Travailler à La Défense : pour ou contre ?

  • November 29, 2018

Ceux qui n’ont jamais travaillé à La Défense sont formels : c’est un enfer. Un environnement gris, où l’on croise une foule de costumes gris, de valisettes, de trottinettes et de cigarettes électroniques. Pas d’arbres, une architecture futuriste en perte de vitesse pour certains et des locaux aux néons blafards : l’utopie économique des années soixante est fatiguée et a mis du temps à se remettre en question. Et pourtant, lorsqu’on interroge les usagers du quartier d’affaire, ceux qui y travaillent, ceux qui y vivent, le discours change et s’apaise. Services variés, dynamisme économique stimulant, terrain d’innovations entrepreneuriales et économiques : de quoi contrer la grisaille de la dalle. Pourquoi aime-t-on travailler à La Défense ? Quelles pistes le site doit-il encore explorer pour attirer à lui les entrepreneurs, les PME et contenter les salariés déjà installés dans le paysage ?

Nous sommes allés à la rencontre de ceux qui travaillent au quotidien à La Défense, ceux qui y innovent et ceux qui l’ont quitté sans regrets !

De l’Arc de Triomphe à l’Arche de La Défense : un projet monumental

Le site de La Défense s’étend sur 160 hectares, divisés depuis 2011 en quatre grands secteurs : Arche Nord, Arche Sud, Esplanade Nord et Esplanade Sud. La célèbre dalle piétonne de 31 hectares est le cœur du site, où l’on croise, outre des chaussures vernies, des œuvres d’art dont La Défense à Paris, statue du XIXe siècle qui a inspiré son nom au site.

Le 12 septembre 1958, le premier édifice, le CNIT, est inauguré. Dès les premières décennies, la Défense devient le plus grand quartier d’affaires d’Europe continentale, et rassemble aujourd’hui 180 000 salariés. En 1970, le RER relie La Défense à l’Étoile en moins de cinq minutes, un atout majeur pour les 12 000 salariés du site. Deux ans plus tard, les tours de la deuxième génération s’élèvent : FRANKLIN, ASSUR, GAN, FIAT. Après un passage à vide dans les années 1990, la renaissance s’opère dès les années 2000, avec la rénovation de nombreux bâtiments, et l’élévation de nouveaux immeubles. Depuis le 1er janvier 2018, « PARIS LA DÉFENSE » est en charge de l’aménagement et la gestion du site, pour poursuivre les mutations et rivaliser avec les concurrents internationaux.

Un site à défendre

Une mauvaise réputation coriace

En 2014, 89 % des salariés travaillant à La Défense se disent satisfaits de leur lieu de travail (enquête BVA). Pourtant La Défense est le symbole de « l’uniformisation des individus au travail. On rencontre encore une façon de concevoir la vie d’entreprise dans les tours qui reproduisent l’aspect pyramidal des hiérarchies » nous confie Jérôme Badie, Directeur de la communication de Kwerk, une entreprise qui crée des espaces de travail innovants fondés sur le Wellworking™.

Nelly, 26 ans, Position & Risk Manager depuis 18 mois chez Engie reconnaît croiser beaucoup de « costumes gris » : « C’est la culture de la plupart des entreprises présentes sur le site… Mais il y a des exceptions, les choses sont en train de changer ! Et ce n’est pas propre à La Défense après tout, si ? »

« La Défense est le symbole de l’uniformisation des individus au travail. On rencontre encore une façon de concevoir la vie d’entreprise dans les tours qui reproduisent l’aspect pyramidal des hiérarchies » - Jérôme Badie, Directeur de la communication de Kwerk

Du gris à tous les étages

La dalle centrale au cœur des premiers reproches que les usagers font au site : le projet architectural futuriste des années soixante est aujourd’hui un peu désuet, trop bétonné, trop gris. « Il n’y a pas un brin d’herbe… C’est tellement triste ! Et plutôt que de laisser un peu de verdure prendre le pas sur le béton, ils ont installé des arbres métalliques… Je ne comprends pas ! » s’étonne Camille, 32 ans, Position & Risk Manager chez Engie depuis 5 ans.

