Commencer à travailler jeune : « l’expérience a plus de valeur qu’un diplôme ! »

Commencer à travailler jeune : un vecteur d'épanouissement ?

Il y a toujours plusieurs chemins pour atteindre un objectif. Certains vont choisir le plus simple, celui que l’on a débroussaillé pour eux et d’autres vont s’enfoncer dans une voie sinueuse, où il faudra affronter le déchaînement de la nature. Lorsqu’il s’agit de choisir son avenir professionnel, c’est souvent le même dilemme. Pour devenir cuisinier, pilote, artiste, auteur… On peut choisir la facilité en laissant des profs nous apprendre tous les rudiments de notre futur métier dans une salle de cours bien au chaud ou s’armer de patience et gravir les échelons petit à petit en commençant à travailler très jeune. Une voie est-elle nécessairement meilleure qu’une autre ?

Faute de moyens pécuniaires, Steve Jobs n’a pas obtenu son diplôme. Est-ce que cela l’a empêché de réussir ? Bien au contraire. Mais quand tous nos potes enchaînent des soirées de BDE pendant que nous, nous n’avons pas d’autre choix que de “mettre la viande dans le torchon” pour assurer au taff le lendemain, cela n’est pas sans conséquence sur le mental. Et si finalement, se lancer très jeune dans le monde professionnel faisait de nous de meilleurs professionnels ? Éléments de réponse avec Richard, Franck, Alexandre et Thomas.

Richard, 28 ans, responsable d’un restaurant à Paris : « Cela m’a apporté beaucoup de libertés »

Pas scolaire pour un sou, le jeune homme décide d’arrêter son cursus scolaire à la fin du collège pour se lancer dans la restauration. Ce milieu professionnel n’est pas choisi au hasard : si en cuisine les années d’expérience comptent autant que les diplômes et qu’il est possible de commencer très jeune, il faut aussi s’armer de patience pour grimper les échelons et gagner sa vie confortablement. Treize ans après ses débuts, il sait qu’il a un CV bien meilleur que des restaurateurs de sa génération passés par les grandes écoles. Autre avantage, le fait de gagner un salaire dès son plus jeune âge l’a aidé à grandir : « En plus d’avoir plus de liberté que mes amis au même âge, entrer dans la vie active si jeune, m’a permis d’évoluer très vite, d’avoir mon indépendance, de voyager partout dans le monde, explique-t-il. Aujourd’hui, alors que d’autres galèrent encore, moi, je suis à l’aise financièrement et j’ai ma petite famille. » Si ses proches n’étaient pas sereins quand le jeune homme a pris cette décision au début de son adolescence, Richard estime que ce parcours n’a été que bénéfique pour lui. Aussi, il pense que les diplômes ne font pas toujours de meilleurs professionnels : « Ça reste très théorique ! La vie n’est pas toujours simple et on peut avoir été un bon élève sans réussir à gérer des situations qui ne sont pas dans les livres. Personnellement, je trouve que dans mon domaine, l’expérience a bien plus de valeur. »

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Nommé à la tête d’une brasserie dès son arrivée, il y a un an et demi, Richard est épanoui, mais n’oublie pas de penser au coup d’après. Le jeune homme s’imagine bientôt changer de milieu et pourquoi pas se lancer dans l’immobilier ? « Avec mon parcours, j’ai l’impression d’avoir gagné du temps. Je pourrais même prendre ma retraite à 60 ans quand j’y pense, rigole-t-il. Mais avant ça, j’ai d’autres projets en tête à concrétiser. » Il n’est pas le seul à lorgner sur d’autres horizons : selon plusieurs études, un Français aura occupé jusqu’à cinq métiers différents tout au long de sa carrière. De quoi imaginer d’autres réussites !

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Alexandre 33 ans, boucher « Je me vois faire ça toute ma vie »

Attiré par le travail manuel depuis toujours, Alexandre arrête les cours à 15 ans, pour suivre un apprentissage en boucherie. « Je voulais éviter de perdre mon temps », explique-t-il. Pour entrer dans le concret, pas besoin de longues études ou de rester le nez dans les bouquins, puisque c’est la pratique qui prend le dessus. « Ça m’a apporté beaucoup d’être au contact de professionnels, en termes de savoirs et de maturité, ajoute-t-il, C’est en pratiquant que j’ai appris à aimer mon métier. » Cela fait maintenant dix-huit ans qu’Alexandre découpe des carcasses, cisèle des épaules d’agneau, taille des filets mignons, un métier qu’il aime et qu’il a appris à connaître sur le bout des doigts sans jamais se lasser. « On évolue constamment et j’aime ça. Chacun, les nouveaux comme les anciens, avons quelque chose à apporter au métier, dans notre façon de le pratiquer. C’est un apprentissage mutuel », insiste-t-il.

