Au bord des larmes : comment gérer la tristesse au travail ?

Comment gérer sa tristesse au travail ?

Le monde du travail est une sphère en apparence bien rodée. Les enjeux y sont professionnels, financiers et engagent des compétences censées répondre à des objectifs précis. Pourtant, si ce monde fonctionne grâce à des salariés dévoués, il se compose avant tout d’individus en proie à des états d’âme qui dépassent le simple cadre de l’entreprise. Or, ces émotions ne s’effacent pas toujours au début d’une journée de travail bien remplie, ou pendant la présentation d’un rapport important. Alors pourquoi sommes-nous si réticents à les accueillir au sein du cadre professionnel ? Sophie Morin, psychologue du travail, psychothérapeute spécialisée dans la santé au travail, nous aide à y voir plus clair et nous donne quelques conseils pour traverser ces tempêtes intérieures qui nous submergent parfois en pleine journée.

Quelle place pour la tristesse au travail ?

Nul n’ignore que notre société peine à gérer les émotions avec pudeur. Et si certaines sont mieux acceptées en raison de l’imaginaire qu’on y projette, d’autres demeurent plus taboues. « De fait, la colère est davantage reconnue par les individus dans la mesure où elle est parfois associée à une preuve de caractère, là où, à l’inverse, la tristesse va suggérer une marque de faiblesse », observe Sophie Morin. Au travail, cette marque de vulnérabilité est d’autant plus difficile à gérer qu’elle peut renvoyer à un manque de crédibilité, et ainsi s’opposer aux valeurs valorisées par la sphère professionnelle comme l’excellence, la positivité ou encore la responsabilité. « Surtout lorsque cette croyance est profondément ancrée, tant chez la personne en souffrance que dans son entourage pro », ajoute la spécialiste. Pourtant, partager ses émotions lorsque celles-ci prennent trop de place permet d’expliquer à ses collaborateurs ce qui fait obstacle à sa capacité d’agir à un moment précis. Selon Sophie Morin, dans la mesure où chacun est ou sera en proie à des états d’âme à un moment, les salariés ont tout intérêt à parler de leurs soucis. De plus, cela participerait à humaniser les relations de travail. Alors pourquoi s’en cacher ?

Toute émotion a une utilité et doit être prise en considération. Et pour cause, elle nous alerte sur une insatisfaction de l’un de nos besoins et l’exprimer permet de mieux la traverser. « Par exemple, lorsque la tristesse est déclenchée par la perte d’un être cher, il est nécessaire de prendre le temps pour digérer cette disparition, analyse la psychologue. Dans le cadre d’une déception (ne pas voir un projet aboutir par exemple, voir partir l’un de ses collègues que l’on apprécie, ne pas avoir la promotion espérée…), il s’agit aussi d’une étape indispensable à passer avant de pouvoir s’investir dans autre chose. » Finalement ne pas accepter sa tristesse, c’est interférer avec ce processus indispensable qu’est le deuil sous toutes ses formes, et en ralentir le déroulement… Voire même le repousser à plus tard.

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Comment gérer ?

S’il n’y a donc rien d’anormal à ressentir de la tristesse, il devrait en être de même au sujet de leur expression au travail. Pour faciliter le processus Sophie Morin nous dévoile 8 conseils pour gérer, au moment de la crise et après.

Lorsque vous sentez que la tristesse s’immisce en vous, le plus important va être de vous éloigner du cadre du bureau afin de vous recentrer sur vous-même et de comprendre l’émotion qui vous traverse.

1. S’isoler dans un coin calme

En premier lieu, isolez-vous si possible dans un coin tranquille de l’entreprise. Si cette action peut se faire sans difficulté tant mieux, sinon il ne faut pas hésiter à en faire part à vos collègues ou à votre boss, surtout lorsque la tristesse est trop intense. « Il ne s’agit pas de se sentir obligé d’en expliquer la raison, observe Sophie Morin, mais réussir à l’exprimer à vos collaborateurs permet d’expliquer votre mise en retrait et même de pousser ces derniers à adapter leur comportement vis-à-vis de vous. »

2. Nommer ses émotions

« Une fois que vous êtes dans un endroit calme, la meilleure façon de gérer est de mettre un mot sur ce qui est en train de se passer : « je suis triste/ déçu(e), désemparée » … Puis de pousser l’exploration un peu plus loin », recommande la spécialiste. Dans la mesure où plusieurs émotions sont souvent liées, demandez-vous : certes il y a de la tristesse mais y a-t-il aussi de la colère, de la peur ? Identifier ce que vous ressentez est essentiel pour légitimer la situation et ne pas s’en cacher.

