nous avions des amis en commun et nous sommes rapidement devenus amis. J’avais pour elle une grande bienveillance qui s’est progressivement transformée en complicité, voire même parfois en un peu de séduction des deux côtés… »

L’œil de l’expert : Ludovic Girodon note tout d’abord qu’il est parfaitement normal d’avoir des relations individuelles avec les membres de son équipe, et celles-ci se tissent d’ailleurs dans les deux sens… Avoir des atomes crochus, c’est humain ! « Toute la question est de savoir à quel moment la relation devient déséquilibrée et préjudiciable pour l’équipe, pour le chouchou et pour soi-même », introduit l’expert. De plus, il est tout à fait courant qu’un·e manager ait besoin de trouver un certain appui auprès d’un membre de son équipe. « Manager rime avec solitude. Le manager doit prendre des décisions difficiles, garder pour lui des informations stratégiques, ce qui fait que ses équipes peuvent avoir tendance à moins se confier, se méfier. Un manager est souvent isolé, mais il n’en reste pas moins humain et, comme les autres, il a besoin de parler librement à une oreille attentive. D’une manière ou d’une autre, le chouchou vient combler sa solitude. »

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Un effet booster pour le chouchou

Pour le chouchou, peut-on penser, c’est « tout bénéf » ! Le favori bénéficie de ce qu’on appelle l’effet Pygmalion. Le fait d’être placé sur un piédestal par rapport au reste de l’équipe provoque chez lui une prophétie auto-réalisatrice, avec à la clef une amélioration de ses performances. Dès lors, pour « obtenir une augmentation, réussir son évaluation de fin d’année ou grimper en flèche dans son entreprise… Pas besoin de bosser pour réussir : fayoter suffit ! », constate avec ironie Benjamin Fabre, auteur du manuel à succès Comment devenir un parfait fayot au bureau.

Cet effet booster sur le chouchou, Laurent l’a remarqué. «Le salarié en question gagnait en assurance et en confiance, se rappelle-t-il. Je pense qu’il se sentait utile et que cet accès à la stratégie de l’entreprise rendait son poste plus intéressant et concret. » La place de favorite qu’occupe la chouchoute de Caroline lui a aussi donné accès à d’autres dimensions dans son travail. « Elle monte avec moi sur tous les beaux dossiers : sensibles et médiatiques, confie-t-elle. Tout simplement parce que c’est la meilleure pour ça ! Je sais qu’avec elle je ne vais pas me planter. » Un résultat positif qu’Arnaud a aussi observé chez sa recrue : « Cela fonctionnait très bien, constate-t-il. On formait une belle équipe, on était en osmose et elle semblait super motivée et engagée dans son travail. »

L’œil de l’expert : « Bien sûr, observe Ludovic Girodon, le chouchou occupe une place de choix. Il est valorisé, mis en avant, écouté. » Mais qu’en est-il des autres ? Ne se sentent-ils pas un peu délaissés ? « Il est intéressant pour le manager d’analyser son rapport à son chouchou et se rendre compte de ce qu’il fait naturellement pour lui, reprend-il. Il peut alors s’inspirer de cette relation préférentielle et se nourrir des gestes d’attention qu’il accorde à son chouchou pour les redistribuer. »

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Les histoires de chouchous finissent mal… en général

Parfois, il arrive que ça tourne mal. Le plus souvent d’ailleurs. « Rapidement, confie Laurent, il y a eu des signes de déviance de la relation. Ce salarié a commencé à me remonter des incidents et des comportements assez minimes d’autres équipes. Il devenait un peu mon ‘‘œil de Moscou’’ en interne, cela m’a mis très mal à l’aise. Pour des raisons économiques, nous avons dû nous séparer de ce salarié par la suite. C’est là où je me suis aperçu que cette position privilégiée rendait la rupture du contrat ultra-sensible et la négociation très difficile. »
Lorsque l’engagement de sa collègue commence à baisser, Arnaud se retrouve lui-aussi dans une situation très complexe. « Elle s’est soudain montrée plus exigeante et moins motivée, déplore-t-il. Avec la relation qu’on avait tissée, il m’a été très difficile de retrouver la distance nécessaire pour reprendre le contrôle. Elle savait exactement comment obtenir de moi des faveurs et j’avais l’impression de céder à toutes ses demandes, bref de me faire mener par le bout du nez. J’ai fini par passer la main à mon associée qui a recadré la salariée en question. Puis, elle a posé sa démission. »