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Au-delà d’avoir acquis des compétences professionnelles, Alexandre estime avoir également grandi individuellement. « Ce parcours m’a appris que je pouvais vraiment réussir, déclare-t-il *À l’école, on nous décourage constamment lorsque l’on est manuel et plus détaché du théorique. » S’il déplore le fait que dans l’imaginaire collectif, ce métier soit perçu comme « une voie de garage », Alexandre ne remet pas en question la passion qui l’anime en la transmettant chaque jour à ses clients. Des étoiles dans les yeux, il ne prévoit pas de s’arrêter en si bon chemin, et espère pouvoir évoluer par la suite : « Je voudrais être à mon compte et avoir ma propre affaire. C’est mon objectif. »

Franck, 38 ans, patron de quatre brasseries à Paris : « Je suis fier de ce que j’ai accompli »

« L’école n’était pas faite pour moi ! », lance-t-il d’entrée de jeu. Répulsif à l’idée de suivre un parcours classique, Franck rompt avec le système scolaire classique en plein milieu d’un BEP, à 17 ans. Il le dit très clairement « l’école ne m’aimait pas et je n’aimais pas l’école ». Comme Richard, il trouve une porte de sortie dans la restauration. Doué et travailleur, il passe de plongeur à responsable d’établissement en seulement quatre mois. À 18 ans, il gère l’établissement pendant un an avant de se lancer à son compte dans la gérance d’une autre brasserie parisienne. « À force de travail et de temps, on a multiplié le chiffre d’affaires par cinq », se félicite-t-il. Une maturité qu’il a acquise en se lançant très tôt dans la vie active et qui lui a permis d’avoir le temps de se relever. Si aujourd’hui il est fier du chemin accompli, Franck est passé par le pire : « J’ai fait faillite au bout de quatre ans, alors j’ai dû repartir à zéro. Un mal pour un bien puisque ça m’a aidé à me poser, à changer ma vision des choses. » Sans diplômes, c’est avec l’expérience acquise sur le terrain que le presque quarantenaire s’est forgé sa propre vision du travail, basée sur la pratique, la persévérance et la confiance. Une vision qui joue dans sa façon d’embaucher : « Pour moi, c’est la pratique qui est importante. Tout ce qui est dans les livres, ce n’est pas la réalité du travail. Les diplômes ne forment pas à être un bon serveur, surtout en brasserie. »

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L’Aveyronnais au caractère bien trempé a toujours voulu être son propre patron. Un symbole d’indépendance et de réussite à ses yeux. « Quand tu viens de nulle part, que tu as une enfance difficile, avec très peu de moyens, tu développes une rage de réussir, nous confie-t-il. Depuis que j’ai 15 ans, je montais tous les étés à Paris pour travailler et aider ma mère. Alors, aujourd’hui je ressens beaucoup de fierté. Parfois, tu as des revanches sur ton parcours, là c’est une revanche sur la vie. » Vingt et un ans après avoir commencé à travailler, Franck campe sur ses positions : il ne changerait son parcours pour rien au monde.

Thomas, 24 ans, tatoueur « J’ai appris à gérer les problèmes sur le tas »

Contrairement à Franck, Richard et Alexandre, Thomas a davantage tâtonné avant de trouver sa voie. Animateur, livreur, dessinateur puis tatoueur, cette succession de métiers lui a beaucoup apporté : « J’ai toujours préféré apprendre en faisant, en étant mis dans le grand bain. Je trouve ça plus enrichissant. » Après avoir arrêté les études avec un bac technologique pour seul bagage et avoir cumulé quelques petits boulots, Thomas décide de se lancer dans le tatouage. Une passion depuis ses 18 ans, année où il se fait tatouer pour la première fois. « J’ai toujours beaucoup aimé dessiner, ma grand-mère était dessinatrice de mode et comme j’ai grandi avec elle, j’imagine que ça doit venir de là », nous dit-il. Avant de décorer la peau de vrais clients, il réalisait des tableaux, qu’il vendait pour gagner de l’argent. Aujourd’hui, s’il tire des conclusions positives de son parcours professionnel, c’est aussi parce qu’il pense avoir beaucoup appris et évolué individuellement.

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Comme la plupart de ceux qui ont arrêté les études jeunes, Thomas est particulièrement critique face au système scolaire et universitaire qu’il ne juge pas suffisamment professionnalisant « Je n’ai jamais été partisan du cliché du Bac+7, tous les amis diplômés que j’ai aujourd’hui peinent à trouver un travail dans leur domaine, observe-t-il. Au contraire, ceux qui ont appris un métier précis très tôt ont plutôt réussi. » Travailler et ne pas compter les heures, c’est une philosophie qui a porté Thomas durant ces années, même s’il aurait aimé apprendre un métier concret plus tôt : « J’aurais gagné du temps. D’un autre côté, et comme beaucoup, je ne savais pas encore ce que je voulais faire de ma vie en sortant du bac. »

Il n’existe pas de bons ou de mauvais parcours pour obtenir ce que l’on veut dans la vie. Il y a des chemins différents. Se lancer à pieds joints dans la vie active sans obtenir un master ou une licence peut être une option plus favorable que l’on imagine. Commencer à travailler très jeune et découvrir tout de suite l’envers du décor nous aidera sûrement à affiner notre projet professionnel, trouver notre voie et qui sait… même une passion insoupçonnée !

Article édité par Romane Ganneval
Photo de Thomas Decamps

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