Bureau dédié vs. canapé : peut-on vraiment bosser "de partout" en télétravail ?

Peut-on vraiment bosser "de partout" en télétravail ?

Depuis quelques années – et probablement plus encore après le confinement que nous vivons –, le télétravail est en plein essor. De plus en plus d’entreprises le proposent pour attirer et retenir leurs talents. Certaines puristes, comme Zapier, InVision, GitHub aux États-Unis, ou encore Whodunit en France, n’ont d’ailleurs pas de bureaux du tout.

Dans un contexte où le home office pourrait ainsi devenir la règle plus que l’exception, nombre d’articles listent conseils et astuces pour le mettre en pratique. Celui qui revient le plus souvent ? S’aménager un coin bureau pour gagner aussi bien en confort qu’en productivité.

Pourtant, certains collègues disent mieux bosser depuis leur lit ou tranquillement installés dans leur canap’. Ça nous a mis la puce à l’oreille et on s’est demandé : est-il primordial d’avoir un espace dédié quand on travaille à distance ? Est-ce le secret ultime pour être motivé et efficace ?

Les avantages d’un espace de travail à soi

Supposés ou réels, nombreux sont les bienfaits avancés par certains médias ou praticiens autour de l’aménagement d’un coin bureau chez soi pour télétravailler :

  • En bonne place, la productivité. Se créer ou choisir un espace dédié uniquement au boulot permettrait d’être dans les meilleures conditions pour se concentrer, et donc travailler plus rapidement et efficacement. Pour Alexia Boehm, psychologue du travail et consultante en management des organisations à Strasbourg, «plus les conditions physiques dans lesquelles vous travaillerez seront adaptées à votre métier, mieux vous travaillerez. Or, travailler de chez soi dans un environnement non approprié pour le télétravail, par exemple à côté de jeunes enfants ou au milieu d’animaux de compagnie, déconcentre beaucoup. Le mieux est donc de pouvoir s’isoler.»

  • Il en va également d’une question d’équilibre. Disposer d’un coin travail compte parmi les astuces pour se créer de nouveaux repères, une nouvelle routine. Entrepreneur, conférencier et formateur freelance, Patrick Ok possède en temps normal une place dans un co-working. «Je n’y vais pas tout le temps, mais le simple fait de l’avoir est à la fois rassurant et structurant. Ça crée une forme d’habitude, j’ai un point de chute, et cela me permet de voir du monde», explique-t-il.

  • Le confort, lui aussi, a une place de choix parmi les raisons à prendre en compte. Chez soi, lors de l’installation d’un bureau, on a le loisir de se poser les bonnes questions et faire les bons choix. À quelle hauteur mon bureau doit-il être ? Quelle chaise prendre pour que mon dos soit soutenu ? Où placer mon bureau pour que la lumière ne m’éblouisse pas ? En bref, tout ce qui facilite une posture et une organisation optimales. Alexia résume notamment : «Si vous voulez mettre en place un espace de travail, réfléchissez à l’éclairage, au bruit, à la position de votre fauteuil par rapport à son bureau et celle de votre écran. Tout cela conditionne aussi votre faculté à travailler correctement.»

  • Outre ces questions d’ergonomie, créer un espace bureau permet aussi de “couper” pour préserver sa vie personnelle. C’est ce que nous explique Noémie, une content manager confinée en couple : «Mon compagnon travaille dans notre chambre et moi dans la pièce principale. Comme c’est aussi notre lieu de vie, j’ai bricolé un bureau. Je ne voulais pas me sentir ‘envahie’ par ma vie pro. J’ai trouvé cette solution pour matérialiser la séparation entre mon boulot et ma vie privée. Je trouve ça sain de me lever de ma chaise le soir et de me dire, ça y est, ma journée de boulot est finie.»

Pour autant, une récente enquête révèle que plus de 73% de la population ne disposerait pas, en ces jours confinés, d’un espace réservé pour le home office. Par manque de place ou de matériel adéquat, voient-ils leurs chances de réussir leur télétravail tomber à l’eau ?

L’essentiel est ailleurs

… Pas forcément. Pour Patrick Ok, tout est question de caractère : «Tant que tu as une bonne connexion Internet, que tu es au calme et que tu n’es pas interrompu, je ne vois pas la nécessité à avoir un espace dédié… Cela dépend vraiment des personnalités !»
La psychologue du travail Alexia Boehm nuance, elle aussi, en arguant que le bureau est secondaire si d’autres critères pour être serein au travail ne sont pas réunis. «On ne peut pas résumer le problème à un bureau, explique la psychologue. Ce qui nuit à la sérénité au travail, c’est quand la vie professionnelle empiète sur la vie personnelle.’»

Pour cette professionnelle rompue à l’accompagnement de personnes en burn-out, bureau ou pas bureau, l’enjeu est surtout d’établir une organisation claire :

  • En cela, la faculté d’arriver à “ déconnecter” du travail est essentielle, en faisant des pauses et en se conservant des horaires normaux. Une difficulté rencontrée en temps normal par de nombreux salariés, mais qui a tendance à s’accentuer pour les télétravailleurs. Alexia Boehm prévient : «Effectivement, quand vous travaillez depuis chez vous, un bureau dédié exclusivement au travail peut établir une sorte de frontière. Mais si vous ne vous protégez pas en parallèle contre les effets pernicieux des nouvelles technologies — si vous vous laissez contacter le soir, en vacances, en week-end et même en congé maladie alors que la loi l’interdit formellement — ou si vous n’arrivez pas à couper le soir et que vous faites des horaires à rallonge, il est clair que cet empiètement sera nocif.»