Globalement, les histoires de chouchous finissent mal. Et quand ce n’est pas la rupture qui ébranle le manager ou le chouchou, c’est l’équipe qui en pâtit. La relation privilégiée qu’entretient Caroline avec sa favorite l’a conduite sans le vouloir à isoler sa collaboratrice du reste de l’équipe. « J’ai le sentiment que sa position n’est pas facile à gérer, murmure-t-elle. Elle est très indépendante, mais j’ai l’impression qu’elle n’est pas intégrée au reste de l’équipe. Elle doit être jalousée et donc peut-être mise à l’écart. On entend sur elle des bruits de couloir et j’ai ouïe dire que les autres collaborateurs se sentent frustrés. »

L’œil de l’expert : « Lorsqu’il n’y a plus de cadre professionnel et que les contours de la relation deviennent flous, les relations sont compliquées, explique Ludovic Girodon. Le plus souvent ça se termine mal. Il y a un mélange des genres. Or, les relations professionnelles, les sentiments amicaux et amoureux se gèrent différemment. Et, tôt ou tard, quand ces sentiments se mélangent, cela influe sur le travail. On rentre alors dans une situation qui n’est plus saine. Le déséquilibre est trop fort, les sentiments complexes, et ça devient ingérable. »

6 clés pour gérer ses préférences au bureau

Si vous vous retrouvez dans ces témoignages, retenez qu’il ne faut jamais laisser une préférence se transformer en favoritisme. Pour cela, Ludovic Girodon vous livre quelques conseils.

Conscientisez

« Efforcez-vous de capter les signaux externes qui témoignent d’un déséquilibre. On a tendance à les rejeter, à juger que ce ne sont que des bruits de couloirs, mais ils ont leur importance ».

Redressez la barre

« La première chose à faire est de rééquilibrer le temps consacré à chacun. La qualité de l’attention que vous offrirez ne sera probablement pas la même, mais de l’extérieur le traitement paraîtra équitable. Et vous aurez toujours la possibilité de passer des moments privilégiés avec votre coéquipier préféré en dehors du travail. »

Dialoguez en toute franchise

« Si vous vous êtes aperçu d’un déséquilibre, il ne faut pas hésiter à briser le tabou. Discutez-en en one-to-one avec les membres de l’équipe et expliquez les choses de manière rationnelle. Abordez aussi le sujet avec votre chouchou. Vous pouvez lui dire en substance : ‘‘On s’entend bien et c’est super, mais il ne faut pas que l’équipe ou le travail souffre de notre relation.’’ Proposez-lui alors un mode de fonctionnement qui garantisse que la relation ne viendra pas vous perturber et perturber les autres. »

Stoppez l’une ou l’autre des relations

« Si vous entrez dans un jeu de séduction, la relation de travail ne devient plus très saine. Il faut être courageux et mettre fin à l’une ou l’autre des relations : la relation managériale, dans un sens ou dans l’autre, ou la relation amoureuse ».

Demandez de l’aide

« Il peut arriver que parfois, on soit dans le déni. Le risque est alors de laisser la situation pourrir et qu’elle cause des dégâts professionnels comme personnels. Il faut donc affronter le problème. Si c’est au-dessus de vos forces, que vous n’y arrivez pas et que vous sentez que vous pouvez faire une erreur (juridique ou managériale), alors n’hésitez pas à demander de l’aide. Retrouver de la distance en passant la main à un autre manager peut vous sortir d’une mauvaise passe. »

Rompez la solitude

« Le manager a souvent un chouchou parce qu’il est isolé. C’est pourquoi il est important de briser la solitude. On voit ainsi se développer de véritables communautés managériales au sein même des entreprises. Régulièrement, les managers se retrouvent entre pairs pour partager leurs problématiques et échanger leurs bonnes pratiques. C’est une excellente manière de trouver une oreille neutre et attentive hors de votre équipe, et ainsi d’éviter de la déstabiliser ».

En bref, si comme l’entonne Julien Clerc, vous avez votre « préférence », ne la laissez pas déraper. Avec ces quelques garde-fous, vous devriez pouvoir assurer un traitement équitable au sein de votre équipe, et éviter tout débordement qui finirait inévitablement par vous pénaliser tout autant que votre petit « chouchou » !

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Photos par WTTJ

Article édité par Paulina Jonquères d’Oriola

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