3615 Experts : 4 questions à Ludovic Girodon sur le management

Publié dans 3615 Experts

07 nov. 2022 - mis à jour le 07 nov. 2022

auteur.e

Ludovic Girodon

Expert du Lab

Consultant, auteur et conférencier spécialiste en management

3615 EXPERTS - Empowerment féminin, santé mentale, droit du travail, équilibre vie pro / perso... Une vie professionnelle est jalonnée de questions aussi pratiques qu'existentielles auxquelles il n'est pas toujours simple de répondre. Heureusement, nos experts du Lab vous éclairent sur leurs domaines de prédilection. Tapez 3615 Experts !

Aujourd’hui, notre expert du Lab Ludovic Girodon, auteur et conférencier, répond à vos questions sur le management.

« Après un an comme manager de mon équipe, j’ai été rétrogradé. Dois-je voir cela comme un échec ? »

Il y a ce mythe de : « Si on n’a pas managé une grosse équipe à 50 ans, on a raté son parcours professionnel ». Ça, ça doit être jeté à la poubelle. Manager, c’est un métier à part entière et tout le monde n’est pas fait pour occuper les mêmes métiers. À partir de là, il ne faut plus voir ça comme une promotion mais comme une évolution. L’objectif, c’est d’être au bon poste au bon moment par rapport à nos compétences et nos envies.

Je trouve ça au contraire très sain que des entreprises décident finalement de faire évoluer un manager vers un poste qui ne serait pas lié à de l’encadrement d’équipe, à partir du moment où la personne n’est pas faite pour ça.

« Promue, je manage désormais mes anciens collègues. L’une d’entre elles m’en veut d’avoir eu ce poste. Comment agir avec elle ? »

Bien souvent, on est dans le déni, on fait l’autruche. On essaie de jouer son rôle de manager, tout en conservant l’ancienne relation qu’on avait en tant que collègue. Hélas, ça marche rarement.

Il faut réussir à faire le deuil de cette relation. Pour cela, rien de mieux que de faire le point avec chacun de ses ex collègues, afin de dire et d’assumer : « Avant, on était collègues, maintenant, je suis manager, tu es dans mon équipe. Donc, quel nouveau contrat on peut définir ensemble ? C’est-à-dire, qu’est-ce que j’attends de toi maintenant, en tant que collaborateur ? Et toi, qu’est-ce que tu attends de moi en tant que manager ? ».

« Un manager doit-il avoir réponse à tout ? Puis-je dire “Je ne sais pas” à mon équipe ? »

Fini le temps du manager des 80’s, qui devait être une sorte de Superman ou de Superwoman de son équipe. Dans le passé, trop de chefs racontaient n’importe quoi pour ne pas perdre la face. Aujourd’hui, on cherche des managers qui ont l’humilité d’avouer : « Eh bien non, je ne peux pas tout savoir. Donc je ne sais pas ». Et ça, c’est un acte de leadership très fort, contrairement à ce que l’on pourrait penser.

L’un des jobs d’un manager, c’est d’être capable de s’entourer de personnes meilleures techniquement que lui. Il n’est pas là pour être un bon technicien. Il est là pour avoir le recul nécessaire afin de faire grandir son équipe. Savoir dire « je ne sais pas » à son équipe, c’est aussi les faire grandir. Plutôt que de leur apporter des solutions toutes faites, ça va leur renvoyer l’image de : « Ah, et bien, tu peux peut-être te renseigner ailleurs et trouver la solution par toi-même ». Donc dire « je ne sais pas », c’est au service de la montée en compétences de ses équipes et de leur autonomie.

« Je trouve ça très dur de manager en télétravail. Entre flicage et autonomie totale, comment trouver le juste équilibre ? »

Manager, déjà, c’est un challenge en soi. Alors manager en télétravail, c’est rajouter du challenge au challenge. Mais il faut avoir en tête que le management à distance reste du management. C’est-à-dire que les besoins fondamentaux des équipes sont toujours là : la reconnaissance, la confiance, l’autonomie…

La vraie différence, c’est qu’en télétravail, tout est exacerbé, tout est multiplié par 50 ou 100. Et pour réussir à trouver le bon équilibre, il s’agit de muscler son jeu de manager.

Le mieux est de questionner en individuel les personnes avec lesquelles vous travaillez et de leur dire : « Avec cette nouvelle donne du télétravail, est-ce que je suis assez présent ou pas assez présent ? ». Et ça, c’est une question à poser collaborateur par collaborateur, parce que les besoins sont différents entre les uns et les autres.

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Article édité par Laura Cabrelli, photo : Thomas Decamps pour WTTJ

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