Malgré ses efforts pour séduire les jeunes cadres, le site souffre encore de son image « CAC 40 », du chacun pour soi dans sa tour, de sa hiérarchie pyramidale bien en place, de son manque de dynamisme le soir… « L’espace corporate des bureaux de la plupart des entreprises de La Défense est à réimaginer ! Les Millenials veulent travailler dans des univers stimulants et novateurs, et le bon aménagement des bureaux peut y contribuer. » constate Jérôme.

« Il n’y a pas un brin d’herbe… C’est tellement triste ! » - Camille, 32 ans, Position & Risk Manager chez Engie depuis 5 ans

L’architecture spectaculaire isole aussi les entreprises, et les salariés les uns des autres. Très peu de liens sont faits entre les services et les compétences des entreprises présentes sur le site. Les interactions sont peu nombreuses alors qu’elles sont au cœur des préoccupations des entrepreneurs : mettre du lien entre les services et les entreprises pour optimiser ses talents et multiplier les échanges. « Je ne bouge pas beaucoup de ma tour, donc je n’ai jamais rencontré d’autres gens que ceux que je croise dans les couloirs… On manque d’événements organisés dans le but de présenter ou rassembler des entreprises de La Défense… C’est dommage ! » reconnaît Camille.

La station de RER dans le collimateur des 500 000 usagers quotidiens

C’est aussi l’expérience du trajet métro/boulot qui rebute les usagers : une station RER A continuellement bondée, très sale, avec un flux continu et dense tout au long de la journée. Pour Jérôme, de Kwerk, « les transports en commun sont une tare, que vous alliez à La Défense ou ailleurs ! Mais c’est vrai que malgré nos efforts, on doit bien reconnaître que l’expérience positive de Kwerk commence une fois que vous êtes arrivés dans notre lobby cathédrale au onzième étage de notre tour… Après avoir bravé la station de métro, la dalle, et affronté le protocole de sécurité en vigueur à l’entrée de chaque tour. » Eugénie quant à elle, ne pourrait plus retourner travailler à La Défense après y avoir bossé deux ans pour s’installer aujourd’hui à Nantes : « J’ai un mauvais souvenir du RER, de la foule qui marche sans regarder devant elle pour aller du souterrain à sa tour, le fait de se sentir comme un numéro ! Même si on ressent bien le fait d’être dans l’un des poumons économiques de la France, voire de l’Europe, l’ambiance est lourde. »

« J’ai un mauvais souvenir du RER, de la foule qui marche sans regarder devant elle pour aller du souterrain à sa tour, le fait de se sentir comme un numéro ! » Eugénie, ex-salariée de La Défense

Émulation et accessibilité des services : La Défense a la cote !

Un podium pour l’esplanade

Au palmarès des quartiers d’affaire les plus attractifs du monde, La Défense se place en quatrième position, après La City (Londres), Midtown (New York) et Marunouchi (Tokyo). « Nous avons recentré nos travaux sur la révolution du travail et ses conséquences. C’est la raison pour laquelle nous avons créé l’événement revolution@work, auquel [ont participé en 2017] des représentants de Pékin, Moscou, Chicago, Montréal ou Hong Kong. Chaque pays a sa culture, nous avons beaucoup à partager et à apprendre les uns des autres. Le résultat du palmarès prouve que ce sont ces points [loisirs] que nous devons encore améliorer. » rapportait en 2017 Marie-Célie Guillaume, directrice générale de “Paris La Défense” au média Challenges.fr.

