Comment réussir au travail ? Les « règles du jeu » selon Clara Moley

Un article de notre expert.e

Et si une partie du chemin vers l’égalité entre les femmes et les hommes au travail, cela passait aussi par une meilleure compréhension des « règles du jeu » dans l’entreprise ? Et si on pouvait agir davantage pour se réapproprier ces règles et se donner à soi-même une plus grande marge de manœuvre ?

Clara Moley était trader dans un environnement majoritairement masculin (les matières premières) quand elle a pris conscience du poids du genre sur sa trajectoire professionnelle. Elle s’est rendue compte qu’on ne la traitait pas comme ses collègues masculins, mais aussi qu’elle avait intériorisé certains freins, qu’elle-même ne se comportait pas comme ses homologues de l’autre genre. Elle a compris qu’elle jouait le jeu de la « bonne élève » dans un univers dont les règles sont en réalité bien différentes de celles du monde scolaire.

À l’image de Sheryl Sandberg qui avait souhaité lancer en 2013 un message d’empowerment aux femmes actives dans son livre Lean In, Clara Moley a créé en 2019 un podcast intitulé « Les Règles du jeu » avec une ambition comparable. En 2020, elle en a fait un livre, paru chez Dunod.

Pour elle, il ne s’agit pas de nier le rôle des héritages historiques, ni le poids des biais cognitifs et de la discrimination, ni l’existence du harcèlement sexuel, mais de s’intéresser davantage à ce que l’on faire, aux leviers d’action dont on dispose pour avoir une plus grande maîtrise de son destin professionnel. En somme, c’est plus un livre qui répond à la question « comment » qu’à la question « pourquoi ».

La citation n’est pas dans le livre de Clara Moley, mais on pense naturellement à cette pensée de Marc Aurèle, « Que la force me soit donnée de supporter ce qui ne peut être changé et le courage de changer ce qui peut l’être, mais aussi la sagesse de distinguer l’un de l’autre. » (Pensées pour moi-même). L’approche de l’auteure se veut pragmatique : il faut se concentrer sur ce qui peut être changé pour aller plus vite.

« On attend d’être reconnue pour son travail, on attend d’être remarquée pour ses compétences, on attend d’être récompensée, promue, augmentée. (…) Le travail ne nous accorde pas (ou si rarement) ce que l’on mérite, il nous accorde ce que l’on demande. »

Clara Moley, Les Règles du jeu

Pourquoi le syndrome de la « bonne élève » est un problème au travail

Alors qu’à l’école, le respect des consignes et la soumission à l’autorité permettent d’avoir des bonnes notes et de réussir, en revanche, au travail, il n’en va pas de même. Pour Clara Moley, cela a été comme une révélation au tout début de sa carrière professionnelle. « Mes repères avaient disparu, j’étais désorientée, j’avais perdu les codes, égaré la notice quelque part entre ma sortie d’école et mon embauche. Les règles du jeu avaient dû changer mais on ne m’avait pas prévenue ! »

C’est ainsi que le titre de l’ouvrage (et du podcast avant cela) trouve sa justification. Les règles du jeu de l’école ne sont pas les mêmes que celles du bureau. Et il s’agit de mieux le comprendre pour découvrir les nouveaux leviers d’action au travail. Alors que l’école valorise la passivité * c’est sans doute pour cela que l’éducation que l’on donne aux filles porte tant de fruits à l’école - l’entreprise valorise l’audace.

Pour réussir à l’école, les principes sont :

  • « Faire ce qu’on nous demande et seulement ce qu’on nous demande (!) garantit le succès. »
  • Il faut d’abord satisfaire les autres (en l’occurrence, le/la professeur.e).

La bonne élève va donc tout miser sur son travail, s’évertuer à faire ce qu’on lui dit de faire, accepter l’autorité sans la contester, et attendre passivement qu’on valorise son bon travail. Or le travail n’est pas le prolongement de l’école. Les deux univers sont aussi éloignés que peuvent l’être deux planètes différentes. Comme l’écrit Moley, « réussir au travail suppose d’aller voir ailleurs, plus loin, au-delà des consignes, des instructions et de la fiche de poste. Du côté du volontarisme, de la visibilité et de l’initiative. »

Il est dangereux de conserver la posture de la bonne élève trop longtemps, car on accumule du retard dans l’avancement de sa carrière. Le monde du travail n’est pas un monde de fair-play où l’on récompense les bon.ne.s élèves, mais un monde où on doit apprendre à faire son autopromotion, à prendre des initiatives, à construire un réseau avec des allié.e.s.