  • Instaurer un cadre de travail sain est également primordial à ses yeux. «Le manque de cadre est l’un des facteurs qui conduit régulièrement au burn-out. Il peut être très large et n’est pas forcément lié à l’endroit d’où l’on travaille. Mais ce cadre comprend aussi les contours du travail : à quelle heure je commence et je termine, quand il est raisonnable de me joindre, quels objectifs mon patron définit avec moi, sont-ils clairs, réalistes et ont-ils du sens à mes yeux… bref, ai-je toutes les ressources pour atteindre la qualité qui me rendrait fier(e) de mon travail…, sont autant de questions que l’on se pose de manière quasi automatique», explique la psychologue.

  • Sans oublier l’importance d’un management bienveillant et empathique, déjà essentiel en temps normal, et davantage encore durant ce confinement. « Cette situation inédite de crise sanitaire réveille des peurs archaïques, remarque Alexia. On a peur de souffrir, de mourir et de voir ses proches mourir. Dans ce contexte, la communication avec l’équipe est cruciale, notamment pour informer sur l’évolution de la situation au cœur de l’entreprise et sur les mesures de protection mises en place. Avec la difficulté et la nécessité d’être plus soutenant que surveillant, nuance ardue à mettre en pratique pour favoriser la motivation et faire perdurer l’engagement. Ce cadre de management bienveillant est également une condition de l’épanouissement au travail. »

Si avoir un bureau dédié est une bonne solution pour certains, il n’est pas pour autant la condition sine qua non d’un télétravail réussi (on voit souffler ceux qui vivent en ce moment à deux dans un studio parisien). Concrètement, la teneur des missions prises en charge, les délais de réalisation de celles-ci ou encore l’amplitude horaire des journées de travail comptent bien plus. En parallèle, à chacun de choisir où il travaille le mieux en fonction de l’espace disponible, et de l’aménager de sorte à ce que cet espace soit accueillant et stimulant (histoire de ne pas y aller à reculons…).

Les tips des pro-bureau

Reste que pour ceux qui se sentent plus à l’aise en répliquant un cadre formel à l’aide d’un bureau, mieux vaut suivre quelques principes. Claire Tardy est rédactrice en chef chez Houzz, un site qui met en relation les particuliers et les professionnels de la maison autour de projets de décoration, rénovation ou d’aménagement. Au gré de ses contacts avec les différents professionnels de la plateforme, elle met en lumière quelques conseils pour bien aménager un bureau :

  • Opter pour un coin lumineux. « Attention toutefois aux effets de contre-jour : placez votre bureau plutôt sur le côté que directement en face d’une fenêtre, observe-t-elle. Il est aussi indispensable de travailler avec une lampe dédiée uniquement au bureau pour ne pas abîmer ses yeux dès que la lumière naturelle baisse. »

  • Choisir un siège adapté. « Au delà de quatre heures par jour, mieux vaut miser sur un modèle ergonomique », recommande Claire. Un conseil confirmé par Philippe Gabalda, responsable de région chez EOL, fabricant français de fauteuils et mobilier de bureau : « Prenez un siège de bureau qui se présente en deux parties – le dossier et l’assise – réglables indépendamment. La loi impose que, dans les bureaux, les sièges soient dotés de parties trois réglages : hauteur de l’assise, hauteur du dossier et profondeur du dossier afin qu’ils s’adaptent au mieux à toutes les morphologies. Il existe un quatrième réglage sur les sièges les plus haut de gamme : celui de la profondeur de l’assise, pour s’adapter à la longueur des jambes. »

  • Jouer sur la décoration. « Les couleurs ont leur rôle : le jaune stimule le mental, le bleu favorise l’imagination, les couleurs neutres créent une ambiance zen… Pensez aussi aux bienfaits des plantes. Essayez de garder une vue pour pouvoir porter votre regard au loin de temps en temps. C’est recommandé lorsqu’on travaille toute la journée sur un ordinateur pour reposer ses yeux », conclut la rédactrice en chef.

Et quand on n’a pas la place ou les fonds pour improviser un bureau ? Pour les plus petits espaces, les professionnels présents sur Houzz conseillent des solutions escamotables et modulaires, telles qu’une tablette à tirer ou à baisser, une étagère aménagée dans un placard ou une console revisitée. L’objectif : être en mesure de transformer un espace selon ses besoins, bureau pendant les heures de travail et salon pendant les heures de détente, pour s’assurer de compartimenter sa vie de la façon la plus saine possible.

Caroline, confinée avec son conjoint et ses deux garçons, a choisi de créer un petit bureau pour s’acclimater au travail chez elle… avec les moyens du bord ! «Dès le début du confinement, tous les magasins étaient fermés, alors j’ai improvisé. J’ai récupéré une planche et des tréteaux, et j’ai créé un petit bureau. J’ai embarqué mon écran fixe, ma souris, mon clavier, ma plante de l’entreprise et j’ai recréé mon espace de travail à la maison». Preuve qu’un bureau n’a pas besoin d’être grand, ou cher, pour garantir de bonnes conditions de travail chez soi.

S’aménager un bureau bien pensé pour y bosser à la maison peut jouer un double rôle. À la fois mieux préserver votre santé physique, et notamment celle de votre colonne vertébrale, mais aussi vous ménager une frontière mentale bien utile ! Et pour ceux qui travaillent très bien depuis leur canapé, leur lit, leur terrasse et n’ont aucune intention de changer, déculpabilisez-vous… Tant que les critères pour télétravailler sainement sont réunis, tout devrait aller pour le mieux !

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Photo by WTTJ

Nora Léon

Communications & content manager

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