« Nous avons recentré nos travaux sur la révolution du travail et ses conséquences. » - Marie-Célie Guillaume, directrice générale de “Paris La Défense”

Tout à portée de main

Au quotidien, La Défense se défend plutôt bien. Les usagers reconnaissent apprécier le site, grâce à la « qualité des espaces publics pour 69 % et à la sécurité du site pour 68 % venant ainsi contrecarrer l’idée reçue encore trop répandue que La Défense est un quartier insécure » selon les sondages (2012) Defacto, en charge gestion de La Défense. La multitude des services à disposition est un atout majeur : offre variée de restaurants, food trucks, salles de sport, ou par exemple le centre commercial Quatre Temps, le plus fréquenté de France en 2013 avec 45,7 millions de visiteurs. « Tout est facilement accessible et optimisé pour moi… Poste, pharmacie, supermarché, coiffeur, médecin, shopping ! Le tout à moins de 10 minutes… » Mais il n’y a pas que l’aspect pratique qui peut améliorer la dynamique du quartier comme le rappelle Camille : « Pouvoir aller boire des bières avec ses collègues en bas de sa tour à la fin d’une grosse journée, ou s’enfiler un sandwich à la raclette et un verre de vin chaud le midi au marché de Noël, clairement ça modifie l’ambiance au sein de notre plateau, tout en haut de la tour ! »

« Tout est facilement accessible et optimisé pour moi… Poste, pharmacie, supermarché, coiffeur, médecin, shopping ! Le tout à moins de 10 minutes… » - Camille, 32 ans, Position & Risk Manager chez Engie depuis 5 ans.

Des efforts remarqués

Les usagers remarquent aussi les efforts opérés pour rendre l’espace plus convivial, plus fédérateur, comme Camille qui constate que « depuis quelques années des évènements sont régulièrement organisés sur l’esplanade : concerts, représentations, expo photos, marché de Noël, cours de sport en plein air… La Défense essaie également d’orienter ses nouveaux travaux et constructions vers des projets en phase avec l’économie d’Énergie/construction utile et durable : un vrai progrès pour un lieu qui habituellement construisait en masse sans se poser la question de l’écologie et la durabilité ».

Si les salariés donnent volontiers leur avis sur le quartier, ils ne sont pas les seuls ! Les 25 000 résidents de La Défense souhaitent eux aussi que leur lieu de vie évolue. « La Défense est un quartier qui a été conçu pour le travail, il faut implémenter d’autres fonctions, de la qualité de vie et des loisirs, on se focalise parfois trop sur la quantité et la qualité des bureaux, sur les prouesses architecturales, il ne faut pas oublier qu’un quartier c’est aussi un écosystème capable d’attirer des talents, de dispenser des formations, d’offrir des loisirs. » - Marie-Célie Guillaume, directrice générale de “Paris La Défense”.

« La Défense est un quartier qui a été conçu pour le travail, il faut implémenter d’autres fonctions, de la qualité de vie et des loisirs » Marie-Célie Guillaume, directrice générale de “Paris La Défense”

La Défense de Kwerk

Une nouvelle initiative sur le principe du Wellworking™

Depuis 2015, Kwerk conçoit et gère des espaces de travail destinés à tous les types d’entreprises. Le principe est de mélanger dans un même endroit des professions différentes, en composant avec leurs contraintes ou leurs besoins. Kwerk a notamment posé ses valises à La Défense, aux 10ème et 11ème étage de la tour FIRST. L’objectif ? Implanter au sein de ce vivier économique historique le Wellworking™, c’est-à-dire une expérience positive de la vie au bureau. Design immersif, bureaux assis-debout, cours de yoga, cardio, workshops thématiques, ces services proposés dans l’espace de travail même « permettent d’attirer des gens qui ont une conscience aiguë de ces innovations et convertir les autres. » pour Jérôme.

Le choix du lieu n’est pas anodin « Certains de nos clients venaient déjà beaucoup sur place pour rencontrer leurs clients, donc on voulait être à proximité de leur écosystème. Mais le choix du bureau c’est aussi un choix territorial. Beaucoup de nos membres vivent dans le 92 ! » expose Jérôme.

Un changement en marche ?