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Quelques clefs pour sortir de la posture de la bonne élève

Il s’agit d’abord de comprendre que l’entreprise, contrairement à l’école, n’a pas pour vocation première de promouvoir ses salarié.e.s, mais plutôt de produire de la valeur économique. Par conséquent, « personne n’est autant concerné.e par notre succès que nous-même. »

À l’école, la définition du succès est la même pour tous : les meilleures notes possibles et le passage dans la classe supérieure, puis intégrer les institutions les plus sélectives possibles. Au travail, la définition du succès est personnelle. « Réussir n’est rien d’autre qu’arriver là où on a envie d’arriver. » Comme l’explique l’auteure, « un parcours professionnel n’est pas une suite logique de postes dont l’un serait le prolongement naturel de l’autre. Un même poste peut mener à des dizaines d’embranchements différents. »

Le travail ne se suffit pas à lui-même. Il faut faire un effort en plus pour le faire connaître, le rendre visible. « Faire valoir son travail n’est pas un bonus. C’est le travail. »

« Faire valoir son travail n’est pas un bonus. C’est le travail. »

Clara Moley

  • L’intérêt des individus et celui de l’entreprise ne sont pas naturellement alignés. Il s’agit de ne jamais oublier de travailler pour soi-même, en concentrant ses efforts sur ce qui nous permet vraiment d’avancer.
  • Il est important d’identifier ce que l’on veut et de le faire savoir autour de soi. Les managers ne sont pas devins. Il faut toujours demander car on ne nous accorde que ce que l’on demande. À l’inverse du monde scolaire, le monde de l’entreprise valorise la prise d’initiatives.
  • Au travail, il faut de la débrouillardise, c’est-à-dire la capacité à mobiliser toutes sortes de ressources pour dépasser le cadre des instructions explicites.

Le « micro-empowerment » : se donner les moyens d’agir au quotidien

Pour Clara Moley, il y a 4 grands principes de l’action : assumer la responsabilité de sa réussite, tirer le maximum de son travail, prioriser son intérêt et prendre l’initiative. Mais plutôt que d’en rester à des grands principes abstraits, il faut le comprendre dans les plus petites choses du quotidien. L’empowerment se produit grâce à un petit quelque chose chaque jour.

« Demander ce que l’on veut. Aller chercher ce qui nous tient à cœur, sans attendre que cela “arrive”. Provoquer soi-même ses opportunités. Si cela ne m’était pas venu à l’esprit, c’est que je n’avais jusque-là jamais eu besoin de le faire. »

Clara Moley, Les Règles du jeu

L’un des points de départ, c’est sans doute d’en finir avec le syndrome de l’imposteur, cette « impression que, quelles que soient ses fonctions ou son niveau de responsabilité, d’être là par erreur, sur un malentendu, de ne pas mériter les opportunités que l’on nous donne, et que l’entourage d’ailleurs finira bien par s’en apercevoir. » La perfection n’est pas de ce monde, et la meilleure posture à avoir par rapport à cela, c’est celle d’une personne en apprentissage. Les personnes qui posent des questions et se montrent en quête d’apprentissage (plutôt qu’en posture de je-sais-tout) sont précisément les plus valorisées !

La deuxième étape pourrait être de s’attaquer au « syndrome de la couronne ». Qu’est-ce que ce syndrome-là ? C’est celui qui vous fait attendre qu’on vienne mettre sur votre tête une couronne pour bons services rendus. Cela n’arrive jamais. Il faut donc apprendre à faire son autopromotion, à créer et entretenir son réseau, et à demander / négocier ce que l’on veut.

Comment fait-on concrètement pour faire son autopromotion ?

  • On dit « je » plutôt que « nous » quand on a fait tout le travail.
  • On rend des comptes réguliers sur son travail à ses supérieurs.
  • On saisit toutes les occasions de poser des questions pour avancer. (Poser des questions, c’est avancer !).
  • On partage des informations régulièrement avec ses collègues et managers (rapports, nouvelles, articles, réseaux sociaux…).

Le chapitre des Règles du jeu consacré à la négociation n’est pas sans rappeler le remarquable livre de Linda Babcock et Sara Laschever, Women Don’t Ask (d’ailleurs mentionné dans le livre de Clara Moley).

On y comprend que « un salaire se négocie tous les ans, a minima », et que « une négociation réussie n’est pas une négociation où l’on obtient tout ce que l’on veut ». Et encore qu’ « il ne faut pas avoir peur du théâtre » car « chacun joue sa partition. »

Les Règles du jeu offrent encore quantité d’autres conseils éclairants qui invitent les lecteurs/lectrices à se projeter dans leur propre définition du succès, à apprendre à demander ce qu’ils/elles veulent et à développer un growth mindset en toute circonstance. En matière d’égalité au travail, certaines choses dépendent effectivement des individus, « il ne faut pas seulement des résultats, il les faut rapidement. Et la seule manière de les obtenir est de se concentrer sur ce que l’on peut mettre en place soi-même, tout de suite. »

Illustration : Emily Eldridge

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