3. Mesurer leur intensité

Lorsque les émotions sont identifiées, on peut alors tenter de les noter sur 10 pour prendre conscience de leur intensité : 10 étant la plus grande tristesse que je peux imaginer, où est-ce que je me situe ? « Cette étape permet d’accuser réception des émotions, car celles-ci sont en train de vous faire passer un message important et tant qu’elles ne seront pas entendues, elles continueront à s’exprimer », analyse Sophie Morin.

4. Les accepter sans jugement

L’étape suivante consiste à accepter ces émotions sans vous juger durement. « Plutôt que de vous accuser où d’avoir de mauvaises pensées à votre sujet, essayez simplement de les prendre pour ce qu’elles sont : des messagères », recommande la psychologue. Aucune honte à avoir vis-à-vis de vos collègues, elles agissent simplement comme des signaux d’alerte. Alors accueillez-les avec gratitude pour mieux les écouter. Il est question de vous ici, et non des autres.

5. S’écouter

Ne perdez pas de temps à imaginer ce que vos collègues attendent de vous, et faites ce qui vous semble être juste à vos yeux. « Si vous préférez rentrer une fois le pic de crise passé, il suffit de demander à votre boss, ne serait-ce que de télétravailler pour le reste de la journée, suggère Sophie Morin. Et si vous avez besoin d’être entouré ou de vous changer les idées, allez parler avec un collaborateur bienveillant, passez un coup de fil à un proche, buvez un thé, sortez faire un tour pour vous aérer… » L’important étant de faire ce que l’on ressent comme bon et adapté pour soi à ce moment précis.

Quid de l’après ?

Pour sortir de cet état, il va être important de veiller à ce que la tristesse ne s’installe pas durablement en vous. Car si l’expression de l’émotion est indispensable, il ne s’agit pas de rester bloqué dans cette spirale trop longtemps. Non pas en faisant comme si elle n’avait pas existé - car si la tristesse a débordé, c’est sans doute qu’elle signale un problème plus large qui a déclenché ce trop-plein -, mais en s’apaisant du mieux que possible. Trois astuces pour cela :

1. Rééduquer son cerveau

Pour ne pas être tenté de broyer du noir, évitez de ruminer des pensées sombres en boucle et rééduquer votre cerveau à voir du positif ! « Aussi, prenez le temps de noter chaque jour une à trois choses qui vous ont procuré du plaisir », conseille la spécialiste. Cela vous aidera à réfléchir à ce qui vous fait du bien et à aller le chercher plus instinctivement.

2. Se (re)mettre dans l’action

Si l’immobilité est tentante dans ce type de situation, essayez d’en sortir en vous lançant dans de nouveaux projets. Non seulement l’action détourne l’attention du problème en question, mais cela permet aussi de créer des sentiments positifs. « Commencez par de petites actions en suivant la règle des cinq minutes, recommande Sophie Morin. Autrement dit, quand une activité me démotive, je me fixe au moins cinq minutes de concentration, et bien souvent j’irai au-delà. »

3. Ne pas s’isoler

Enfin, il faut veiller à ne pas refuser les occasions de voir du monde pour maintenir le lien social, même si notre mouvement premier va naturellement vers le repli sur soi. « Pour autant, il est vrai qu’en cas de tristesse on ressent souvent une diminution d’énergie. Ce n’est pas le moment de vous juger durement si vous n’avez pas envie de « vous secouer » pendant cette période », rappelle l’experte. Gardez seulement en tête que le lien aux autres est l’un des meilleurs moyens pour évacuer des idées noires.

Finalement, pouvoir exprimer sa tristesse est essentiel pour soi, mais aussi important pour le lien de confiance qui vous unit à ceux qui vous entourent au quotidien. Alors n’ayez crainte des jugements extérieurs. Tous les individus qui composent l’entreprise ont été traversés par ces émotions à un moment ou un autre. L’important étant surtout de ne pas laisser la tristesse s’installer jusqu’à l’état de dépression. Au-delà de quelques jours, n’hésitez surtout pas à consulter votre médecin généraliste, ou un psychologue, il en va de votre santé !

Édité par Romane Ganneval
Photo par Thomas Decamps

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