Les initiatives comme les espaces de coworking, les incubateurs, etc., apportent au site un dynamisme plus en phase avec les nouvelles révolutions économiques, montrent le chemin de pratiques corporate à des systèmes plus conventionnels « les innovations que nous mettons en place au sein de cet écosystème économique historique ouvrent de nouveaux horizons aux entreprises qui nous côtoient et prennent le temps de venir visiter les lieux ! Nous sommes consultés par certaines d’entre elles afin de repenser leurs espaces, le confort de leurs locaux. Les grosses boîtes voisines peuvent sortir de leur tour et venir chez nous pour une journée de séminaire, s’inspirer et profiter des services, comme notre bibliothèque et ses 8 000 livres ! On n’a pas l’intention de cloisonner les univers mais au contraire de proposer une multitude d’espaces de travail. Ça déteint sur l’état d’esprit des gens, tout le monde se tutoie, atmosphère de travail très sympa, amical, c’est stimulant. Plus on aura d’innovation sur un lieu comme La Défense, plus on fera bouger les choses… La Défense doit redevenir un lieu visionnaire, comme à son origine ! La dalle piétonne dans les années 1960, c’était révolutionnaire ! La vision est là, à nous de la mettre au goût du jour, de suivre le mouvement. »

« Ça déteint sur l’état d’esprit des gens, tout le monde se tutoie, atmosphère de travail très sympa, amical, c’est stimulant. Plus on aura d’innovation sur un lieu comme La Défense, plus on fera bouger les choses… » - Jérôme Badie, Directeur de la communication de Kwerk

Et pour demain ?

Il reste de nombreux défis à relever pour le site : les espaces verts et les loisirs sont les principaux axes de conquête pour le site ! « Il n’y a pas de culture comme en ville où les salariés sortent après le travail, en bas du bureau, pour dynamiser le quartier le soir. Ça changera beaucoup de choses lorsque ça arrivera ! En attendant, on est fiers de se vanter de travailler à La Défense et d’aimer ça ! C’est pour ça qu’on a créé le site jebossealadefense.fr » affirme Jérôme. Lawrence Knight, cofondateur de Kwerk, explique dans son plaidoyer “Comment je suis devenu fan de La Défense”, que le site doit « redevenir sexy. Et ce pari insensé va sans doute être gagné : avec les nouveaux rooftops de l’Arche de La Défense (150 000 visiteurs en un an) et de l’immeuble Windows, avec l’ouverture de l’Aréna Paris La Défense, avec le projet Oxygen qui va végétaliser et restructurer le quartier esplanade, avec l’installation de campus universitaires, avec le débarquement des nouvelles mobilités douces, avec le big bang du Grand Paris Express… Je le constate en tant qu’entrepreneur et en tant qu’usager, le quartier a amorcé une vraie mutation et il bénéficie désormais d’une vision politique cohérente incarnée le regroupement d’acteurs publics ’Paris La Défense’. »

« Je le constate en tant qu’entrepreneur et en tant qu’usager, le quartier a amorcé une vraie mutation et il bénéficie désormais d’une vision politique cohérente incarnée le regroupement d’acteurs publics ’Paris La Défense’. » Lawrence Knight, cofondateur de Kwerk

Parmi les projets en cours, CAMPUSEA et ses 400 logements étudiants sur 19 étages, OXYGEN et son offre de restaurants bio, circuits courts, HELKA et ses 80 000 m2 de bureaux, son parc de 1,3 hectare… Et d’autres nombreux projets de création, d’amélioration pour dessiner un autre site, plus moderne, orienté vers la qualité de vie, l’expérience positive au travail, l’écoresponsabilité. Un laboratoire à ciel ouvert sur la culture d’entreprise, qui se transforme à vue d’œil pour offrir aux entreprises un lieu propice à l’innovation, la créativité mais surtout le bien-être au travail.

Suivez Welcome to the Jungle sur Facebook pour recevoir chaque jour nos meilleurs articles dans votre timeline !

Photo by WTTJ

Claire

Envie de rejoindre KWERK ?

  • Ajouter aux favoris
  • Partager sur Facebook
  • Partager sur Twitter
  • Partager sur Linkedin

Pour aller plus loin

Les derniers articles

Suivez-nous!

Chaque semaine dans votre boite mail, un condensé de conseils et de nouvelles entreprises qui recrutent.

Et sur nos réseaux sociaux :